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Lettre ouverte d'un citoyen grec à Alexis Tsipras

22 juillet 2015

Opinion Alexis Tsipras Grèce Lettre ouverte
Participants
Vincent Vaury

Mardi 21 Juillet, dans le « Journal des rédacteurs » (Efimerida ton Syntakton), Vassilis Protopapas, citoyen grec et avocat de son état, publie une lettre ouverte à Alexis Tsipras.


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Dans cette lettre, Vassilis Protopapas explique avoir été mû tout d'abord par l'émotion. Alexis Tsipras est comme lui un citoyen ordinaire qui a vécu les 5 dernières années du Memorandum dans toute leur brutalité. C'est ce sentiment de proximité qui lui a donné envie de s'adresser directement à lui. Il souhaitait également par ce biais exprimer certaines craintes, notamment celle de voir s'effondrer le capital politique qu'Alexis Tsipras avait bâti.

Pour lui, si la Grèce et le gouvernement ont perdu une bataille, cela ne signifie pas qu'ils ont perdu la guerre. Voilà pourquoi il exhorte par cette lettre ouverte, le Premier Ministre à poursuivre son combat, nonobstant les pertes, sans oublier ce qui constitue les bases politiques de SYRIZA, notamment son ancrage parmi les gens ordinaires.

Alexis Tsipras à la Vouli, le 8 février 2015

Alexis Tsipras à la Vouli, le 8 février 2015


Lettre ouverte à Alexis Tsipras

Monsieur le Premier Ministre,

Vous adresser une lettre à vous, Premier Ministre, ne relève pas de mes habitudes, et je ne suis pas de ceux qui pensent que les opinions personnels puissent changer la situation ou influencer les prises de décision. C’est pourtant nous, citoyens de ce pays, qui endurons cette réalité qui résulte d’une conjoncture sans précédent.

La mondialisation n’est plus à nos portes, elle plane désormais au-dessus de nos têtes. Nous vivons chaque jour la pression et les effets d’un système de fonctionnement violent de l’économie européenne et mondiale, qui n’écrase pas seulement les hommes, mais aussi les pays tout entiers, à l’image du nôtre.

Dans ces conditions, à l’aune de l’expérience que ma courte existence biologique me confère, et au regard de notre histoire, ma pensée s’est forgée. Les solutions « sur le papier », même si elles peuvent être provisoirement appliquées, ne représentent pas la solution adaptée, à mon sens, au problème politique que connaissent le pays, votre gouvernement, le parti du SYRIZA et nous-mêmes, citoyens de ce pays.

Si je devais apprécier positivement votre rôle dans le système politique grec,  je soulignerais d’abord votre faculté à aller au-delà des différences et des discordes pour mieux en faire la synthèse, ce qui vous a permis de créer avec vos camarades le parti du SYRIZA, puis de conquérir le pouvoir.

Il serait tragique de perdre cette arme dans les circonstances actuelles, et qu’à force de décisions contradictoires, vous meniez ce parti et notre pays dans l’impasse.

La démocratie parlementaire est un système qui ne doit pas mener à l’impasse, mais la vie et l’histoire peuvent parfois donner lieu à des catastrophes et des malheurs lorsqu’on ne respecte pas, voire qu’on ignore la réalité.

« Comment nous en sommes arrivés là? » L’heure viendra où nous en discuterons et porterons des analyses. En revanche, si nous détruisons ce que vous avez bâti à grand peine, cette Gauche qui a rétabli la vérité et reconnu les erreurs d’il y a 50 ans, verra se répéter l’histoire dans toute son amertume, comme cela s’est maintes fois produit.

Je vous invite à agir une nouvelle fois en anti-conformiste, en dépassant la logique de compromis systématiques et à ne pas considérer les chiffres comme des données algébriques, mais à les relativiser, ouvrant ainsi un champ des possibles, pour bâtir ce grand projet tant attendu, dans lequel il y aura de la place pour tous ceux qui souhaitent contribuer à résoudre les difficultés monumentales qui attendent la société grecque.

Ne vous laissez pas emporter par la logique des solutions toutes faites, la vie ne les souffre pas, et les hommes ne sont pas plus à même de les proposer.

Faites la synthèse et avancez en évitant au maximum les pertes.

La société et moi-même, si vous me le permettez, nous ne pouvons endurer de nouvelles catastrophes, et d’autant moins si elles devaient être entérinées par la Gauche

Bien à vous,

Vassilis I. Protopapas - Avocat