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Le plan Z : l'étude du "Grexit" qui a contribué à maintenir la Grèce dans la zone euro

15 mai 2014

Economie Politique Angela Merkel Antonis Samaras Grèce Grexit Jose Manuel Barroso Z zone euro

Les dernières révélations du Financial Times sur la manière dont l'UE s'est préparée en 2012 au pire scénario.


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Un plan secret de sortie de la Grèce de la zone l'euro, le plan "Z", a contribué à maintenir le pays dans la zone euro en mettant en évidence ses risques potentiels pour les dirigeants européens.

Le Premier ministre Antonis Samaras et la chancelière allemande Angela Merkel assistent à une cérémonie de bienvenue avant les pourparlers de Berlin, le 24 Août 2012 (Photo: Reuters)

Le Premier ministre Antonis Samaras et la chancelière allemande Angela Merkel assistent à une cérémonie de bienvenue avant les pourparlers de Berlin, le 24 Août 2012 (Photo: Reuters)

Un jury de conseillers économiques du camp d'Angela Merkel a joué un rôle décisif en 2012 pour convaincre la chancelière allemande que la Grèce devait rester dans la zone euro. Même constat pour les fonctionnaires de la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le FMI qui préparaient en secret une stratégie d'urgence pour une sortie organisée de la Grèce de la zone euro (Grexit).

Cette stratégie, appelée plan Z, est détaillée dans la deuxième partie d'une enquête exhaustive sur la crise de la zone euro de Peter Spiegel du Financial Times.

Le rapport, publié quelques jours avant les élections du Parlement Européen pour lesquelles beaucoup craignent une recrudescence de l'euroscepticisme, indique que dans la perspective des élections nationales doubles de la Grèce en 2012, les dirigeants européens craignaient qu'une victoire de Syriza permette d'accélérer un Grexit, rendant l'éventualité d'une planification encore plus urgente.

Le battage sur le plan a commencé avec le chef de la direction économique de la Commission Européenne Marco Buti qui a collecté des données pour convaincre les dirigeants de l'énorme coût et des dangers pour l'UE d'un Grexit.

A partir de Janvier 2012, une équipe des quatre meilleurs technocrates a commencé à travailler à part entière sur ce plan : Jorg Asmussen, officiel de la banque centrale, Thomas Wieser, responsable du groupe de travail sur l'euro, Poul Thomsen, responsable du FMI en Grèce, et Buti lui-même.

Le rapport du Financial Times indique que le plan a été tenue secret, même dans les bureaux respectifs des technocrates, pour éviter une panique sur les marchés et une panique bancaire qui aurait pu avoir des effets tout aussi désastreux.

La crainte d'une fuite aurait été la raison pour la laquelle les responsables grecs ont été entièrement exclus de la planification d'urgence sur le sort économique de leur propre pays.

Les retombées potentielles d'un tel plan étaient si grandes que Merkel a décidé de le garder complètement secret de son propre parlement. Deux semaines avant les élections du mois de mai 2012, Mme Merkel a demandé et reçu l'assurance du président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, que le plan du Grexit était prêt, mais elle n'a pas demandé à voir les documents pertinents pour éviter d'être invitée à le soumettre au Bundestag.

Selon FT, le plan Z n'a jamais été compilé dans un rapport unique et complet, mais était composé d'une série de documents interconnectés qui indiquaient en détail la manière de reconstruire le système financier grec à partir de zéro.

Selon les responsables interrogés, l'intention des plans des auteurs était aussi de mettre en garde les dirigeants des grandes difficultés pour l'UE de la gestion d'un Grexit - "quelque chose qu'ils ne pouvaient pas imaginer accepter après avoir réalisé combien cela serait difficile".

Un potentiel bank run désastreux

Après le premier tour des élections grecques en mai 2012, alors qu'il n'était pas clair si un gouvernement pourrait être formé, les craintes d'un Grexit se sont exacerbées .

Les craintes ont été couplées par la perspective du non-paiement d'une obligation grecque de 3 milliards de dollars qui devait être remboursée en août 2012, ce qui aurait pu à elle seule déclencheur un défaut et un Grexit.

Mais la crainte d'une panique bancaire était une perspective tout aussi terrifiante pour les dirigeants grecs et européens, car cela pouvait déclencher un effondrement du système bancaire grec et un Grexit «accidentel».

Dans ce scénario, les banques grecques seraient à court de liquidités, la BCE ne serait pas en mesure de les rembourser parce qu'elles n'avaient pas la garantie obligatoire, et le pays seraient tué "en quelques heures".

Cela aurait exigé la création d'une banque centrale grecque véritablement indépendante et l'impression immédiate d'une monnaie nationale.

Sur ce terrain complexe, Merkel recevait des conseils contradictoires de ses principaux conseillers, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble aurait été un ardent défenseur d'un Grexit dans le cas où la Grèce eu été incapable de suivre la ligne.

Le camp de Schäuble a estimé que la Grèce pourrait être coupée comme une jambe gangrenée, si nécessaire, de manière à sauver le patient malade, qui n'était autre que la zone euro elle-même et le processus d'unification européenne.

En outre, les responsables du ministère des affaires étrangères allemand croyaient que si une punition exemplaire était infligée à la Grèce, elle serait en mesure d'effrayer suffisamment les autres membres rebelles de la zone euro pour qu'ils suivent les politiques d'austérité de Berlin.

Le camp adverse - qui l'a finalement emporté - a fait valoir qu'un Grexit produirait un effet domino. Il y aurait une panique issue de la vente des obligations des membres du sud de la zone euro en difficulté, avec des paniques bancaires massives au Portugal, en Italie et en Espagne.

Compte tenu de l'impact et des répercussions incertains d'un Grexit sur la cohésion de la zone euro et sur l'UE elle-même, Mme Merkel a tenu compte des avertissements du camp domino. Elle était, selon le rapport, déterminé à ne pas être le chef de file responsable de l'effondrement du projet européen.

Sa décision a été facilitée par le volte-face d'Antonis Samaras, devenu premier ministre en Juin 2012.

Pendant deux ans, il fut de tous les dynamitages des projets de sauvetage comme "une prescription erronée" et avait promis de faire pression sur Berlin.

Dans une autre révélation, Peter Spiegel rapporte que c'était Barroso qui a fait pression et a persuadé Samaras de ne pas mettre en oeuvre sa principale promesse de campagne - renégocier l'accord de sauvetage avec les créanciers de la Grèce - du moins pas immédiatement.

"Ne commencez pas à poser de nouvelles conditions, il n'y a aucune possibilité" aurait dit Barroso, selon Peter Spiegel.

"Le premier message que vous avez à donner à l'Allemagne ... vous devez dire que vous allez répondre à vis engagements."