5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Dieux grecs : la Grèce lance sa pire «stratégie de communication» pour le tourisme

7 novembre 2014

Opinion Tourisme campagne de communication Dieux échec Grèce mythe tourisme

La Grèce à des richesses incroyables qui attirent de nombreux touristes. Mais la Grèce est aussi réputée pour ne pas savoir communiquer sur ce sujet. La dernière campagne le montre une nouvelle fois avec l’exemple type de ce qui méritait beaucoup mieux que des Dieux, des mythes, des héros … et un petit bout des JO de Berlin de 1936.


859 mots   1653       Comments

Le paysage urbain de Manhattan la nuit, un écrivain mâle (fictif) d'âge moyen assis seul dans son bureau au dernier étage rêvant de la Grèce avec une bande-son qui rappelle les feuilletons Dynasty ou Falcon Crest des années 1980 aux États-Unis... si il y a un moyen de commencer une vidéo promotionnelle pour le tourisme grec, alors ceci n'est certainement pas la meilleure manière de le faire.

La vidéo, intitulée "And everywhere you turn: Gods … Myths … Heroes" (Et partout où vous allez: Dieux ... Mythes ... Heros), est décrite comme visualisant "la stratégie de communication" de l'agence nationale du tourisme EOT pour 2015, dont l'objectif est d'attirer plus de visiteurs.

Selon la ministre du Tourisme, Olga Kefalogianni, la "nouvelle stratégie de communication est basée sur les dieux grecs et les héros antiques dont nous avons tous entendu parler depuis notre enfance".

C'est une stratégie fondée sur le concept que les activités contemporaines telles que le divertissement, le sport, l'apprentissage et les arts sont inspirés et correspondent à un dieu grec, un héros grec, un mythe ou un événement historique.

En conséquence, la vidéo fait beaucoup de références aux vestiges du passé classique du pays, mais traite peu avec son présent, sauf pour quelques scènes rustiques de villageois en train de cuire le pain ou de fabriquer du vin de façon traditionnelle. C'est un peu comme présenter le français roulant en 2CV avec un béret et la baguette sous le bras...

Il y a aussi plus d'un clin d'œil à l'héritage chrétien du pays; notre narrateur nous dit que "quand un nouveau Dieu arrivait, il était également accueilli et hébergé". On peut se demander si cela correspond au secteur relativement petit du tourisme religieux ou si c'est pour satisfaire la ministre du Tourisme du parti conservateur Nouvelle Démocratie.

Le résultat est une tentative banale, ringarde et indigeste. Les images superposées collant des dieux grecs sur les sites archéologiques ou à la campagne est quelque chose que vous vous attendez plutôt à voir dans les émissions de télévision de télé-achat  lorsque le député de la droite de la Nouvelle Démocratie et ex-ministre de la santé Adonis Georgiadis y vend des livres.

Non, ceci n'est pas tiré du télé-achat d'Adonis Georgiadis

Non, ceci n'est pas tiré du télé-achat d'Adonis Georgiadis

Et ce qui est tout à fait incompréhensible et inexcusable pour une vidéo pour le tourisme est l'inclusion d'un clip ( ici ) de la cérémonie olympique des Jeux olympiques de Berlin en 1936, des jeux gérés par la machine de propagande nazie . [Voir Note de la Rédaction]

La vidéo contient un extrait du relais de la flamme des Jeux olympiques de Berlin en 1936

La vidéo contient un extrait du relais de la flamme des Jeux olympiques de Berlin en 1936

Pour empirer les choses, la ministre a présenté cette vidéo sur le marché mondial du voyage (WTM), décrit comme le plus grand événement mondial de l'industrie du voyage, qui se déroulait entre le 3 et le 6 novembre à Londres.

En regardant ces onze minutes -avec un peu de courage- on ne peut que se demander ce qui est passé à l'esprit des personnes responsables de la promotion du tourisme grec à l'étranger. La Grèce est un pays avec un potentiel touristique incroyable et ces dernières années, les arrivées ne cessent d'augmenter et les recettes du secteur ont atteint un niveau record. Les perspectives pour le tourisme grec se présentent bien, le secteur mérite donc certainement un meilleur effort qu'un autre appel aux dieux.

A Londres, Kefalogianni a déclaré aux journalistes et aux représentants de l'industrie que le tourisme grec n'est pas seulement  «la mer et le soleil», mais est une "variété de produits ayant des sections thématiques qui se développent et visent à couvrir tous les intérêts d'un visiteur moderne et sélectif". Si tel est le cas, on peut se demander pourquoi cette vidéo est réalisée pour un public cible qui semble être des écrivains masculins d'âge moyen fascinés par la mythologie grecque depuis l'enfance et qui peuvent venir seuls en Grèce pendant un mois et pourraient même se permettre d'y rester un an.

La vidéo est bien loin de la vitalité du récent guide du New York Times sur ce qu'il faut faire en 36 heures à Athènes, qui fut naturellement viral car il semblait avoir été pensé avec comme but d'attirer les vrais touristes : les gens qui veulent de la bonne nourriture, voir les musées et les sites à visiter et découvrir un avant-goût de la vie grecque contemporaine.

Si cette vidéo est ce que l'agence de tourisme EOT de la Grèce a de mieux à proposer, alors elle ne sert qu'à confirmer les réalités écrites récemment par Pavlos Zafiropoulos : la Grèce est un pays de richesses dirigé par des crétins.