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Histoires à dormir debout : la reprise est là

12 décembre 2014

Economie austérité Grèce reprise
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Okeanos

La reprise en Grèce, cet élément de communication qui voudrait faire oublier les réalités quotidiennes de la majeure partie de la population.


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Il était une fois ... la crise de la dette

“La reprise est là.”

C’est officiel, annoncé dans la presse française, l'exécutif européen le souligne dans son rapport :

Athènes devrait afficher une croissance encore modeste de 0,6% cette année. La reprise tant attendue de la Grèce est soutenue par la consommation et les exportations, grâce au tourisme et au secteur naval, et à l'affaiblissement de l'euro. En 2016, les réformes structurelles devraient également porter leurs fruits.
Dans le même temps, le taux de chômage devrait repasser de 26,8% en 2013 à 22% en 2016. Enfin, la dette devrait refluer à 168,8% du PIB l'an prochain et 157,8% en 2016.

Je me presse pour rejoindre mon rendez-vous avec mon amie pharmacienne qui doit me raconter les mésaventures de ses confrères, avec l’accumulation depuis cinq ans des non-remboursements par les caisses d’assurance-maladie, qui en obligent beaucoup à fermer leur officine ; et je baisse les yeux, car j’en ai assez de regarder autour de moi les vitrines aveugles de magasins qui ferment les uns après les autres. Quand nous sommes arrivés dans ce quartier en 2012, je me réjouissais de ce que le tissu des magasins de quartier était bien préservé, comparativement à d’autres quartiers d’Athènes complètement sinistrés. Aujourd’hui, à part quelques “manucure-pédicure” (des épouses au foyer qui tentent de redresser la barque familiale dans le naufrage du chômage et de la crise) et quelques cafés coopératifs et autres cuisines “#commealamaison.gr”, tous les magasins ferment les uns après les autres. Cela fait partie désormais des clichés sur la Grèce, mais au quotidien c’est vraiment pénible. Imaginez votre quartier avec de grandes vitrines sales et vides, qui remplacent petit à petit et du jour au lendemain vos commerçants habituels. En fait, le chaos et la laideur gagnent du terrain jour après jour.

Voyons un peu ce qu’il en est de la reprise grecque dans les chiffres.

La dette publique grecque continue donc à augmenter chaque année, malgré les coupes dans les salaires et les retraites (qui ont subi jusqu’à 60% de baisse) - et malgré l’augmentation vertigineuse des impôts pour les classes moyennes. Ce malgré les restructurations de la dette et le haircut (effacement partiel) de février 2012 et le « buying back » (opération d'échange d'obligations) la même année, qui ont allégé la dette de près de 130 milliards d'euros, au détriment du budget des institutions publiques, caisses de retraite, universités, hôpitaux, etc, dont les comptes courants se sont retrouvés tondus de 50% par le Haircut en une nuit, après qu’elles aient été obligées par décret de transformer leurs liquidités en obligations...

En 2014, ce sont 90 milliards d’Euros que la Grèce à dû emprunter pour faire face à ses obligations. Alors que pour l’année 2013, les frais du service des intérêts de la dette publique grecque ont atteint au total 69,3 Milliards d’Euros.

Je cite ici l’ami, journaliste et économiste atterré grec, Léonidas Vatikiotis [1] dans une interview accordée en juin 2014.

En 2013, le déficit public de la Grèce a dépassé les 12,7% du PIB. Dans le même temps, la dette publique grecque a atteint 321 milliards d’Euros, alors qu’en 2009, elle était de 200 Milliards €, quand a été décidée l’intégration dans le mécanisme d’aide conditionné par les mémoranda [2]. Entre deux, il y a pourtant eu un effacement de la dette (haircut) le plus important de ces dernières années dans le monde développé, plus grand encore que celui de l’Argentine, le PSI de février 2012. Finalement, la troïka a réussi à augmenter la dette publique, à augmenter le déficit budgétaire, donc en fait à échouer lamentablement exactement sur le point qu’elle était appelée à servir, tout en faisant de la Grèce un enfer pour la majorité de ses habitants.

La dette publique élevée et le déficit budgétaire n’étaient donc qu’un prétexte. Le véritable objectif était de démolir les salaires, de réduire à zéro les retraites et de supprimer la notion de « service public » dans l’éducation, la santé et le système des retraites et de la sécurité sociale.

De fait, les dépenses de l’état grec pour la santé publique sont passées de 7,5 milliards d’Euros en 2009 à 4,4 milliards cette année, en 2014. Donc, une réduction d’investissement de 42%. Et elles sont encore appelées à tomber de 25% dans le budget de la Grèce pour 2015. Il s’agit d’une politique criminelle, au moment même où le chômage est décuplé avec 27% de la population, et 60% des jeunes, au moment où les gens sans couverture sociale atteignent les 1,5 millions. Les investissements publics pour la santé auraient dû doubler.

C’est au prix d’un naufrage social et sanitaire sans précédent en Europe en temps de paix que "la reprise" en Grèce se profile dans les chiffres d’Eurostat. Comme si la communication sur l’austérité dictait un discours triomphant de la reprise sur les ruines de l’état social, au moment même où d’autres pays européens, dont la France, s’engagent en quatrième vitesse sur la voie sans issue des mesures d’austérité. Malgré les avertissements de la communauté des économistes, qui crient à la folie – et même au sein du FMI.

Bon, j’arrive au dispensaire social où j’ai rendez-vous. Sofia m’attend déjà...