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En Grèce, le fascisme est bon pour la santé

10 juin 2014

Billet d'Humeur Fascisme Politique Antonis Samaras EPEN LAOS Makis Voridis Nouvelle Démocratie

Le ministère de la santé passe d'Adonis Georgiadis, vendeur de livres antisémites, à Makis Voridis, un "ancien" fasciste


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Adonis Georgiadis n'est plus ministre de la santé. On devrait être rassuré de voir que l'ancien vendeur de bouquins antisémites issu de l'extrême droite du LAOS n'a plus de ministère.

Mais son successeur est Makis - "La hache" - Voridis, également ancien du LAOS. Et dans sa jeunesse, Voridis était le président de l'aile jeune de l'EPEN (Union Politique National), un parti politique nationaliste fondé depuis sa prison par le dictateur Papadopoulos. Retour sur le passé fasciste du nouveau ministre grec de la santé.

Adonis Georgiades (ex LAOS) - Antonis Samaras - Makis "la hâche" Voridis (ex LAOS)

Antonis Samaras entre l'ancien ministre de la santé Adonis Georgiades (ex LAOS - à gauche) et le nouveau ( Makis "la hache" Voridis (ex LAOS - à droite))

Voridis "La hache"

Voridis la Hache quand il chasse les étudiants gauchistes du campus.

Voridis la Hache quand il chasse les étudiants gauchistes du campus.

En 1985, Une photo de Voridis le montre  en pleine chasse aux étudiants gauchistes à l’école de droit d'Athènes. Il porte une sorte de hache, ce qui lui vaudra le surnom de Makis La Hache. Voridis sera expulsé de l'école de droit cette année là et poursuivi en justice par l'Association Nationale des Etudiants de Grèce pour avoir participé à de violentes attaques contre des étudiants. 

Après l’obtention de son diplôme en droit - et en hache - et son expulsion de l'école, il commence à faire son chemin dans le monde des adultes de la politique fasciste Grecque, sa hache cachée quelque part sous son lit.

Le fascisme de L'EPEN et du Front Hellénique

George Papadopoulos,  à l'origine du coup d'État du 21 avril 1967

George Papadopoulos, à l'origine du coup d'État du 21 avril 1967

Voridis se lance en politique en 1985 en tant que chef des jeunes de l'Union Politique Nationale (l'EPEN en grec), un parti d'extrême droite pro-Junte fondé par le dictateur Papadopoulos (voir ci-contre) sous les verrous. Notons que son prédecesseur à ce poste n'était autre que Nikos Michaloliakos, l'actuel chef emprisonné du parti néo-nazi l'Aube Dorée.

Makis Voridis dira de l'EPEN : "L'EPEN était le principal vecteur pour le mouvement d'extrême droite nationaliste, populaire et social à avoir ses propres vues et à avoir élu des députés européens. En tant qu'activiste qui voulait devenir actif dans le nationalisme et les cercles patriotiques l'EPEN était le meilleur débouché".

En 1994, Voridis aidera à fonder un nouveau parti d'extrême droite, le Front Hellénique. Le slogan de l'époque du Front Hellénique était "Carton rouge aux immigrants illégaux". Une maxime qui a sans doute tapé dans l’œil du premier ministre Antonis Samaras : sa politique répressive a mis tous les voyants au rouge en ce qui concerne les droits de l'homme.

Pendant les élections de  2004 le "Front Hellénique" formera un bloc avec les néo-nazis du "Parti du Front" dirigé par le négationniste Grec le plus notoire, Konstantinos Plevris, un ancien fasciste dont le livre, "Les juifs : toute la vérité" fait l'éloge d'Hitler et appelle à l'extermination des juifs. Son fils, Thanos, étoile montante du LAOS, est aujourd'hui également membre du parti de la Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras.

Pour ce livre, Plevris avais été accusé et reconnu coupable "d'incitation à la haine raciale" en 2007, mais il sera acquitté le 27 mars 2009 - ce qui a causé des réactions internationales clairement non favorables envers le système judiciaire Grec, notant que la justice Grecque avait échoué dans le renforcement de la législation anti-racisme.

Et devinez qui vendait le livre "Les juifs : toute la vérité" sur les télé-achats grecs ? Le ministre de la santé Adonis Georgiadis fraîchement remplacé par Makis Voridis. La boucle est bouclée.

Les liens avec le Front National

A gauche : Makis Voridis en Compagnis de JM Le Pen A droite : Makis Voridis avec C. Lang

A gauche : Makis Voridis avec JM Le Pen - A droite : Makis Voridis avec C. Lang

Makis Voridis n’aurait pas hésité à déclarer que le président d’honneur du Front National est son mentor et ami.

Il aurait également participé, lorsqu’il était à la tête du Front Hellénique, à la structure pan-européenne lancée par Bruno Gollnisch au nom du Front National.

Après avoir rejoint le LAOS, Makis Voridis a aussi noué des liens avec un dissident du FN, Carl Lang.

Le nouveau ministre de la santé a également participé à une manifestation du Front National à Paris lorsqu'il était président du Front Hellénique :

Makis Voridis lors d'une manifestation du Front National à Paris

Makis Voridis (au centre) lors d'une manifestation du Front National à Paris

Makis la hache chez Antonis Samaras

En novembre 2011, alors membre du LAOS, il est promu Ministre des Infrastructures, des Transports et des Réseaux par le Premier Ministre technocrate non élu Lucas Papademos, lors du gouvernement "de salut national", une coalition temporaire PASOK / Nouvelle Démocratie / LAOS dont l'unique but est de faire accepter les mesures d'austérités qui seront votées le 12 février 2012 malgré des manifestations monstres fortement réprimées à Athènes (voir ce témoignage).

Voridis sera exclu du LAOS pour ne pas avoir suivi les consignes de vote de son chef Karatzaferis (il a voté pour les mesures d'austérité), mais Papademos lui demandera de rester ministre, et il adhère donc à la Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras.

Lors de la victoire de Samaras en juin 2012, Voridis devient le représentant au parlement du groupe parlementaire de la Nouvelle Démocratie. Un rôle qui va lui permettre d'asseoir son influence au sein du parti et d'avoir une omniprésence dans les médias grecs.

VoridisLe 21 octobre 2013, concernant la saisie de la maison d’un homme endetté à hauteur de 2600€ et ayant une famille nombreuse (4 enfants), il dit : " à votre avis, la dette ne doit pas être recouvrée ? ".

Et concernant les 505 hommes d’affaires multimillionnaires grecs qui devraient des milliards d’euros à l’État, il demande : "c’est avec ces 505 que nous sauverons le budget de l’État ? ".

Cela donne une certaine indication de l'orientation à venir du ministère de la santé, qui a régulièrement nié qu'un tiers de la population grecque n'avait plus accès aux soins de santé publics et gratuits (dont les 90% de chômeurs qui ne touchent pas d'allocations).

Le choix d'Antonis Samaras de nommer Makis Voridis au ministère de la santé, succédant à un ministre déjà sulfureux, pose une nouvelle fois la question de l'orientation extrême du premier ministre grec. Car bien que Samaras se défende en soutenant que ceux qui ont rejoint la Nouvelle Démocratie se sont engagés à respecter la politique du parti, qui condamne l'antisémitisme et le racisme, Makis - la hache - Voridis n'est pas le seul personnage de l'entourage de Samaras ayant un passé fasciste et/ou antisémite (voir les amis de la droite dure d'Antonis Samaras).


Pour conclure, une proposition de nouveau logo pour le ministère de la santé :

Ministère de la Santé