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Tsipras appelle à l'unité nationale pour en finir avec l'austérité en Grèce

23 mai 2014

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Le leader de Syriza conteste l'argument du gouvernement qui martèle que la victoire de l'opposition entraverait le progrès économique et la stabilité politique.


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Deux jours avant les élections cruciales du parlement européen, qui font office de référendum sur la politique du gouvernement, Alexis Tsipras tente de convaincre les électeurs qu'il est l'homme d'État qui peut unir les Grecs dans un effort viable de reconstruction nationale.

AlexisTsipras

Le principal dirigeant de l'opposition Syriza Alexis Tsipras a utilisé le plus grand meeting de campagne de son parti pour décrire Syriza comme le garant de l'unité nationale et lui-même comme l'homme d'État qui peut arracher la Grèce des griffes de ses créanciers et forger un plan de reconstruction nationale après l'annulation des mémorandums de sauvetage du pays.

Le leitmotiv d'unité nationale adressé sur la place Omonia jeudi, reflets des meetings électoraux à l'ancienne du Pasok et de la Nouvelle Démocratie au cours des dernières décennies (mais sans leur ampleur), avait pour but de contrer les efforts du premier ministre Antonis Samaras de dépeindre Syriza comme un parti populiste irresponsable qui va inverser les progrès économiques réalisés au cours des quatre années du programme de sauvetage de la Grèce.

"Notre but est d'unir les Grecs, afin de mettre un terme à la stabilité de l'austérité, au chômage, à la pauvreté et au désespoir social" a déclaré le leader de Syriza.

Tsipras a présenté une liste de mesures susceptibles d'inverser les politiques d'austérité qui ont décimé l'emploi en Grèce, mais sans offrir une indication sur la manière de financer ces engagements.

Promesses de campagne

Les promesses incluent le rétablissement du salaire minimum au niveau de l'avant mémorandums (751€), la fin des réductions des salaire et des retraites, la restauration des conventions collectives, la fin des licenciements et des mises en disponibilité dans le secteur public, la baisse du prix des médicaments sous ordonnance, et la remise à niveau de la santé publique et de l'éducation.

Tsipras a décrit la coalition Samaras-Venizelos comme une expression de "l'état de chantage", un "rouleau compresseur" qui a ruiné la classe moyenne et totalement déréglementé le marché du travail, éliminant ainsi les droits du travail obtenus pendant de nombreuses décennies.

En effet, la Nouvelle Démocratie, dans sa plus négative - et douteuse - annonce de campagne, affirme que la victoire de Syriza fera partir les 20 millions de touristes étrangers attendus pour visiter le pays cette année.

"Ils essayent d'effrayer les électeurs, même avec les touristes, mais la peur est une chose du passé", a répondu Tsipras. "Les touristes ne viennent pas pour voir M. Samaras, de sorte que s'il devait s'en aller, ils seraient déçus et annuleraient leurs réservations" a-t-il plaisanté ironiquement.

"En vérité, qui est le populiste?" a questionné Tsipras, en réponse aux accusations du gouvernement que Syriza promet tout à tout le monde, sans offrir un plan de développement économique spécifique.

"Sommes-nous les populistes parce que nous exigeons une politique sociale qui profite aux catégories les plus faibles, ou est-ce M. Samaras, qui, après avoir pillé la population active de la Grèce promet maintenant des centaines de milliers d'emplois seulement deux jours avant les élections?" a demandé Tsipras.

Le leader de l'opposition a lancé des accusations mentionnant que tous ses interlocuteurs européens sont étonnés que les gouvernements grecs n'aient jamais vraiment négocié avec les créanciers du pays, et que s'ils ont gardé la Grèce dans l'Union Européenne, ce n'est que de nom, puisque les conditions socio-économiques lamentables en Grèce ne sont comparables avec aucun autre Etat membre de l'UE.

"Dans aucun autre pays européen le chômage des jeunes n'est à 60%. Dans aucun pays européen les salaires ne sont si bas. Aucun autre État membre n'a connu le goût de la crise humanitaire de la Grèce" a-t-il noté.

Élections : un référendum sur l'austérité

Une fois de plus, il a dépeint les élections au Parlement Européen de dimanche comme un référendum sur le plan de sauvetage, affirmant qu'une victoire de Syriza enverra un message clair que l'Union Européenne ne peut survivre que dans la transparence démocratique et la parité entre les Etats membres.

En tant que candidat à la présidence de la Commission Européenne, Tsipras a vanté l'idée que la victoire de la gauche en Grèce pourrait être l'étincelle qui allume un feu de forêt anti-austérité qui pourrait renverser l'hégémonie néo-libérale de Berlin sur le continent.

"Notre mission est de remettre la Grèce dans l'Union européenne, pour en faire un pays européen égal - avec une stature, une dignité, et un poids particulier" a déclaré Tsipras contrant le principal argument du gouvernement de coalition que dit être le seul garant d'un parcours européen pour la Grèce.

Les réformes et la corruption

Tsipras a également rejeté les allégations du gouvernement Samaras-Venizelos, arguant qu'il peut assurer les réformes et la transparence qui peuvent remettre la Grèce sur les rails.

À cet égard, il a souligné que le gouvernement n'a rien fait pour lutter contre l'évasion fiscale et la corruption, citant que la liste Lagarde des Grecs ayant des comptes bancaires suisses n'a jamais été analysée pour découvrir les éventuelles évasions fiscales, et que les grands scandales comme l'achat de sous-marins allemands défectueux n'ont fait l'objet d'aucune poursuite.

Tsipras a également présenté le vote de dimanche comme un référendum historique qui doit renverser l'establishment politique corrompu qui a régné pendant 40 ans, depuis la fin de la dictature, à l'instar du référendum de 1974 qui a mis fin à la monarchie grecque.

"Maintenant, nous allons renverser le palais de la corruption, de l'établissement politico-économique, qui a conduit notre pays et les gens à la catastrophe de ces mémorandums," a-t-il déclaré.

Beaucoup de critiques pensent que, en soulevant les enjeux des élections de dimanche, Syriza pourrait bien mettre en place sa propre défaite, car même une avance mince de l'opposition sur le gouvernement minerait complètement la possibilité d'élections générales dans un avenir prévisible.

Au lieu de cela, cela pourrait bien servir à établir une légitimité populaire au gouvernement dans la mise en œuvre des politiques comme la seule voie par laquelle le pays pourrait sortir de la pire crise économique depuis la guerre civile.