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Si Romanos était trafiquant de drogues, il serait libéré

11 décembre 2014

Droits de l'homme Justice Athanasiou grève de la faim justice Romanos trafiquants de drogue
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Christine

Le ministre grec de la justice se montrait inflexible face au cas de Nikos Romanos. Il s’est néanmoins montré bien plus flexible dans d’autres cas…


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Nikos Romanos, passé à tabac, le jour de son arrestation

Nikos Romanos, passé à tabac, le jour de son arrestation

Le ministre de la justice, Haralambos Athanasiou, était catégorique : Romanos ne peut pas quitter sa cellule pour faire des études. La raison est à rechercher dans les lois et les procédures légales en vigueur. “Il fait dans la légalité et les lois” le ministre, dirait-on. La vérité est que le ministre est pour la légalité mais pour celle qu’il crée pour servir des situations et des catégories précises d’illégaux. Qui, de toute évidence, n’incluent pas un jeune qui hurle vouloir étudier.

Mais, puisque la légalité plaît tellement à monsieur le ministre, parlons légalité. Tout d’abord, en tant que juriste, il doit savoir que les lois changent quand les conditions sociales et la société elle-même exigent qu’elles changent. La légalité n’est pas un cadre de lois et de dispositions mais, en tout premier lieu, le fait d’attribuer une Justice compatible avec la société. Lorsque la légalité ne va pas de pair avec la perception sociale, avec le sentiment de justice et l’attribution de justice, alors il est temps que celle-là change.

Monsieur Athanasiou n’a pas voulu changer une chose, changer la loi, même si c’est elle qui est l’obstacle. Ainsi, le ministre de la justice présente une difficulté à agir dans ce domaine bien qu’il soit flexible dans la modification des lois.

Rappelons que, dans la brève période de son mandat de ministre de la justice :

  1. Il a créé une loi de quelques jours (par erreur, a-t-il dit) et a donné la possibilité aux criminels à col blanc, à ceux qui ont abusé d’argent public, de ne pas comparaître en justice. Il a modifié un article du code pénal pour le faire. De ce même code qu’il ne peut pas changer pour que quelqu’un fasse des études tout en étant en prison.
  2. Il a gracié des trafiquants de drogues et d’autres condamnés dont les crimes étaient plus graves que ceux de Romanos
  3. Il a voté une loi qui prévoit que les condamnés à plus de 15 ans de réclusion pour trafic de drogues, les gros trafiquants et non pas les petits, soient libérés après avoir exécuté un tiers de leur peine. Le tiers est, lui aussi, virtuel, puisque si un trafiquant ayant apporté une tonne d’héroïne en Grèce est condamné à 15 ans de réclusion et travaille en prison, il en sortira dans moins de deux ans.
  4. Il a modifié la loi Kaklamanis sur le contrôle du patrimoine des hommes politiques et veillent à ce que ceux qui ont fait de fausses déclarations soient amnistiés. Cette loi l’amnistie lui aussi, qui a déclaré de fausses informations concernant son patrimoine.
  5.  Avec les modifications qu’il a apportées à cette même loi, il ne permet pas que soient véritablement contrôlés les renseignements des politiciens, puisqu’il soustrait le droit de lever le secret des comptes bancaires.

Il existe encore bien des lois prouvant la flexibilité juridique d’Athanasiou que l’on ne peut comparer qu’à celle de Venizélos. Il s’est montré également juridiquement flexible au sujet du dossier Mihelakis, pour corruption, dossier qu’il a gardé dans ses tiroirs au lieu de le transmettre au parlement. Rappelons également que la première loi qu’il a voulu passer dans sa carrière consistait à ce que ne soient pas déclarés les éléments de patrimoine appartenant à des offshores maritimes. Si la loi passait, Karatzaferis ne serait pas aujourd’hui confronté à des accusations et à la probabilité de se retrouver en prison. Pour quelle raison a-t-il fait preuve de cette disposition juridique dont il ne fait pas preuve pour un jeune homme qui souhaite faire des études ?

Mais, voyons d’un autre côté comment préservent-ils la loi qu’ils ont ridiculisée dans le cas de Romanos. Nikos Romanos, en tant qu’adolescent, a vécu l’assassinat de son ami, Alexandros Grigoropoulos, tué par Korkoneas. Peu après, il est arrêté pour vol à main armée, à Velvento. La police le relie aux Noyaux de Feu, annonce ses liens avec le terrorisme, le passe à tabac et publie des photos retouchées avec photoshop pour que la molestation ne soit pas visible. Pendant qu’il est préventivement en prison, la police laisse filtrer des informations le faisant apparaître comme terroriste. Mais, lors du procès, Romanos et ses amis ne sont pas condamnés pour terrorisme.

Qui plus est, le Procureur, Grigoris Peponis, démolit les arguments avancés par la police :

«C’est la première fois que je vois un vol à main armé où les otages sont libérés et où, durant la poursuite, alors qu’ils avaient l’avantage disposant d’armes lourdes, ils n’ont pas tiré sur les policiers qui les poursuivaient et ne se sont pas servis de l’otage pour échapper. Aucun élément ne me laisse penser que l’accusation de constitution et de participation à un groupe terroriste soit prouvée».

Ceux qui l’ont traité de terroriste et qui l’ont traîné dans la boue, aujourd’hui, lui interdisent de faire des études en invoquant l’image dangereuse qu’ils ont eux-mêmes créés concernant Romanos. Une image qui n’est pas vraie. Haralambos Athanasiou a le droit de considérer comme étranger à sa culture le fait d’envoyer un adolescent étudier et, donc, être réintégré à la société.

Dans le passé, il y avait des gens qui, comme son père, qui était « Hitis » (NdT : membre d’une organisation nationaliste et anticommuniste créée en 1941), considéraient qu’avoir un avis différent était un crime passible de passage à tabac, d’exile et de prison. Mais, monsieur Athanasiou représente en ce moment la République grecque. Il doit répondre si, dans cette République, libérer des trafiquants de drogues est préférable à la correction et à l’éducation d’adolescents délinquants.