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Samaras utilise la tragédie de Charlie Hebdo pour s’attirer les votes d’extrême-droite

12 janvier 2015

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Camille Paix

En plus d’être racistes, les remarques du Premier Ministre qui était à la marche républicaine sont vues comme opportunistes et pointées du doigt en Grèce et dans le monde entier.


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Image postée sur le Twitter Grec

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Par Nick Barnets

La Grèce est au milieu de l’élection nationale la plus fortement polarisée, et aux enjeux les plus importants depuis la restauration de la démocratie en 1974. Et c’est au milieu des calomnies que se lancent les partis politiques Grecs que la pire attaque terroriste touchant l’Europe depuis presque 10 ans a frappé la France. Mercredi, deux hommes armés ont assassiné 12 personnes au siège du journal satirique Charlie Hebdo à Paris, pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet.

Lors d’une réunion de campagne (voir ici et ), le Premier Ministre Samaras a utilisé cet incident pour attaquer la politique d’immigration de Syriza, en déclarant : « A Paris, il y a eu un attentat qui a fait au moins 12 morts, et ici (en Grèce), certains accueillent, et demandent même plus d’immigrants illégaux. » Le même jour, M. Samaras a également accusé Syriza de vouloir désarmer la police.

Ces remarques controversées n’ont pas manqué de se faire remarquer en France, et ont attiré des commentaires très critiques à l’égard de la tentative de récupération de la tragédie par le Premier Ministre Grec.

Le magazine Français l’Express va jusqu'à utiliser un dessin de Charlie Hebdo datant de 2006 pour illustrer les propos de Samaras : « C’est dur d’être aimé par des cons », tandis que le Figaro écrit : « Samaras instrumentalise Charlie Hebdo. »

Caricature de Charlie Hebdo

Caricature de Charlie Hebdo

Mais, spontanément, l’ancien ministre de la santé et député de la Nouvelle Démocratie Adonis Georgiadis a exprimé des sentiments similaires à travers un tweet : « L'attaque à Paris pourrait signifier la fin de l'innocence de l'Europe par rapport à l'Islam. SYRIZA veut ouvrir les frontières. »

Les ressortissants Grecs en France ont pris la peine de s’excuser sur twitter auprès du peuple Français pour « leur Premier Ministre d’extrême-droite. » (voir image accompagnant cet article)

Le Premier Ministre Samaras, dirigeant du parti de "centre-droit" Nouvelle Démocratie mène un rude combat contre le parti de gauche émergeant, Syriza, et ne manque jamais une opportunité de dire au peuple Grec, ainsi qu’au reste du monde, que la Grèce imploserait si Syriza venait à gouverner ( et il n'est pas le seul, voir ici).

Sa campagne a consisté en grande partie à évoquer la peur des conséquences économiques qui ne manqueraient pas d’arriver si Syriza arrivait au pouvoir et rejetait les conditions du plan de sauvetage mis en place avec la troïka des préteurs Européens (le FMI, la BCE, et la Commission Européenne).

Un tel alarmisme a porté ses fruits en 2012, mais les Grecs commencent à y être immunisés, dans la mesure où il n’ont vu aucune amélioration sous la gouvernance de Samaras, et où ils sont tellement énervés par la rude austérité imposée par le pseudo-Protocole d’Entente qu’ils ne se soucient plus de savoir quels avantages pourraient apporter le fait de le suivre encore.

Syriza continue à avoir la tête dans tous les sondages d’opinion publics et la Nouvelle Démocratie a besoin d’attirer davantage de soutiens, et ne peut aller le chercher que du côté de l’extrême-droite.

Et ce n’est pas nouveau. Sous Samaras, on a vu des personnalités très à droite émerger à de hauts postes, comme par exemple le ministre de la santé Makis Voridis, qui dans sa jeunesse a pris part à des bagarres de rue, et a été le chef de file de l’aile jeunesse d’un parti fondé par le leader du coup d’Etat Georgios Papadopoulos, aujourd’hui emprisonné. Mais le soutien au parti Grec le plus à l’extrême-droite, Aube Dorée, a diminué, et la Nouvelle Démocratie est donc en mesure de gagner des soutiens en se tournant vers les votants les ayant abandonné. Cela pourrait pourtant se faire aux dépens des électeurs modérés qui se méfieraient de soutenir une Nouvelle Démocratie se déplaçant de plus en plus à droite de l’échiquier politique.

L’attaque terroriste à Paris nourrit l’Islamophobie, l’idée selon laquelle tous les musulmans sont dangereux et doivent être éloignées, qui monte au sein de l’Occident. Le fait que de plus en plus de personnes aient peur d’une immigration massive du monde Musulman vers l’Europe, apporte aux partis anti-immigrations émergeants, tels que le Front National de Marine Le Pen en France, plus de popularité.

Le Front National est connu pour son message ouvertement d’extrême-droite et anti-immigration, et il ne serait donc pas choquant d’entendre les mots de M. Samaras dans la bouche de Mme. Le Pen. Cependant, celle-ci a choisi ses mots plus soigneusement : « Personne ne veut faire aucune confusion entre nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs et ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l'islam. Mais cet évident refus de l'amalgame ne doit pas être non plus l'excuse de l'inertie ou du déni. »

Antonis Samaras a récemment comparé Alexis Tsipras à Marine Le Pen, afin de le décrire comme un extrémiste. Mais la façon dont M. Samaras a réagi à l’attentat terroriste en France, comparé à la réaction de Mme. Le Pen, montre qu’il est prêt à se montrer encore plus à droite que la dirigeante du Front National, dans sa tentative désespérée pour attirer les votes d’extrême-droite, pour essayer tant bien que mal de battre Syriza à la prochaine élection.

Reportage de Nick Barnets, avec la participation de Paris Ayiomamitis