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La détention prolongée d'immigrants, non seulement inhumaine et illégale, est inefficace

13 octobre 2014

Droits de l'homme Immigration détention Grèce politique migratoire réfugiés réinsertion

Le 4 octobre 2014 un immigrant irrégulier marocain est sorti libre après 24 mois passés dans un centre de détention grec, soit beaucoup plus que la durée légalement autorisée par la loi grecque. Sa rétention a été inutile; pas du tout consentant à être renvoyé dans son pays il n’a pas laissé aux autorités grecques d’autre choix que sa libération.


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10 octobre 2010 : des réfugiés dans le camp de détention Filakio, Evros, Grèce. Credit: ggia / Flickr

10 octobre 2010 : des réfugiés dans le camp de détention Filakio, Evros, Grèce. Credit: ggia / Flickr

Par Danai Angeli / The Press Project

Des cas similaires ne sont pas rares ces derniers temps en Grèce. Environ 300 immigrants clandestins sont actuellement en détention depuis 18 mois voire plus.

Depuis février 2014 les autorités grecques suivent une nouvelle stratégie pour gérer la présence, dont l'importance est désormais admise, d'immigrants irréguliers dans le pays; ceux-ci sont placés en détention pour une durée indéterminée jusqu'à ce qu'ils consentent à être renvoyés dans leur pays d'origine. L'objectif est assez clair: privés de leur liberté et de tout espoir de libération proche, les immigrants choisiront normalement de retourner chez eux. Une fois rentrés au pays ils décourageront les candidats potentiels à l'émigration de choisir la Grèce.

Deux avantages: le taux de retour devrait augmenter et le nombre d'arrivées illégales devrait progressivement baisser.

Le problème cependant est que la politique grecque est à la fois illégale et financièrement intenable.

Selon la loi grecque, et conformément aux règles de l'UE, la mise en détention d'un immigrant irrégulier est une mesure de dernier ressort, qui ne peut être décidée qu'exceptionnellement. En aucun cas la détention ne peut excéder 18 mois. Sans surprise, la pratique récemment mise en place de systématiser la mise en détention au delà de la durée légale n'a pas le soutien des juges. Dans au moins 150 cas de détention d'immigrants clandestins au delà de 18 mois, les tribunaux grecs ont ordonné la remise en liberté immédiate pour non conformité à la loi.

La détention prolongée n'est pas non plus recommandée sur un plan économique car ses coûts dépassent de loin ses avantages. Une étude menée dans le cadre du MIDAS Project pour connaître le coût de la politique de lutte contre l'immigration illégale entre 2008 et 2013 a estimé que le coût moyen d'une journée de détention d'un immigrant est de 16 €. Les autorités entendent disposer de 10.000 places en détention pour fin 2014, ce qui se traduit par un coût annuel de 57,6 millions d'euros. Cette politique n'est donc financièrement pas tenable car elle dépasse de loin le budget disponible. D'ailleurs la Grèce demande régulièrement un soutien financier supplémentaire à l'UE. Chaque détenu qui ne retourne finalement pas dans son pays crée donc un coût supplémentaire qui se chiffre en millions. La libération après 18 mois de détention de 150 immigrants représente par exemple une "perte" d'1,3 million sur un an et demi.

Il ne fait pas de doute que la Grèce a un budget très serré pour la gestion de sa population d'immigrés clandestins. Eviter le gâchis et affecter efficacement les ressources disponibles est donc de la première importance. Plutôt que la détention, il existe des alternatives viables moins contestables juridiquement et plus avantageuses économiquement. Conseils juridiques proposés dès le départ pour dissiper les faux espoirs, gestion par une assistance sociale et investissement dans des programmes de réinsertion sont des outils susceptibles de réduire la population d'immigrés clandestins et à coût moindre. Ce sont là quelques unes des recommandations établies par le rapport final du projet MIDAS dans son effort d'aider la Grèce à développer une politique d'immigration plus efficace économiquement.

Traduction : Nihil pour Okeanews