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Chantage et blanchiment d'argent : le financement d'Aube Dorée

24 novembre 2014

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Le parti néo-nazi grec, Aube Dorée qui avait atteint les coulisses du pouvoir avant de tomber en disgrâce, se finançait comme une mafia.


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AubeDorée

À l'approche des procès de certains leaders d'Aube Dorée, une série de documents révélés par les procureurs pendant leur enquête et auxquels Channel 4 News a eu accès révèle de nouvelles informations selon lesquelles le parti se finançait grâce au chantage, à du trafic et au blanchiment d'argent à l'étranger.

Le parti est d'abord devenu célèbre lorsqu'un représentant d'Aube Dorée a été élu au conseil municipal d'Athènes. Puis le parti a remporté 18 sièges aux élections législatives, la plus grande victoire qu'un parti ayant une swastika comme symbole ait obtenu en Europe depuis les années 1930. Ce qui a probablement fait d'Aube Dorée la plus importante organisation néo-fasciste d'Europe.

Le parti poursuit sa réussite avec un mélange d'apparitions télévisées sensationnelles et d'interviews qui ne laissaient aucun doute sur les conceptions racistes et ultranationalistes de ses membres, de violentes attaques contre les immigrés et d'actions "caritatives" réservées aux Grecs. Un réseau de plus de 70 bureaux à travers la Grèce géraient une distribution soutenue de nourriture et de vêtements accessible seulement à ceux possédant une carte d’identité grecque.

Son influence, sa présence et son nombre d'employés augmentait dans tout le pays et la question sur toutes les lèvres était : “Où trouvent-il leur argent ?”. Les subventions ordinaires que les partis reçoivent après avoir été élus au Parlement ne représentaient qu'une fraction de ces coûts, comme l'ont alors pointé du doigt des hommes politiques de tous bords.

En septembre 2013, après le meurtre du musicien anti-fasciste Pavlos Fyssas par Giorgos Roupakias, un membre d'Aube Dorée, les activités du parti ont pris fin.

Les mesures répressives à l'encontre des dirigeants du parti, des responsables et des militants qui s'en sont suivies ont dévoilé les preuves choquantes qui les voient maintenant être accusés d'avoir dirigé une organisation criminelle.

Face aux tribunaux

Toute l'équipe parlementaire et le chef du parti, qui était au courant de chaque action, vont faire face aux tribunaux grecs. Les preuves révélées par les procureurs à Athènes et les révélations faites lors des poursuites civiles mettent aussi en lumière le financement du parti et sa technique d’entretien d'un appareil de relations publiques sophistiqué et coûteux.

"Ces mains saluent peut-être ainsi parfois, mais elles sont propres, pas sales. Elles n'ont pas volé," a affirmé le chef du parti, Nikos Michaloliakos, lors d'un discours à ses partisans plus tôt dans l'année, pendant qu'il faisait un salut Nazi.

Thanasis Kabayiannis, qui, avec d'autres avocats, représente les parties civiles et tient le blog Jail Golden Dawn, n'est pas d'accord.

"Ils ont créé des bataillons pour contrer leurs opposants politiques, et ensuite ils les louaient, à n'importe qui voulant les louer," a-t-il déclaré à Channel 4 News.

Dans un des cas les plus importants, un réseau d'hommes d'affaires actif dans l'industrie du transport maritime aurait impliqué Aube Dorée dans leur lutte incessante contre les syndicats obstinés qui n'acceptaient pas des salaires plus bas et moins de droits.

"Nous savons pertinemment qu'il y avait un paiement direct de la part des patrons de l'industrie de la construction navale à Perama," affirme M. Kabayiannis, concernant une donation au parti d'un montant de 240.000 £.

Sotiris Poulikogiannis est le président du syndicat des métallurgistes, et il a expliqué à Channel 4 News qu'il est persuadé que ces transactions ont finalement mené à des attaques contre lui et d'autres membres du syndicat par une cinquantaine de voyous d'Aube Dorée.

"En 2013, ils sont venus nous menacer," dit M. Poulikoyiannis.

"Le 12 septembre, ils nous ont attaqué. Le 17 septembre, pendant un événement dans leurs bureaux, ils ont annoncé qu'ils allaient créer leur propre syndicat à Perama. C'était nouveau, personne n'avait jamais parlé d'un syndicat Aube Dorée jusque là. [Puis] le 18, Pavlos Fyssas a été assassiné, et des fondateurs du syndicat étaient impliqués [dans ce crime]."

Il continue : "Le 19, un jour après le meurtre, alors que le pays était en ébullition, le président du syndicat de l'époque engageait le noyau dur [du syndicat] d'Aube Dorée."

Ce syndicat "alternatif" avait été mis en place en promettant des emplois stables en échange de baisses de salaires dans le chantier naval en difficulté et pour écraser le parti communiste via le syndicat des métallurgistes, mais certains de ceux qui avaient été engagés ont été arrêtés dans le cadre de l'assassinat quelques jours plus tard.

M. Kabayiannis a envoyé un rapport au procureur qui fournit plus de détails sur le coût de ce soutien, mais aussi sur le blanchiment de cette importante somme par le parti grâce aux sociétés off-shore montées par le directeur financier d'Aube Dorée et sa femme.

M. Kabayiannis a aussi expliqué comment le parti Aube Dorée dirigeait un système de cercles de protection dans les deux quartiers de la région d'Athènes où il était le plus actif, à Nikaia et Agios Panteleimonas, en faisant du chantage aux propriétaires des boutiques et aux immigrants et en offrant ses services à des hommes d'affaires qui voulaient attaquer leurs rivaux, avec la coopération des autorités de police. Dans ces deux quartiers, les chefs de la police ont été suspendus et sont sous le coup d'une enquête.

La direction d'Aube Dorée sera face aux tribunaux dans deux mois et plus de détails vont probablement être révélés. Reste à voir si le système judiciaire grec va remonter les pistes fournies par les avocats et les témoins et suivre la trace de cet argent.