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Grèce : la (vraie) raison de la fermeture de l'ERT (un an après)

11 juin 2014

Médias Politique digea ERT Grèce NERIT scandale service public

La fermeture de la TV publique grecque : un transfert des fonds publics vers les grandes fortunes grecques


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Il y a un an jour pour jour, le 11 juin 2013, le gouvernement de Samaras, à la surprise générale, fermait l'ERT, le radiodiffuseur public grec, pour moderniser "le service public le plus corrompu".

Un an après, le constat est sans appel : la fermeture de l'ERT va permettre aux grandes fortunes grecques de rafler la mise aux frais du contribuable. Explications.

La vraie raison de la fermeture de l'ERT (par Jodi Graphics et Okeanews))

La vraie raison de la fermeture de l'ERT (par Jodi Graphics et Okeanews))

Un cadeau pour les grandes fortunes grecques

Une des raisons de la fermeture de l’ERT était de permettre à Digea, le consortium formé par la majorité des TV privées grecques (elles mêmes détenues par les grandes fortunes grecques), d’obtenir sans concurrent (par le biais d’un marché taillé sur mesure) et contre un prix ridiculement bas (18 millions d’euros au lieu des 715 millions qu’avait proposé la société à laquelle le ministère compétent s’était adressé) l’exploitation de l’ensemble des fréquences d’émission de la tv numérique des chaînes privées. Pour une durée de 15 ans.

Il restait deux fréquences qui, selon la loi, demeuraient publiques et avaient été attribuées à NERIT, la remplaçante de l'ERT qui fonctionne depuis quelques semaines. Sous divers prétextes, la dernière administration de l’ERT (Gikas Manalis) et les administrations de DT (à nouveau Gikas Manalis et Afroditi Gouga) et de NERIT (Prokopakis et, récemment, Makrydimitris) n’ont pas lancé les appels d’offres nécessaires en vue de la fourniture de l’équipement et des services requis (émetteurs numériques, transmission par satellite vers les centres d’émission etc), alors que le cahier des charges était prêt depuis le début 2013.

Ce retard pris sciemment fut également le prétexte pour attribuer directement (sans appel d’offres) le marché de diffusion numérique des émissions de NERIT à Digea et, ce, bien entendu, contre un prix « bien salé » pour le contribuable grec.

Le début de cette excellente affaire pour Digea aura lieu à l’occasion du passage au numérique du Péloponnèse, le 27 juin prochain. Et les autres régions suivront, bien entendu.

Plus de 16 millions de bénéfices pour Digea, juste pour le Péloponnèse et la Grèce Occidentale

Nous avons estimé le coût que représente pour NERIT (c'est-à-dire, pour les citoyens Grecs), sur un an, le passage du Péloponnèse au numérique.

Selon les données du ministère et de l’EETT, Digea exige que lui soit versée pour la zone régionale du Péloponnèse (et de la Grèce occidentale) la somme de 55.164€ par 2 Mbps. Les deux bouquets de NERIT présentent une capacité de 40 Mbps au total. Par conséquent, si elle transmet les deux, comme elle est tenue de le faire, NERIT devra payer 1.103.280€ par an rien que pour la couverture du Péloponnèse et de la Grèce occidentale.

Digea, de son côté, a acquis l’exploitation des deux fréquences régionales (Péloponnèse et Grèce occidentale) moyennant 214.000€ pour les 15 ans à venir, soit 14.267€ par an.

Sur 15 ans, NERIT devra donc payer 16.549.200€ à Digea, juste pour la région du Péloponnèse et la Grèce Occidentale.

Digea, fera donc un bénéfice de 16.335.200€ sur 15 ans et pourra remercier chaleureusement les contribuables grecs (et le gouvernement) qui payent leur redevance obligatoire via leur facture d'électricité.

Un nouvel exemple de transfert des fonds publics vers les grandes fortunes grecques.