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Grèce : l'ultra-droite 'influente' dans l'Etat grec, selon une étude

10 avril 2014

Politique armée Eglise extrême droite Grèce justice police

L'étude montre une pénétration profonde et systématique des institutions étatiques par l'ultra droite


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Panayiotis Baltakos. Photo: EPA / Simela Pantzartzi

Panayiotis Baltakos. Photo: EPA / Simela Pantzartzi

C'était aussi choquant en termes de contenu qu'accablant politiquement. Les séquences vidéo secrètement enregistrées et publiées la semaine dernière ont montré le plus haut fonctionnaire du Premier ministre grec Antonis Samaras, le secrétaire du cabinet Panayiotis Baltakos, bavarder tranquillement avec un député de l'Aube Dorée, Ilias Kasidiaris, qui fait face à des accusations criminelles liées à ses activités dans le parti néo-nazi, et lui dire que la répression judiciaire en cours contre son parti ne reposait sur ​​aucune preuve et n'était qu'un plan orchestré politiquement pour reconquérir les votes que la Nouvelle Démocratie de M. Samaras avait perdu au profit de l'Aube Dorée.

M. Baltakos, qui a été forcé de démissionner, à ensuite affirmé qu'il disait à M. Kasidiaris ce qu'il voulait entendre afin de gagner sa confiance.

Mais Dimitris Christopoulos, politologue à l'Université Panteion d'Athènes, n'a pas exprimé une grande surprise concernant le dernier scandale en Grèce. Il revenait de Bruxelles le jour précédent la sortie de la vidéo, où il a présenté les résultats d'une étude de deux ans sur l'intrusion de l'extrême-droite dans l'appareil de l'Etat grec.

M. Christopoulos a déclaré que le cas Baltakos "vérifie ce que nous disons. . . Et ce n'est pas simplement limitée à des cas isolés. Il y a quelque chose de plus dense, de plus systématique et de plus profond  que l'intrusion par des structures informelles para-étatiques d'extrême droite dans l'Etat grec, cela va au point où ils tentent d'influencer certains éléments et les domaines clés de l'Etat".

Il explique que le rapport a tenté d'évaluer la pénétration de l'extrémisme de droite dans l'église orthodoxe, la police, l'appareil judiciaire et l'armée.

«Une situation très dangereuse»

La situation dans les "quatre institutions est très dangereuse", dit M. Christopoulos, qui est vice-président de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme.

"Dans l'église, vous avez des prêtres qui disent des choses incroyables et qui serait pénalisés même si nous avions une législation douce dans ce pays contre les discours haineux", dit-il, avant de souligner que l'église, étant décentralisée, permet à chaque "fleur" d'exister.

"Donc, vous avez toute la gamme : les bons, qui font un travail de charité de confiance avec les victimes de violence racistes et les migrants, et les mauvaises graines, qui contaminent la société avec leur discours extrêmes" dit-il.

Pour l'armée, il note que, si elle a été "responsable des plus grands péchés de l'histoire politique de la Grèce - le 20ème siècle grec étant une histoire de coups d'Etat et de dictatures - depuis 1974, elle est restée extrêmement prudente pour ne pas être tenue pour responsable de tout ce qui pourrait violer l'idée de sa loyauté institutionnelle et envers l'Etat. "

Quant à la police, l'étude, comme beaucoup d'autres, estime qu'elle est "l'institution la plus infectée et la plus longuement exposés à l'intrusion de l'extrême-droite". Mais si les signaux politiques appropriés étaient envoyés par le haut que le comportement raciste par des officiers était inacceptable, la réforme sur les «normes démocratiques-libérales» pourrait être atteinte, croit-il.

Justice

Le cas le plus problématique de tous, constate l'étude, est la magistrature grecque, une institution profondément conservatrice accusée dans le rapport "d'inaction inexplicable. . . depuis la sévère violence criminelle nazie jusqu'en septembre 2013", quand l'agression mortelle d'un artiste de hip-hop de premier plan et anti-fasciste par un partisan de l'Aube Dorée a incité le gouvernement à jurer de démonter le parti. Le chef du parti et cinq de ses députés ont ensuite été emprisonnés en détention provisoire et sont en attente de jugement.

En se référant à cette répression, le rapport demande pourquoi, en dépit des preuves que l'Aube Dorée a été engagée dans des activités criminelles pendant des années, la Cour Suprême a seulement commencé une enquête criminelle quand elle a reçu des instructions venant du ministère de l'ordre public, ce que l'Aube Dorée essaye d'utiliser aujourd'hui pour se présenter comme victime d'une chasse aux sorcières politique.

Article publié en anglais dans The Irish Times. Traduction : okeanews.