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Se souvenir des réfugiés Grecs à Alep en aidant les réfugiés Syriens à Athènes

26 novembre 2014

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L’histoire des réfugiés syriens aujourd’hui n’est pas sans rappeler celle des réfugiés grecs en 1923.


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Des réfugiés grecs à Alep (Photo: Bibliothèque du Congrès)

Mon article à propos de la manifestation des réfugiés syriens sur la place Syntagma, publié hier dans l'Irish Times (et sur okeanews), a reçu un accueil mitigé sur Facebook, où j'ai, entre autres, posté le lien sur la page d'Athens News.

Les Syriens, dont des douzaines d'enfant et un bébé, ont fini leur sixième nuit en extérieur. Lundi, certains d'entre eux ont commencé une grève de la faim. Ils veulent que la Grèce leur accorde le droit de continuer leur voyage vers d'autres pays de l'UE où beaucoup d'entre eux ont de la famille et où ils savent qu'ils recevront une protection.

Confortablement installés derrière leurs claviers, une partie de ceux qui ont posté des commentaires sur la page d'Athens News ont expliqué pourquoi, selon eux, les Syriens ne méritaient pas d'être aidés par la Grèce. Ils ont mis en avant une soit-disant incompatibilité avec la Grèce et l'Europe pour des raisons religieuses (cette opinion est partagée par un certain nombre de Grecs expatriés) ou ont argué que les Syriens devraient chercher refuge dans des pays “arabes/musulmans” voisins. Ils ne sont manifestement pas au courant des faits : les statistiques montrent que la majorité des réfugiés syriens a trouvé refuge au Liban, en Turquie, en Jordanie, en Irak et en Égypte.

Un commentateur, sans doute de Syrie, leur a toutefois rappelé grâce à une photo tirée des archives la Bibliothèque du Congrès, qu'à une époque ce sont les Grecs qui ont cherché refuge en Syrie. La photo non datée, intitulée “Réfugiés grecs à Alep” montre un groupe de personnes vêtues de haillons, des jeunes gens, alignés en attendant d'être nourris. Au premier plan, une femme, avec un bidon à ses pieds, se tient à côté d'une charrette sur laquelle on cuisine quelque chose. Sous la photo scannée on peut lire les restes d'une légende : “12 000 Grecs ont été nourris par les Américains”.

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De qui sont-il les ancêtres ? Un gros plan de la photo (Bibliothèque du Congrès)

Selon un compte-rendu de l'échange des populations entre la Grèce et la Turquie, qui avait été prévu par le traité de Lausanne en 1923, il y avait 17 000 Grecs d'Asie mineure dans diverses villes syriennes. La situation était telle qu'en août 1923 le chef des réfugiés grecs d'Alep envoya un télégramme au ministère grec des Affaires étrangères en lui demandant d'interdire à d'autres Grecs l'accès à la ville où “il [était devenu] impossible d'accueillir plus de réfugiés”.

Plus généralement la situation des réfugiés grec durant l'été 1923 était décrite comme “tragique et précaire”, ce qui est aussi le cas des Syriens à Syntagma, comme le montrent ces photos :

Une jambe arrachée en Syrie. Maintenant démuni en Grèce.

Sans aucun doute, tout comme les réfugiés syriens qui manifestent à Syntagma ne veulent pas être en Grèce, les réfugiés grecs de 1923 ne voulaient pas être en Syrie. Ils voulaient atteindre la Grèce, un pays que la plupart d'entre eux n'avait jamais vu mais qu'ils espéraient au moins être un lieu sûr.

Ils ont trouvé une protection en arrivant Grèce, même si beaucoup des réfugiés ont admis avoir été victimes de discrimination de la part des populations autochtones pendant des années après leur arrivée. Des gens comme Katina, une ancienne réfugiée venue d'Asie mineure, qui, quelques jours avant de mourir à 92 ans en 2012, rappelait comment sa famille démunie avait été traitée lors de leur arrivée en Grèce : “Ils [les voisins] ne nous donnaient même pas de charbon. Oui, il y avait beaucoup de racisme”.

En 2014, il est indécent que des réfugiés qui ont fui une guerre brutale doivent dormir dans les rues d'une capitale européenne. C'est la honte de l'Europe et les Syriens méritent mieux.