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Les réfugiés Syriens cherchent à se sortir de leur indigence grecque

25 novembre 2014

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Les réfugiés protestent contre le maigre soutien grec et les règles contraignantes de l’UE. Cela fait une semaine qu’ils dorment avec leurs enfants devant le parlement à Athènes.


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Des réfugiés Syriens sur la place Syntagma le 23 novembre 2014 (Photo : Damian Mac Con Uladh)

À Athènes, du haut de la place Syntagma, cela semble être la routine d'un dimanche matin normal tandis que la cérémonie de relève de la garde présidentielle se déroule devant la tombe du soldat inconnu, au pied du Parlement construit au XIXème siècle.

Les Evzones, comme on appelle les gardes, sont vêtus du costume traditionnel grec et forcent l'attention et le respect non seulement des Grecs et des touristes qui bordent la rue, mais aussi de deux-cents Syriens, alignés de l'autre côté de la rue.

Les réfugiés Syriens devant le Parlement, le 19 novembre 2014 (photo <a href="https://twitter.com/dromografos2" target="_blank">Dromografos2</a>)

Les réfugiés Syriens devant le Parlement, le 19 novembre 2014 (photo Dromografos2)

Ces réfugiés venus d'un pays déchiré par la guerre viennent de passer leur cinquième nuit à dormir sur la place, avec seulement des couvertures pour les protéger du froid, en signe de protestation contre les conditions horribles auxquelles ils prétendent avoir fait face depuis leur arrivée en Grèce.

Debout dans un silence respectueux tandis que les Evzones défilent à côté, ils tiennent fermement de grandes banderoles écrites en arabe, en grec et en anglais. “Nous avons fui la mort en Syrie pour le vagabondage en Grèce,” lit-on sur l'une d'entre elles. La plupart des Syriens qui cherchent à atteindre des pays plus au nord de l'Europe passent d'abord par la Grèce.

Des histoires bouleversantes

Peu des autres observateurs des Evzones remarquent cela ou s'aventurent à parler aux Syriens, qui ne sont que trop désireux de partager les histoires bouleversantes qu'ils ont vécu là-bas. Des hommes comme Baki Laham, originaire d'Alep, qui a perdu sa femme quand leur maison a été bombardée, ou Mustafa Hussein, de Kobané, qui a perdu tout contact avec sa famille mais qui sait que son père de 65 ans a été arrêté par les forces de l'État Islamique.

Les réfugiés Syriens luttent contre le froid devant le parlement le 24 novembre 2014 (photo Makis Sinodinos)

Les réfugiés Syriens luttent contre le froid devant le parlement le 24 novembre 2014 (photo Makis Sinodinos)

Ne s'identifiant que par un surnom, Abu Odai se décrit lui-même comme le coordonnateur du sleep-in public. Le Damascène de 29 ans est en Grèce depuis trois mois. Il explique que lui et ses compatriotes se sentent piégés par les règles européennes dans un pays qui a peu ou pas d'infrastructures pour les aider.

Nous sommes venus ici en rêvant d'une vie sûre. Mais en Grèce le seul droit que nous semblons avoir est celui de dépenser le peu d'argent qui nous reste,” affirme Abu Odai. Ce qu'ils paient pour se débrouiller ruine les moyens dont ils ont besoin pour atteindre des destinations qu'ils préfèrent dans d'autres pays de l'UE où beaucoup ont de la famille, dit-il.

Des réfugiés Syriens et leurs enfants devant le parlement, le 23 novembre 2014 (photo Dromografos)

Des réfugiés Syriens et leurs enfants devant le parlement, le 23 novembre 2014 (photo Dromografos)

Alors qu'un règlement de l'Union Européenne, Dublin II, indique que les réfugiés doivent demander l'asile dans le pays de l'UE où ils sont d'abord arrivés, aucun des Syriens ne considère la Grèce comme une option puisqu'ils savent que l'asile en Grèce offre une protection de base contre l'expulsion mais rien en termes d'intégration sociale.

Comme l'explique Abu Odai, les passeurs demandent maintenant jusqu'à 10 000 € pour faire passer des gens clandestinement de la Turquie à l'Europe centrale : la moitié pour le passage risqué de la frontière entre la Grèce et la Turquie et la moité pour le tout aussi dangereux reste du voyage. Il y a une quinzaine de jours, il a essayé de traverser à pied la frontière de l'Albanie dans l'espoir d'atteindre le Monténégro.

Ouvrez le feu

Quelques kilomètres dans leur voyage, dit-il, la police albanaise a ouvert le feu sur eux. “Ils tiraient directement sur nous, pas en l'air.”

Une jeune Syrienne devant le parlement (photo <a href="https://twitter.com/Lihtenvalner" target="_blank">Katja Lihtenvalner</a> )

Une jeune Syrienne devant le parlement (photo Katja Lihtenvalner )

D'autres Syriens présents à la manifestation décrivent comment, incapables de signer légalement des baux, ils deviennent victimes de propriétaires peu scrupuleux – de toutes nationalités – qui les font payer trop cher pour des appartements insalubres et surpeuplés dans Athènes.

Une famille de trois adultes et sept enfants âgés de trois à douze ans dit avoir payé 900 € pour un mois de résidence, pour être jetés dehors quinze jours plus tard par le propriétaire parce que “les enfants étaient trop bruyants”.

Sans bail, ils n'ont pas vu l'intérêt de le dénoncer à la police, qui refuse systématiquement de recevoir les plaintes des immigrés, selon des groupes de défense des droits de l'homme. Cette expérience, ainsi que la traîtrise d'un passeur qui les a abandonné dans une cabane au milieu d'une forêt macédonienne avant de prévenir la police de leur présence, les a laissé sans le sous.

Ghaida, qui enseignait l'anglais, dit qu'elle et son fils, Mohammed (18 ans), sont eux aussi arrivés à court d'argent et qu'ils dorment sous des porches et dans des parcs proches du centre d'Athènes.

Nous voulons travailler

Les Syriens sont travailleurs. Nous voulons que nos enfants continuent leurs études. J'ai pris le risque de venir ici avec mon fils, qui veut étudier l'informatique, en laissant mon mari et ma fille à Damas,” raconte-t-elle. Elle raconte avoir voyagé dans toute l'Europe avant la guerre et qu'elle n'aurait jamais imaginé qu'elle deviendrait une réfugiée.

Nous voulons juste que l'Europe nous aide. Pourquoi est-ce que le Royaume-Uni, la France ou l'Irlande ne reçoivent pas plus de Syriens ? Beaucoup d'entre nous sont instruits, certains sont docteur ou ingénieur,” dit-elle.

Alors que la manifestation incitait les fonctionnaires du ministère de l'Intérieur à offrir immédiatement l'asile aux candidats pourvus de papiers d’identité, la plupart des manifestants veulent juste la liberté d'aller plus loin dans l'Union Européenne. “Comme nous l'a dit quelqu'un du Parlement, la Grèce n'a pas de droits à nous offrir,” dit un manifestant.


Les réfugiés Syriens dorment devant le parlement, matin du 25 novembre 2014 (photo Dromografos)

Les réfugiés Syriens dorment devant le parlement, matin du 25 novembre 2014 (photo Dromografos)