5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

L'Opération Correa de Pierre Carles : l’austérité est-elle une fatalité ?

2 décembre 2014

Alternatives Documentaires alternative austérité documentaire Equateur Les ânes ont soif Opération Correa Pierre Carles Rafael Correa

« Tout n’est pas rose dans le bilan de Rafael Correa, mais au moins le président équatorien représente-t-il une preuve bien vivante que la politique du bulldozer contre les pauvres adoptée en Europe n’est pas nécessairement la seule envisageable. »


766 mots   1143       Comments

« There is no alternative » On se souvient tous de cette phrase de Margaret Thatcher. Pas d’alternative possible, au capitalisme, à la mondialisation, à l’austérité ? Pierre Carles, lui, n’est pas d’accord. Des alternatives, il en existe. Mais on n’en parle pas. Mais alors pourquoi ? C’est à cette question que le documentariste et son équipe répondent dans la première partie de "Opération Correa".

Opération Correa, de Pierre Carles, produit par C-P Productions

Opération Correa, de Pierre Carles, produit par C-P Productions

Accompagnés des jeunes journalistes/documentaristes dont il s’entoure depuis quelques années (Nina Faure, Aurore Van Opstal, Brice Gravelle et Julien Brygo), Pierre Carles a décidé de partir sur les traces de Rafael Correa, le président de l’Equateur.

Tout d’abord élu en 2006, puis réélu deux fois en 2009 et 2013, Rafael Correa a choisi dans son pays de rompre avec le modèle économique capitaliste. Et son bilan a de quoi susciter l’intérêt. Le taux de chômage de l'Equateur est aujourd'hui de 4 % et la dette publique du pays représente 21% du PIB. C-P productions, qui produit les films de Pierre Carles, présente la situation du pays ainsi :

« En choisissant de ne pas obéir au FMI et d’imposer une renégociation de sa dette dans des conditions acceptables, l’Équateur, petit pays d’Amérique du Sud, aux prises avec des difficultés sans commune mesure avec celles que peut connaître la puissante Union Européenne, s’est sorti par le haut du pétrin dans lequel il s’enfonçait. Pas de coupes dans les dépenses publiques, mais des programmes de redistribution qui ont fait chuter le taux d’extrême pauvreté de 16,9 % à 8,6 % au cours des six dernières années. Pas de dépouillement des droits sociaux par un patronat tout-puissant, mais des investissements publics dans les infrastructures et un taux de croissance (4,5 %) parmi les plus élevés d’Amérique latine. »

Un modèle dont le documentariste admire le bilan, mais à qui il reconnaît des zones d’ombre : « Tout n’est pas rose dans le bilan de Rafael Correa, mais au moins le président équatorien représente-t-il une preuve bien vivante que la politique du bulldozer contre les pauvres adoptée en Europe n’est pas nécessairement la seule envisageable. »

Première étape : Paris, novembre 2013. En voyage officiel en France, Rafael Correa donne une conférence à la Sorbonne, au cours de laquelle il présente sa vision des échanges économiques internationaux en insistant, selon le site internet de l’université, sur deux grands axes : lutter contre le capitalisme financier et rendre à l’économie son statut d’économie politique. Le président équatorien, économiste de formation, a étudié en Belgique, et parle un Français parfait. Oui, mais voilà, à cette conférence, seul le Monde Diplomatique et le Figaro répondent présents. C’est ce manque d’engouement médiatique pour la venue d’un chef d’Etat, et qui plus est, d’un chef d’état francophone, qui a intrigué Pierre Carles.

Au passage, l’équipe pose quelques questions supplémentaires. Pourquoi le Monde Diplomatique, l’un des rares journaux à s’intéresser à Rafael Correa, mais aussi, et surtout, le journal Français le plus vendu à l’étranger, n’est-il jamais cité dans les revues de presse des grands médias ? Devant leur caméra, Ivan Levaï, alors en charge de la revue de presse de France Inter, y répond ainsi : « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ».

Balbutiements gênés, phrases décomplexées, étalages de mauvaise foi, les films de Pierre Carles et sa bande sont toujours aussi jouissifs. Parce qu’ils mettent en valeurs des procédés pas toujours très bien assumés.

Prochaine étape : Pour la suite de son enquête, Pierre Carles va s’envoler pour l’équateur, pour aller observer de plus près ce système si différent des nôtres. Pour cela, un financement participatif a été mis en place via Paypal, et les dons ont déjà dépassé les 30000 euros. Le documentariste devrait donc se rendre en Equateur au printemps 2015.

Pour nous prouver que l’austérité n’est pas une fatalité ?


Opération Correa – Première partie : les ânes ont soif

Vous pouvez visionner le film ci-dessous ou le consulter directement depuis le site du projet, ce qui vous permettra également de faire une donation : http://www.cp-productions.fr/spip.php?article161