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Cas de torture dans des centres de détention pour migrants en Grèce

15 octobre 2014

Droits de l'homme camps de détention Grèce migrants prisons rétention torture
Participants
Camille Paix
Okeanos

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a taxé le pays d’amendes d’un montant total d’1.5 million d’euros pour ses violations des lois relatives à la détention des migrants. 150 affaires attendent encore d’être jugées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Pourtant, la situation ne semble pas s’améliorer pour les détenus.


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Par Aphrodite Babasi

Le Comité Européen pour la Prévention de la Torture et des Traitements Inhumains, qui dépend  du Conseil Européen, vient en Grèce chaque année afin de jauger les centres de détentions pour migrants, d’identifier les problèmes existants et de proposer des solutions aux situations considérées comme « problématiques ».

Les ministères responsables de la gestion des centres de détention pour migrants doivent alors répondre à des questions très précises du Comité. Cette année, le gouvernement Grec a décidé de ne pas publier le rapport résumant les importants problèmes identifiés par le Comité durant sa dernière visite au printemps 2013. Le gouvernement a aussi évité de rendre disponible le document contenant les réponses aux questions posées par le Comité. Finalement, le document fut rendu public, lorsque le problème fut soulevé par Maria Giannakaki durant une enquête parlementaire. Cependant, 8 pages étaient manquantes, et bien sûr, les réponses du gouvernement Grec n’y figuraient pas.

On peut penser à un éventail de raisons pour lesquelles le gouvernement ne voulait pas informer le public des conditions de détentions des migrants dans les centres du pays, en particulier dans la mesure où le rapport émanait d’un corps international. Jusqu’à ce jour, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a taxé le pays d’amendes d’un montant total d’1.5 million d’euros pour ses violations des lois relatives à la détention des migrants. 150 affaires attendent encore d’être jugées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Augmentation des cas de torture depuis 2011

les droits de l’homme les plus fondamentaux, tels que le respect de la vie humaine, de la dignité, et de la santé, sont constamment bafoués

Le Comité est une nouvelle fois arrivé à la conclusion que dans un grand nombre de prisons et de centre de rétention en Grèce, les droits de l’homme les plus fondamentaux, tels que le respect de la vie humaine, de la dignité, et de la santé, sont constamment bafoués. Dans plusieurs cas, impliquant pour la plupart des pensionnaires de prisons Grecques, les cas de torture s’accompagnaient d’une certaine réticence des autorités à enquêter pour déterminer les coupables des abus.

Cela a mené à une culture acceptant la torture comme une méthode valide de maintien de l’ordre, dans la mesure où les responsables n’ont jamais eu à affronter les conséquences de leurs actes. L’augmentation des cas de torture, depuis la première évaluation du pays par le Comité justifie cette hypothèse. Selon le rapport de 2013, les autorités Grecques n’accordent pas la priorité à ces incidents, et aucune mesure n’a jamais été mise en place pour en finir avec ce phénomène. De plus, il est devenu évident qu’à l’intérieur de bon nombre de départements de police, des abus systématiques sont utilisés par les policiers pour obtenir informations et aveux des personnes en détention provisoire.

Torture dans un poste de police

Ils tiraient une corde attachée à son pénis

Au poste de police de Kypseli, à Athènes, des policiers, qui menaient un immigrant aux toilettes lui ont enlevé ses vêtements et ont versé de l’eau froide sur son corps nu. Après lui avoir attaché les jambes avec une corde, ils ont frappé la plante de ses pieds avec des battes, tandis qu’ils tiraient une corde, attachée à son pénis. Quand il a demandé à voir un avocat, la réponse a été non. Pendant qu'ils le torturaient, les policiers lui ont cassé une jambe, ce qui ne les a pas empêchés de continuer. Il a été gardé au poste pendant 4 jours, sans aide médicale, et sans être transféré à l’hôpital. Emprisonné à la prison de Korydallos pendant 9 jours, il a finalement été amené à l’hôpital de Nikaia et hospitalisé pendant un mois.

Ce qui caractérise ce cas particulier, et beaucoup d’autres, est le fait que les autorités aient refusé le droit à l’entraide juridique et aux soins à un immigrant. En outre, toutes les victimes ayant émis le souhait d’intenter un procès furent plus tard dissuadées par leur avocat, cela pouvant avoir un impact négatif sur le verdict de leur procédure pénale en cours. Etant donné que les policiers accusés de torture déclarent habituellement que le comportement violent de leurs victimes les a placés dans une situation de « self-défense », il est facile d’imaginer qui est le plus crédible devant un tribunal.

Attachés à une barrière

Les conditions de détention dans les postes de police reflètent ce que l’on lit souvent dans la presse : des espaces étroits, sales, sans accès à la lumière du jour, des matelas sales étendus au sol, pas d’espaces extérieurs pour prendre l’air, pas de matériel pour que les détenus lavent leurs vêtements et cuisinent un plat décent, luxe auquel la plupart d’entre eux n’ont pas eu accès depuis plusieurs mois.

des immigrants ont été frappés à coups de battes et de chaines, et en punition, laissés dehors, dans la cour du centre de détention toute la nuit

Des cas de maltraitance ont également été signalés dans des centres de détention pour migrants. A Komotini, une ville située au Nord-Est de la Grèce, pendant une intervention des forces spéciales de la police, des immigrants ont été frappés à coups de battes et de chaines, et en punition laissés dehors, dans la cour du centre de détention toute la nuit, ainsi que la journée du lendemain. A Amygdaleza, un centre de détention d’Athènes, plusieurs détenus ont affirmé que les automutilations et les plaintes à propos des conditions de vie étaient systématiquement accueillies par des violences physiques, notamment des coups de pieds, de poings et de battes.

De plus, avant d’infliger leur châtiment, les policiers ont attaché les mains des immigrants avec des menottes à la barrière métallique entourant le centre, et les ont laissés ainsi toute une nuit durant. Retourné de l’hôpital après une tentative de suicide, un détenu est retourné dans le centre de détention pour faire face à encore plus d’horreur : il est resté attaché à la barrière pour une journée entière. Le seul traitement de faveur qu’il a reçu était une chaise, pour ne pas avoir à rester debout toute la nuit, et l’une de ses mains libérées pour pouvoir manger. Ce sont ses codétenus qui lui ont apporté une couverture, la température étant extrêmement basse.

Source : epohi.gr / OmniaTV

Traduction : Camille