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Grèce : bétonnage et privatisation pour le sable des îles

25 juillet 2014

Environnement Charlie Hebdo Grèce îles littoral plages privatisation TAIPED

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Article publié dans le Charlie Hebdo N°1153 du 23 juillet 2014.

Avant, le slogan du ministère du tourisme était « Grèce, Vivez votre mythe ». Aujourd’hui après la mise en vente des 110 plus belles plages du pays et le feu vert pour le bétonnage du littoral, il pourrait devenir «Grèce vivez votre mythe avant que nous le détruisions ».

Fini les figues offertes sur les ports aux jeunes touristes fauchés en tongues et sac à dos. Bonjour les Spa de luxe, les sushis sur les terrasses privées si prisées par les inconditionnels du Vuitton en tout genre.

Déjà dans l’indifférence générale, le camping sauvage a été interdit l’année dernière, amende de 150 euros à la clé. La police à même opéré des descentes à la plage de Botsalakia sur la petite l’ile d’Agistri à moins de deux heures du Pirée très prisée par tous les fauchés de la capitale, le billet de bateau ne coûtant que quelques euros.

Mais aujourd’hui c’est tout le littoral du pays qui est offerts aux investisseurs pour y construire des complexes supers luxueux avec piscines privées, terrains de golf, et villas louées avec valet. Le tout encensé par l’écrasante majorité de la presse nationale qui voit là pour le populaire Ethnos « le point de départ d’un investissement de 5 milliards » , « l’occasion de dé-soviétiser l’économie grecque » pour le très libéral Kathimerini, qui admire « les touristes arabes, russes et américains qui dépensent 30.000 euros pour une nuit ».

CQFD : il faut construire encore plus de complexes hôteliers de luxe.

Pourtant le pays compte déjà 351 unités 5 étoiles. Qu’à cela ne tienne, 12 grands complexes sont prévus jusqu’en 2016 dont plusieurs en plein dans des régions Natura 2000, c’est à dire des biotopes uniques protégés par la loi européenne qui y interdit toute construction.

Pas de problème, le Taiped, l’Agence chargée des privatisations qui a mis en vente sur son site ces plages et ces régions, précise certes « qu’il y a des limitations environnementales » pour leur « mise en valeur » mais a lancé des procédures judiciaires pour la déclassification de ces zones hautement protégées. A noter que le Taiped qui n’est contrôlé par aucune instance et qui agit en toute opacité, a refusé de donner le moindre renseignement en vu d’un rachat par un collectif de citoyens de l’unique plage d’Heraklia mise en vente dans les petites Cyclades.

« A chaque fois c’est la même chose » explique Marie Karamanov, Présidente de la Chambre l’environnement « On nous dit que les caisses sont vides, qu’on a pas le choix ; On transfère au Taiped tous les biens publics sans procédure de vérification et après on change toutes les lois existantes pour satisfaire les acheteurs. »

Le gouvernement grec va même plus loin. Il promulgue de nouvelles lois comme celle dites « du réaménagement du littoral grec ». « Non seulement cette loi ne prévoit plus un accès libre aux plages comme s’était le cas auparavant » souligne Becky Bloonn à l’origine du mouvement SaveTheGreekSeashore « mais en plus elle donne le droit aux hôteliers de bâtir sur la plage !»

Pour WWF Grèce, cette loi est une catastrophe, « La France impose une distance de 100 mètres du littoral pour construire, pourquoi nous en Grèce au nom de la crise on devrait passer des 50 mètres actuels à 10 mètres ? On nous répond que les nouveaux touristes, veulent des hôtels sur l’eau ou sur la plage et non à coté de l’eau et alors, si au Brésil les touristes demandent de la pornographie infantile on va la leur donner juste parce qu’ils la demandent ? Non bien sur ! Idem pour la Grèce. »

Pour l’instant le tollé soulevé et les quelques 200.000 signatures recueillies par les pétitions qui circulent on gelé cette loi. Mais le gouvernement est déterminé à la faire passer.

Le plus drôle c’est que le ministère du Tourisme qui organise ce saccage et qui a la main haute sur tous les autres ministères pour faire avancer le dossier du tourisme de luxe, met sur son site et sur ses dépliants, des photos de plages désertes, des bouts de paradis en Mer Egée. Ceux là même qu’il condamne à mort !

Mais on le comprend, le béton ce n’est pas très bandant.


Merci à Charlie Hebdo de nous avoir autorisé à publier cet article d'Angélique Kourounis sur Okeanews.