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Quelques enjeux des élections présidentielles grecques

17 décembre 2014

Politique Aube Dorée élection Grèce Nouvelle Démocratie PASOK présidentielles Syriza
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Le premier tour des élections présidentielles commence aujourd’hui. L’occasion de revenir sur les enjeux de ces élections.


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Le parlement, sous les nuages - Athènes, le 10 octobre 2013 (photo Olivier Drot / Okeanews)

Le parlement, sous les nuages - Athènes, le 10 octobre 2013 (photo Olivier Drot / Okeanews)

Il était une fois... la crise de la dette.

Pour comprendre les enjeux des élections du Président de la République grecque.

  1. Le Président de la République grecque, qui a un statut représentatif, est élu par l’Assemblée Nationale, avec un minimum de 180 voix sur les 300 députés élus (180 au 3ème tour, 200 au 1er et 2ème)), sur proposition de la majorité législative dont est issu le gouvernement au pouvoir (actuellement, la coalition Nouvelle Démocratie/Parti Socialiste (PASOK), avec Antonis Samaras comme Premier Ministre et chef du gouvernement.)
  2. Le premier ministre n’a pas réussi à convaincre les partenaires/bailleurs européens (représentés par la Troïka) qu’il disposait au sein de son Assemblée des 180 votes nécessaires constitutionnellement pour élire un Président.
  3. Antonis Samaras dispose de 154 députés depuis le retrait du parti Gauche Démocratique – majorité suffisante pour gouverner et pour voter l’agenda législatif imposé par le gouvernement sous les ordres de la Troïka, mais loin des 180 voix imposées par la Constitution grecque pour élire le Président.
  4. Les élections présidentielles prévues constitutionnellement pour février 2015 risquaient en cas d’échec de la majorité de provoquer de nouvelles élections législatives, normalement prévues pour juin 2016, dont l’issue semble favorable au parti de la gauche alternative SYRIZA (qui devance l’actuel parti au pouvoir de 3% dans les sondages).
  5. La Troïka et les “partenaires-bailleurs” européens imposent donc à Samaras de clarifier sa situation parlementaire en précipitant les élections du Président, au moment où les cadres de la Troïka (FMI, BCE et Commission Européenne) sont en Grèce pour examiner les modalités d’un nouveau plan d’aide.
  6. En effet, les mesures d’austérité qui conditionnent les plans d’aide, restructurant la législation et réorganisant tous les domaines de l’activité économique mais aussi la santé publique, l’enseignement, les privatisations etc, sont organisées sous forme de mémoranda (train de lois). Elles sont par définition “adoptées” par des votes à l’Assemblée, qui entérinent les restructurations à travers les mémoranda ou sous forme de lois transversales isolées (dont chacun des articles touche un domaine législatif particulier). Leur application nécessite une majorité législative. La Troïka ne veut pas accorder de nouveau prêt conditionné par de nouvelles réformes si tout cela est susceptible d'être remis en cause par un éventuel gouvernement Syriza issu du nouveau parlement, s'il doit changer dans les deux mois. Elle préfère négocier directement avec les prochains dirigeants.
  7. Ainsi le premier ministre plonge dans l’inconnu, en essayant d’exploiter la présence en Grèce (toujours menaçante aux yeux de l’opinion publique) des cadres de la Troïka pour mettre la pression et invoquer la cohésion nationale, la majorité parlementaire étant une condition sine qua non à l’accord d’une nouvelle aide par la BCE.

Se profile en filigrane un nouveau train de mesures d’austérité, malgré la “reprise” annoncée, qui va resserrer encore l’étau sur une population déjà épuisée. À l’heure d’annoncer la date des élections, le premier ministre n’avait pas encore choisi le nom de son candidat à la présidence. Ce n’est qu’un des signes du malaise du gouvernement, ainsi lâché par l'appareil européen, à l’heure de nouvelles négociations avec la Troïka.

Le candidat finalement proposé, M. Stavros Dimas, ancien commissaire européen aux Affaires Sociales puis à l’Environnement, symbolise la volonté de Samaras d'affirmer son profil européen - mais candidat centriste de droite, il risque de ne pas rassembler les votes nécessaires, d'autant que la Commission Européenne, l'un des trois membres de la Troïka, s'est empressée de lui manifester son soutien. Une manière pour Samaras de choisir une porte de sortie honorable, avant les nouvelles mesures que la Troïka s'apprête à réclamer ?

Petit suspense, la possibilité d'accorder le droit de voter pour l'Élection présidentielle aux députés d'Aube Dorée, actuellement en prison pour crime en bande organisée. Un oxymore par rapport au discours "anti-systémique" de façade de ce parti néo-nazi, mais un apport en nombre de voix qui pourrait permettre au gouvernement de faire élire son candidat à la Présidence de la République. Et donc de rester au pouvoir jusqu'à l'échéance des prochaines législatives, prévues normalement en mai 2016.