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Douze ans avant la fermeture d’ERT : une autre page sombre dans l’histoire des médias grecs

17 octobre 2014

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Troisième épisode d’une chronique sur la longue histoire de la corruption, du non-droit et de la censure dans le paysage des médias et de la presse en Grèce.


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« L’ERT  n’est pas à vendre » affiche la façade du bâtiment  d’Elliniki Radiofonia Tileorasi à Athènes, Grèce, le 18 juin 2013. Depuis la fermeture de la Radio-Télévision publique grecque   et le licenciement de ses 2 600 employés, le grand élan de solidarité que cet événement a suscité ne s’est pas démenti, malgré la longue histoire d’erreurs de gestion et de clientélisme qui entache ce média. (photo : Angelos Tzortzinis / The New York Times)

« L’ERT n’est pas à vendre » affiche la façade du bâtiment d’Elliniki Radiofonia Tileorasi à Athènes, Grèce, le 18 juin 2013. Depuis la fermeture de la Radio-Télévision publique grecque et le licenciement de ses 2 600 employés, le grand élan de solidarité que cet événement a suscité ne s’est pas démenti, malgré la longue histoire d’erreurs de gestion et de clientélisme qui entache ce média. (photo : Angelos Tzortzinis / The New York Times)

Cet article est le troisième volet d’une chronique des longues années de corruption, de gabegie et de censure dans les médias en Grèce. Si la situation s’est trouvée exacerbée par la crise économique de ces dernières années, elle ne date pas d’aujourd’hui et est enracinée de longue date dans l’histoire de la politique nationale.

Ce troisième épisode sera suivi d’articles abordant diverses facettes de la presse grecque, notamment les blogs, Internet, les médias sociaux, le journalisme et les actualités, la corruption et la fermeture de la chaîne publique ERT, que Truthout et Okeanews publieront dans les semaines à venir.

Cet article a été initialement publié en anglais sur Truthout et ne peut pas être reproduit sans autorisation.


La route menant au site des émetteurs radio au sommet du Mont Hymette bloquée par un barrage de la police antiémeutes, le lendemain de l’opération menée par cette dernière pour fermer les 66 radios émettrices (crédit photo : Michael Nevradakis)

La route menant au site des émetteurs radio au sommet du Mont Hymette bloquée par un barrage de la police anti-émeutes, le lendemain de l’opération menée par cette dernière pour fermer les 66 radios émettrices (crédit photo : Michael Nevradakis)

Au soir du 27 mars 2001 à Spata, non loin d’Athènes, s’achevaient les derniers préparatifs de l’inauguration du rutilant nouvel aéroport international Eleftherios Venizelos, qui devait ouvrir dans quelques jours. Mais ce même soir à quelques kilomètres de là un chapitre sombre dans l’histoire de la Grèce moderne était en train de s’écrire. Aux petites heures de la nuit, la police antiémeutes déferlait sur le sommet du Mont Hymette abritant la majorité des émetteurs de radio et de télévision grecs, investissait les lieux et fermait manu militari 66 chaînes de radio. La raison officielle invoquée pour justifier ce coup de force sans précédent était que ces radios, laissées pour compte dans le récent appel d’offres pour l’octroi de concessions radiophoniques, mettraient en péril la sécurité du trafic aérien en brouillant les fréquences utilisées par le nouvel aéroport.

Avant de délivrer ces concessions, le ministère de la Presse et des Médias avait délégué la tâche d’examiner les candidatures et de les évaluer selon le système de points qui devait permettre de déterminer lesquelles seraient jugées dignes de leur octroi par le Conseil national pour la radio et la télévision (ESR). L’ESR est une instance prétendument indépendante, formée de neuf membres auxquels les partis politiques siégeant au Parlement proportionnellement à leur taux de représentation décernent des mandats d’une durée de quatre ans. Point important à relever pour la suite, ces mandats ne sont reconductibles qu’une seule fois. L’appel d’offres initial de 1996 visait 20 stations, mais une fois leur classement effectué par l’ESR – après toutes sortes de manigances ayant donné lieu à plusieurs exclusions et réintégrations successives de certaines et leur relégation dans des listes parallèles inofficielles divulguées à la presse - l’évidence s’est imposée que les concessions accordées ne satisfaisaient pas pleinement les intérêts commerciaux de certains grands groupes de presse. En outre, trois radios se partageaient la 19ème place du classement final – Alpha News, Skai et Radio City, les deux premières appartenant à de grands patrons de presse et la troisième, au puissant politicien Georges Karatzaferis – impliquant que deux d’entre elles se trouveraient, du moins en principe, éliminées.

Malgré l’ampleur et l’importance de la fermeture soudaine par le gouvernement de 66 radios, quasiment tous les principaux médias grecs sont restés muets.

Dans des circonstances totalement opaques, le ministre de la Presse de l’époque, Dimitris Reppas, chargea alors l’ESR de sélectionner 8 stations supplémentaires destinées à se voir gratifier de concessions « temporaires », en plus des 20 titulaires officiels. Ce faisant, il avait donné carte blanche à l’ESR pour décider quelles devraient être ces 8 stations « temporaires », c’est-à-dire sans exiger qu’elles soient simplement placées à la suite des vingt premières du classement officiel. Après avoir déclaré que plus de 20 fréquences FM de radios privées risquaient d’interférer sur le trafic aérien engendré par le nouvel aéroport, le gouvernement s’était vite ravisé, étant apparemment d’avis que 28 d’entre elles n’entraînaient aucun risque.

Le 26 mars 2001, l’ESR a publié sa liste de 8 radios dont 7, peut-être pas entièrement sous l’effet du hasard, appartenaient à de grands groupes de médias et la huitième à l’Église du Pirée. Il en a aussi émis une seconde, comportant sept stations supplémentaires « en attente » de nouveaux octrois de concessions à venir, ou dans lesquelles puiser si les circonstances venaient à se modifier. En même temps et d’une façon tout aussi peu transparente, il a résolu la question des trois ex-aequo au 19ème rang en accordant deux concessions à part entière aux deux poids lourds de l’information, Alpha News et Skai, tandis que Radio City disparaissait des deux listes. L’approbation de celles-ci par Reppas et Christos Verellis, ministre de la Communication, avaient préparé le terrain à la descente de police sur le Mont Hymette et à la fermeture forcée des émetteurs de radio.

À l’aube du 28 mars, les deux tiers des radios FM athéniennes étaient muettes. Au nombre de celles qui avaient été fermées s’en trouvaient plusieurs réalisant les scores d’audience les plus élevés, pour la plupart indépendantes et inféodées à aucun groupe de presse ni d’influence – alors qu’à quelques exceptions près, les 20 + 8 radios restées en lice appartenaient à des organisations économiques, à des municipalités ou à l’Église. L’une d’entre elles, Profit FM, propriété de Tragkas, n’avait diffusé que pendant les 10 jours précédant le raid, tandis qu’une autre, Planet, diffusait des nouvelles mais se trouvait au bord de la faillite.

En dépit de l’importance et de l’ampleur que revêtaient la fermeture subite de 66 radios par le gouvernement, pratiquement tous les organes de presse grecs ont gardé le silence. Non seulement la célébration de l’ouverture du nouvel aéroport d’Athènes a entièrement occulté la nouvelle, mais les médias qui auraient dû la communiquer étaient en majeure partie les propriétaires des 28 stations ayant continué à émettre, et de ce fait tout contents d’être ainsi débarrassés de leurs concurrents.

Contrairement à la fermeture de l’ERT douze ans plus tard, celle de ces radios a trouvé peu d’écho dans la presse internationale, les réactions se bornant à quelques brèves basées sur les bulletins des agences de presse et reprises par des titres tels que le New York Times. Même Freedom House, le chien de garde de la liberté d’expression, s’est contenté, quelques semaines après la fermeture en masse de ces radios, de publier un article disant que le gouvernement grec avait lancé une procédure pour l’octroi de licences d’exploitation de radios lui permettant de déterminer quelles « nouvelles radios » continueraient à émettre et lesquelles n’émettraient plus, en conservant sa note positive à la liberté de la presse en Grèce. La seule radio s’étant risquée à faire état des fermetures en masse et à donner la parole à des représentants des radios réduites au silence, Skai 100.4, a été menacée par Reppas de se voir retirer sa licence fraîchement obtenue pour avoir retransmis les émissions de radios « illégales », ce qui a eu pour effet de la mettre au pas.

Il y a lieu de relever que le motif invoqué par le gouvernement grec pour justifier la limitation du nombre de concessions, d’abord à 20, puis à 28 est aisément réfutable. Une étude réalisée en 1991 par le ministère de la Communication avait conclu à la possibilité d’accorder des concessions à 57 émetteurs privés, tandis que, faisant marche arrière après les fermetures de 2001, le gouvernement avait soudain affirmé que jusqu’à 35-39 émetteurs pouvaient diffuser en toute sécurité et lancé un nouveau appel d’offres à la fin de cette même année. Soulignons plutôt que dans plusieurs autres villes d’Europe telles que Rome (91) ou Istanbul (102) le nombre d’émetteurs de radio FM légalement autorisés à l’époque (et l’étant toujours) est à peu près le même qu’en Grèce avant le raid du 27 mars 2001. Exemple frappant de la distorsion des faits par le gouvernement, Verellis, le premier ministre grec : il avait prétendu lors d’un débat télévisé auquel il avait exceptionnellement consenti à participer, que des villes comme New York n’avaient que 15 radios FM privées et que le public athénien devait s’estimer heureux d’en avoir 28 à leur disposition.

L’appel d’offres lancé en 2001-2002 pour 15 concessions de radio était aussi peu transparent que celui de 1996. Recourant de nouveau à un système de points, l’ESR avait adopté les mêmes critères que lors du précédent, excepté un : le nombre d’années d’exploitation des radios par le même propriétaire, avec pour effet de modifier radicalement leur classement et, de nouveau sans doute pas par hasard, la nouvelle liste s’est peu à peu rapprochée des deux listes « temporaires » qu’il avait créées précédemment. Une fois de plus, des classements provisoires chaque fois différents se sont ébruités dans la presse.

En février 2002, l’appel d’offres de l’ESR était achevé et le nouveau ministre de la Presse, Christos Protopappas, a arrêté les comptes à 15 concessions, alléguant qu’une de plus mettrait la sécurité du réseau aérien en péril. Toutes ces 15 radios sauf une étaient celles ayant formé les deux listes « temporaires » de l’ESR. Ce nouvel appel d’offres a résulté en l’attribution de nouvelles fréquences à la plupart d’entre elles, entraînant un profond bouleversement de la constellation des radios FM athéniennes. La radio de l’Église du Pirée ayant terminé seizième ex-aequo avec Radio Gold et Diva FM, n’a pas été sélectionnée. La quinzième place a été décrochée à la dernière minute par Athens Business Radio appartenant à la famille Kouris, qui avait été fermée en 2001. Dans les deux appels d’offres, l’un des critères de sélection était le type de programmation et Athens Business Radio se proposait de diffuser des nouvelles de caractère économique et financier. Une fois la concession obtenue, son projet ne s’est pas concrétisé et elle s’est mise à diffuser de la musique pop sous le nom d’"Orange 93.2".

Autre cas semblable, celui de Difono FM, dont l’ouverture avait été prévue avant le raid de 2001 et qui se proposait de diffuser des programmes de musique grecque et des émissions culturelles de haut niveau. Après l’obtention de sa licence, rien de tout cela n’a vu le jour et la station a au contraire diffusé anonymement, des mois durant, des formats musicaux en tant que « 88 FM », précédant un bref épisode sous le nom de « Virgin Radio » en partenariat avec la multinationale Virgin Media. Détail intéressant, Spyros Flogaitis, un membre de l’ESR impliqué dans les deux appels d’offres, a repris sa pratique d’avocat à la fin de son mandat plus tard cette année-là pour devenir le conseiller juridique de … la station de radio s’étant vu attribuer la concession au nom de Difono FM.

Pas une seule fois lors de ses nombreuses descentes sur le site émetteur sur le Mont Hymette et d’autres, aux environs d’Athènes, l’EETT (Commission hellénique des Télécommunications et Postes), qui contrôle l’utilisation de l’espace radiophonique, n’a fermé celle de l’Église du Pirée, ni les fréquences secondaires utilisées par d’autres stations.

Au début de cette année, Flogaitis s’est trouvé mêlé à deux gros scandales. Le premier avait révélé que plusieurs gouvernements grecs successifs avaient accordé à des organisations sans but lucratif des financements de plusieurs centaines de milliers d’Euros réservés à une ONG administrée par Flogaitis et accusée de ne pas avoir poursuivi les activités que sa fondation avait eues pour but. Au cœur du second se trouvait la création par le gouvernement grec d’un acte législatif « sur mesure » qu’il avait fait passer à la sauvette en même temps qu’une loi sur les marchés agricoles en plein air, et qui aurait permis à l’ONG de Flogaitis de fonder et d’exploiter la première université privée reconnue par la loi grecque.

Peu après le raid de 2001, des radios « pirates » se sont mises à diffuser à Athènes et, chose bizarre, plusieurs d’entre elles depuis le parc émetteur du Mont Hymette censé avoir été bloqué après le raid. De plus, des fréquences secondaires utilisées avant le raid par certaines grandes radios pour assurer une meilleure couverture de la zone vallonnée de l’agglomération athénienne étaient restées implantées par la suite. L’une d’entre elles, Skai 100.4, diffusait elle aussi sur la fréquence 100.7 FM. En effet, toutes ces ondes de fréquence inutilisées ont permis à d’autres radios de diffuser sur des fréquences secondaires, se gaussant des cris d’orfraie poussés par le gouvernement à l’évocation des risques que des fréquences FM supplémentaires feraient courir la sécurité du trafic aérien engendré par l’aéroport situé à proximité. Un cas encore plus flagrant est celui de l’émetteur radio de l’Église du Pirée qui avait elle aussi continué à diffuser après l’appel d’offres de 2002 auquel elle avait participé sans succès. En dépit de ses nombreuses incursions dans le parc émetteur du Mont Hymette et d’autres sites aux alentours d’Athènes , l’EETT (Commission hellénique des Télécommunications et Postes) qui contrôle l’utilisation de l’espace radiophonique, n’a pas fermé une seule fois la radio de l’Église du Pirée, ni les fréquences secondaires utilisées par d’autres stations, tandis que les radios « pirates » qu’elle avait fermées ne manquaient jamais de réapparaître sur les ondes quelques jours, sinon quelques heures plus tard. Radio Gold, en revanche, ex-aequo au seizième rang avec l’Église du Pirée lors de l’appel d’offres 2002 de l’ESR et qui avait repris ses activités en partant de l’idée qu’elle avait les mêmes droit que l’Église, a reçu quatre jours après sa réouverture la visite du commando de l’ETT qui l’a fermée. Et une fois de plus, la radio de l’Église, dont l’émetteur sur le Mont Hymette était semble-t-il son voisin, n’a pas été inquiétée.

Parmi les radios fermées à la suite des appels d’offres de 1996 et de 2001-2002, nombreuses sont celles à avoir recouru auprès du Conseil d’état, lequel a promulgué en 2001 une décision d’annulation de celui de 2002, au motif de diverses irrégularités, et décrétant que Lampsi FM, En Lefko et la Difono FM précitée n’auraient pas dû recevoir de concession en raison d’incohérences dans leur candidature. Cette décision exigeait du gouvernement qu’il lance immédiatement un nouvel appel d’offres, mais jusqu’à ce jour, celui-ci n’a pas eu lieu. Le gouvernement a préféré, selon son habitude - et comme nous verrons plus loin - recourir à des moyens plus astucieux : l’introduction dans la loi 3310/2004, au moment du vote, d’une clause additionnelle autorisant les radios athéniennes ayant participé à chacun des appels d’offres antérieurs, restées aux mains des mêmes propriétaires et diffusant depuis le 31 décembre 2004 à demander un « certificat de légalité temporaire ».

Cette loi servait plusieurs objectifs : celui de légitimer toutes les radios athéniennes s’étant vu précédemment octroyer une concession à Athènes, étant donné que les concessions délivrées en 2001 étaient près d’expirer, tandis que celles datant de 2002 avaient été annulées par le Conseil d’état. Elle visait aussi à permettre aux trois radios sorties victorieuses de la décision du Conseil d’état – Radio Gold, Diva FM et l’Église du Pirée – de poursuivre « légalement » leur exploitation. Cela signifiait en pratique qu’il leur faudrait d’abord revenir illégalement sur les ondes afin de prouver que, le 31 décembre 2004, elles étaient en activité et remplissaient ainsi les critères posés par la nouvelle législation sur mesure.

D’autres radios n’ayant pas de relations en haut lieu, ni changé de propriétaire ont vu leurs demandes rejetées par l’ESR sans la moindre explication.

Cette loi a eu toutefois une conséquence imprévue : plusieurs autres radios diffusées elles aussi illégalement le 31 décembre 2004, remplissaient les critères d’admission. C’est là que le favoritisme de l’ESR vis-à-vis de certaines radios et de leurs propriétaires s’est à nouveau manifesté. Parmi celles qui avaient reçu depuis 2005 des « certificats de légalité temporaire » à Athènes en vertu de cette loi figuraient notamment, à part les trois précitées, Parea FM (propriété jusqu’il y a peu de l’éditeur Dimitris Rizos), Radio Veronica et Radio Athinai Shock. Elles ont pour point commun le fait d’appartenir à des entités ayant du poids (Parea FM, à l’Eglise du Pirée) ou d’avoir été vendues à de grands groupes de presse peu après leur réintégration dans la légalité : Radio Gold à Pegasus Publishing (copropriétaire de Mega Channel et de plusieurs des principaux journaux grecs) qui l’a rebaptisée Sentra FM. Diva FM a été cédée à la famille Kouris et pris le nom de Mad Radio, quant à Athinai Shock, elle est passée entre les mains des propriétaires de Kiss FM qui l’ont ensuite exploitée sous le nom de Hot FM. L’exemple le plus flagrant est celui de Veronica, appartenant à une très ancienne radio « pirate » qui la diffusait depuis le 31 décembre 2004.

L’ESR avait refusé trois fois de suite d’accorder le certificat de légalité à Radio Veronica, pour le lui octroyer in extremis à sa quatrième demande, face aux rumeurs de sa vente. Elle a presque immédiatement changé de mains, passant entre celles d’un groupe d’actionnaires comprenant une fois de plus la famille Kouris, de même que Nikos Hatzinikolaou, journaliste en faveur dans les hautes sphères, qui devait lancer plus tard sur cette fréquence la radio d’information Real FM. Elle réalise actuellement les meilleurs scores d’audience de toutes les radios athéniennes.

D’autres radios n’ayant pas de relations en haut lieu, ni changé de propriétaire, ont vu leurs demandes refusées sans la moindre explication par l’ESR. L’une d’elles est Atlantis FM, très populaire auprès de la jeunesse urbaine avant sa fermeture en 2001. Bientôt de retour en diffusion pirate, elle était opérationnelle le 31 décembre 2004, mais ses demandes de légalisation auprès de l’ESR avaient essuyé un échec après l’autre. En 2008, son recours a été agréé par le Conseil d’état qui a statué en sa faveur, interdisant aussi bien au gouvernement, à l’ESR qu’ä l’ETT de la fermer avant que le nouvel appel d’offres ait eu lieu. Bien qu’elle soit opérationnelle de facto avec un statut quasi-légal, l’ESR n’en démord pas et se refuse à lui délivrer une attestation de légalité. Athinai Shock Radio a elle aussi vu contester par l’ESR son droit au fameux certificat jusqu’en 2007, peu avant sa vente à Kiss FM. À la fin 2008, ses programmes ont été entièrement transformés et fait place à la diffusion automatisée de tubes de musique de dance et de pop, jusqu’à l’été 2010 où elle s’était hissée au sommet des scores d’audience dans la région d’Athènes. En septembre toutefois, l’ESR est revenu sur sa décision de légitimer la radio rebaptisée Hot FM et a révoqué le certificat de légalité, suite à quoi un commando de l’EETT l’avait fermée. La volte-face de cette dernière serait due aux pressions exercées sur elle par de puissants groupes de presse exploitant des stations comme Athinai Delay (dont l’ironie veut qu’elle ait été fermée en 2001 et reçu une nouvelle concession en 2002) et VFM, diffusant des programmes similaires à ceux de Hot FM, mais dont l’audience déclinait. En novembre 2013, des efforts sans relâche de sa part ont fini par aboutir, le Conseil d’état a accepté son recours et sa diffusion a pu reprendre.

Depuis la fermeture des 66 radios d’Athènes en 2001, le paysage radiophonique athénien est de plus en plus concentré sur un nombre de propriétaires des radios restantes qui va rétrécissant.

Plus récemment, en 2007, le Conseil d’état avait accepté les recours de la radio évangélique Hristianismos FM et de Radio Ygeia-Oikologia, qui avaient toutes deux été fermées en 2001. Le Conseil d’état a décrété dans les deux cas que la concession avait été refusée à tort aux deux radios. Néanmoins ni l’ESR ni l’état grec n’ont donné de suite à sa décision, suite à quoi Hristianismos FM a interjeté un nouveau recours accepté derechef par le Conseil d’état, lequel a ordonné en 2012 au gouvernement de lui restituer sa concession avec effet immédiat. Le gouvernement a alors recouru à une tactique astucieuse pour appliquer cette décision sans pour autant autoriser la radio à diffuser ses programmes. Elle a délivré une concession à Hristianismos FM mais sans lui octroyer de fréquence, renvoyant la balle au ministère de la Communication qui n’a rien entrepris depuis lors, de sorte que toutes les deux radios restent inactives.

Depuis la fermeture des 66 radios d’Athènes en 2001, le paysage radiophonique athénien est de plus en plus concentré sur un nombre toujours plus restreint de propriétaires de radios, lesquels sont presque toujours de grandes organisations et des groupes de presse. Cela a résulté en une homogénéisation des formats radiophoniques, un rétrécissement des sujets abordés et de l’envergure des débats, ainsi que de nombreux licenciements dus à la consolidation de leurs opérations par les groupes propriétaires de ces radios. Néanmoins tout ce qui précède ne représente que la partie visible de l’iceberg, émergeant d’un paysage médiatique rongé de la base jusqu’au sommet par la corruption, la gabegie et les complicités entre les grands acteurs économiques et le gouvernement grec.

Le prochain chapitre de cette série traitera du déficit de réglementation, de la corruption galopante, de la législation au petit bonheur la chance et de l’application laxiste de la législation actuelle. Pour l’instant, les radios athéniennes survivent dans un capharnaüm de cadres juridiques différents, quoique toutes les concessions délivrées en 2002 aient expiré ou été révoquées. Elles sont actuellement exploitées sous huit régimes différents, avec des concessions délivrées en 2001 et en 2002, des attestations de légalité fondées sur leurs statuts respectifs le 31 décembre 2004, d’autres sur la base de leurs conditions d’exploitation le 1er novembre 1999 (le sujet sera lui aussi dans le prochain épisode de la série), un Conseil d’état chargé de statuer, des radios d’état et des stations « pirates » dont certaines étaient auparavant dans la légalité – et ce jusqu’en 2001. Depuis 2005, le gouvernement ajoute environ tous les six mois à la législation des clauses prorogeant les durées de validité des concessions d’origine, une pratique invalidée par le Conseil d’état dans ses décrets de 1956/2012, mais qui a perduré jusqu’à ce jour et reste impunie.

Cet article a été initialement publié en anglais sur Truthout et ne peut pas être reproduit sans autorisation.

Traduction : Beba pour Okeanews