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« Ces réfugiés qui gâchent nos vacances en Grèce »

1 juin 2015

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Okeanos

Retour sur l’article abject du Daily Mail concernant les réfugiés qui « gâcheraient » les vacances des touristes anglais dans les îles grecques.


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Des familles secourues sur l'île de Kos, en Grèce,  le 31/05/2015 (photo Angelos Tzortzinis)

Des familles secourues sur l'île de Kos, en Grèce, le 31/05/2015 (photo Angelos Tzortzinis)

Dans un reportage publié ce mercredi, le Daily Mail, deuxième quotidien le plus lu en Grande-Bretagne, a suscité de nombreuses réactions, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias grecs, avec un titre pour le moins abject et racoleur:

« Des milliers de "boat people" de Syrie et d’Afghanistan (…) provoquent le « dégoût » des vacanciers ».

L’article illustre ce « dégoût » notamment à travers le témoignage d’une certaine Anne Servante, « infirmière venue de Manchester avec son mari » dont « Les vacances sont devenues  un véritable cauchemar » :

C’est devenu dégueulasse. Ça fait 10 ans que nous venons ici. C’est vraiment devenu très sale, un vrai bazar. Et puis c’est aussi devenu gênant. Je ne veux pas m’asseoir dans un restaurant où l’on m’observe par la fenêtre en train de manger !

« Sale », « dégueulasse », coupant l’appétit… Les mots choisis sonneraient presque comme un infâme écho à l’histoire.

Un article décrivant des migrants sans gêne, donc, dont la présence et l’existence-même gâcheraient somme toute celle des vacanciers.

Cette indécente notion du malheur est ainsi illustrée tout au long du reportage par une série de photos (poignantes) dont les légendes sont tout autant exemptes de compassion.

« L’ile est devenue un véritable camp de réfugiés »

Des propos anonymes attribués aux touristes de l’île sont cités en vrac, dont ceux d’un autre « couple anglais », menaçant de ne surement pas revenir «  si l’île est encore un camp de réfugiés l’année prochaine », ou encore, ceux, plus inquiets et inquiétants, d’un « touriste hollandais », qui souligne à quel point cette situation « nous fait réaliser ce qui va déferler dans le reste de l’Europe, car tous ces gens ne comptent pas rester en Grèce »…

Rarement, en dix ans de politique ultra-répressive en matière d’immigration en Europe, un manque d’empathie aussi décomplexé n’aura été exprimé dans la presse grand public.

Il est intéressant de comparer par exemple ce reportage du journal du 11 mai de France 2 (à 18 minutes), consacré au même sujet, abordant les réactions des vacanciers sous un angle très diffèrent, et où sont mis en avant des réactions (pour la plupart) de sincère empathie pour les arrivants.

Le Daily Mail n’en est pas là à son premier papier xénophobe, comme le souligne un article du Monde datant de 2008.

Le tabloïd conservateur s’est en revanche bien gardé d’évoquer le rejet de la Grande-Bretagne, début mai, d’un plan européen pour la répartition de la prise en charge des migrants et des réfugiés, tout comme il s’est gardé de revenir sur les désagréments systématiques causés par les jeunes touristes britanniques en Grèce ou en Espagne. De nombreux webzines grecs se sont eux donné un malin plaisir à publier depuis mercredi des articles sur le sujet.

Faut-il voir dans ce type de choix éditoriaux des provocations aux fins « racoleuses », ou bien devrait-on s’inquiéter d’une démarche propagandiste de la part de la presse conservatrice?

De là à y déceler une tentative d’exacerber les relents xénophobes et populistes réémergent en Europe, il n’y a qu’un pas.


Quelques réactions sur les réseaux sociaux :