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Les mines d’or de Skouries et la mort “dorée”

7 octobre 2014

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Okeanos

Un crime se déroule sous nos yeux. Sous prétexte de crise financière, l’environnement et la dignité humaine sont sacrifiés sur l’autel des intérêts d’entreprises, des ambitions politiques et du capitalisme néolibéral qui montre son visage le plus inhumain en Grèce.


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Par chii rotto.

SaveSkouries

Depuis bien longtemps, les habitants de Chalcidique connaissent les conséquences des politiques visant à “sauver le pays à tout prix”, aux dépens des vies humaines et de l’environnement.

L’Etat présente les mines d’or, l’un des “crimes du développement” les plus extrêmes, comme un antidote à une crise née du développement lui-même. Cela crée un cercle vicieux qui, à chaque répétition, entraîne une exploitation de plus en plus atroce. La manipulation de la vie elle-même par une mafia financière mondiale engendre une mort dorée, pourrait-on dire, une mort pavée d’or.

Ce n’est pas un hasard que le scandaleux rachat des mines d’or de Chalcidique ait eu lieu dans une période de prospérité économique, dans l’indifférence générale, tandis que la construction des mines débute maintenant, avec la crise. Le chantage est transparent : soit nous acceptons des décisions ouvertement destructrices, soit nous n’arriverons pas à survivre. La “doctrine du développement” (qui implique d’une part une identification astucieuse entre les intérêts de chacun et ceux des multinationales, et d’autre part la croyance que les mines créeront de l’emploi) oblige à céder à ce chantage et à hypothéquer les biens communs comme l’environnement.

Après l’extraction de l’or et une période de dix ans maximum, les entreprises s’en iront en laissant derrière elles un désastre écologique et un taux de chômage incommensurables. Aujourd’hui, plus que jamais, sous prétexte de la crise, ils sacrifient l’environnement et l’avenir au nom d’un développement illusoire. Ceci a été rendu possible par un cadre légal sur mesure, écartant tout garde-fou qui pourrait les entraver.

C’est vrai que les pauvres sont bon marché. Et les pays endettés sont prêts à vendre leurs droits aux investisseurs. Alors ils acceptent de sous-estimer les risques et les coûts cachés disparaissent de l’équation. Personne ne se soucie des clauses qui permettraient de protéger l’environnement. Quand la vie humaine est dévaluée, l’investissement devient rentable.

La Grèce n’offre pas des ressources, mais du travail à bas coût, des corps et des forêts à contaminer. Manifestement, l’Etat grec est prêt à risquer le tout pour le tout pour sauver ce qui reste de son apparence démocratique. Pour criminaliser la lutte populaire, l’Etat prétend être pris à la gorge, oubliant la violence d’Etat exercée par ses forces de répression et par toute une industrie qui accuse et stigmatise ceux qui luttent en les traitant d’“organisation criminelle”.

Pourtant, si l’on examine de près les événements de Skouries, on s’aperçoit que c’est bien la compagnie minière Hellas Gold, et la police qui la protège, qui se comportent comme une organisation criminelle : des cohortes de travailleurs désespérés dressés par l’entreprise à attaquer d’autres habitants, des clôtures autour de la montagne, des forces de sécurité qui en interdisent l’accès, des caméras de surveillance et des alarmes pour protéger “la propriété” de l’entreprise, une présence policière lourde et permanente installent un climat de terrorisme et d’oppression continue. Il faut encore y ajouter l’invasion des villages en résistance, la collecte illégale d’ADN et la détention préventive d’habitants en vertu d’accusations infondées. Toute une population subit la criminalisation. La liste des accusés et des accusations croît comme le fichage génétique et les listes de “criminels potentiels”, concrétisant une forme de contrôle grave et profonde.

Malgré tout, le mouvement continue et continuera encore à protester contre l’extraction qui va ruiner des vies et entraîner des dégâts écologiques irréversibles. Les actes criminels sont commis par les autorités, pas par la société qui résiste.

Nous n’admettrons pas que cette politique de terreur affecte la dynamique des mouvements. Ce combat n’a de sens que s’il progresse, s’il se montre solidaire et s’il refuse de céder au chantage, au terrorisme et au climat de “prise d’otage” qu’ils essaient de mettre en place et de renforcer. Il n’aura de sens qu’en chassant l’entreprise et en faisant annuler toutes les poursuites. Et pour aller plus loin, il n’aura de sens qu’en déconstruisant l’idée même de développement.

Que restera-t-il, après le départ de la compagnie, quand l’exploitation et ce “développement” seront terminés ? Comment évaluer la valeur de l’eau dans cette région ? Comment évaluer la vie elle-même, lui donner un prix ? Le développement ne peut pas offrir de solutions à une société pleine de ressources et aux problèmes environnementaux, aggravés par la recherche effrénée du profit. Nous n’avons besoin ni des multinationales ni de ce “développement” d’un marché sans entraves, mais d’une économie solidaire qui respecte les êtres humains et leur environnement.

La nature peut être source d’enrichissement. Toutefois, elle est essentiellement source de vie et la vie n’est pas éternelle. Sa protection est prioritaire. Si nous poursuivons dans la voie de l’exploitation, nous nous retrouverons dans une crise sans issue, qui aura définitivement détruit tous les moyens de production et de subsistance. Cette priorité nous aidera à sortir de toutes sortes de crises. Nous devons vaincre l’idée de développement économique. Vaincre, aussi, le développement alternatif et tendre vers une société écologiquement viable et socialement juste, fondée sur des valeurs différentes.

Notre terre et notre vie entre nos mains.

En revendiquant et en nous réappropriant notre espace, en diffusant nos idées, nous pouvons les faire essaimer dans le champ social, pour faire entrevoir un horizon d’égalité, de liberté et d’autonomie.

Non au pillage de la nature. Luttons pour la terre et la liberté.

Et comme aurait dit Orwell : “Si votre objectif n’est pas de rester en vie mais de rester humain, quelle est l’importance de tout cela ?

Source : X-pressed

Traduction : Camille pour Okeanews