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Grèce : quand le gouvernement regarde les malades crever

27 mars 2014

Politique Santé Adonis Georgiadis austérité Grèce Médecins du Monde système de santé

L'écroulement total du système de santé en Grèce : quand le Sinistre Adonis Georgiadis regarde les malades crever.


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La situation médicale en Grèce est quasiment comparable à celle d'un pays en guerre. Ce sont des médecins allemands qui le disent. Moyennant quoi, le ministre de la Santé empêche les malades de se soigner.

"Les maladies comme le cancer ne sont urgentes qu'en phase avancée". Quant on a pour ministre de la santé un ex vendeur de livres on peut s’attendre à ce genre de perle. Quant ces bouquins sont en prime des bouquins antisémites et racistes qui vantent la supériorité de la civilisation grecque, on ne doit pas être étonné du mépris de ce ministre envers ses assurés. Mais Adonis Georgiadis qui vient de l’extrême droite n’est pas à sa première déclaration fracassante. Lorsque Médecins du Monde s’est inquiété auprès de lui du nombre croissant des enfants non vaccinés « il a tout simplement nié » souligne Liani Mailli, présidente de MDM-Grèce . Pourtant les chiffres sont là : Médecins du Monde a vacciné plus de 9000 enfants en 2013, enfants dont les parents n’étaient plus assurés ou ne pouvaient pas payer les vaccins.

Qu’à cela ne tienne, Adonis Georgiadis a procédé lundi dernier [article publié sur Charlie Hebdo N°1133 du 5 mars 2014] à la fermeture pure et simple de tous les centres de sécurité sociale, plongeant dans le désarrois tous les assurés sociaux et pas seulement. Du jour au lendemain, 5500 médecins on été mis en disponibilité. But de l’opération, « rationaliser » le système de santé EOPY « Le Réseau National de Santé du Pays » - qui était déjà le fruit d’une précédente « rationalisation » vieille de deux ans. En réaction, l’ensemble des médecins ont occupé toute la semaine plusieurs centres de santé. Pendant trois jours Georgos Georginis, orthopédiste, a soigné des dizaines de personnes à même le trottoir dans une infirmerie de fortune. Il est hors de lui, « S’ils voulaient juste reformer, ils n’avaient qu’à le faire en gardant les centres ouverts mais la philosophie est : on se fout de vous, de votre santé, c’est démerdez vous, nous on raisonne en chiffres ».

De fait Adonis Georgiadis applique à la santé la recette appliquée en juin dernier à la télévision nationale : on ferme et on réfléchit après.

25% DE LA POPULATION SANS COUVERTURE MÉDICALE

Mais c’est une chose de dire « tu ne vois plus de télé » et une autre de dire « tu ne te soigneras plus ». Adonis Georgiadis n’a rien prévu pour palier à ce vide de soin si ce n’est envoyer les malades vers les hôpitaux déjà surchargés, en manque d’effectifs et souvent en panne de matériel le plus basique. Georgos Georginis s’inquiète pour ses patients : « Le temps d’attente pour n’importe quelle consultation, est de 8 à 10 heures. Pour les personnes âgées, c’est impossible d’attendre aussi longtemps. Soient elles vont dans le privé et payent, soit elles ne se soignent pas. Dans le meilleur des cas, elles vont dans l’un des dispensaires de solidarité. Quelle régression ! ».

Une régression qui ne s’arrête pas là. Selon la dernière étude parue dans The Lancet, l’un des magazines médical les plus importants, depuis le début de la crise, la mortalité infantile a augmenté de 43%, le nombre d’enfants qui naissent avec un poids inférieur à la normale de 19%, le nombre d’enfants morts nés de 21%. D’autres études montrent que l’espérance de vie a baissé de trois ans, le taux de natalité a régressé au niveau des années 50, et les suicides ont augmenté de 45%. Quoi de plus normal, le budget de la santé a baissé de 25%, celui des investissements publics pour l’achat de médicaments de 50%. Mais Adonis Georgiadis, qui se vante d’être encore plus en faveur de l’austérité que la Troika elle même, ne veut rien savoir. « les réformes doivent continuer » martèle-t-il. Et il menace en direct à la télé les médecins grévistes avec la même fougue qu’il vend ses livres sur les plateaux de télévision.

Apres six années de récession le nombre des non-assurés en Grèce est estimé à plus d'un quart de la population. Un groupe de médecins allemands a récemment visité le pays. Dans son rapport il compare la situation des non assurés en Grèce à celle de patients dans les pays en reconstruction après une guerre, « on ampute des diabétiques faute de soins, on laisse des cancéreux mourir, les femmes enceintes ne font plus de contrôles prénatals. C ‘est juste inimaginable. »

Dans les prisons, les malades ne sont plus soignés. A la prison de Korydallos, 209 malades, dont 130 séropositifs, on tiré la sonnette d’alarme : l’État disent-il « nous condamne à mort ».

Pas grave, Adonis Georgiadis est certainement pour la peine de mort.

Angélique Kourounis

Publié avec l'accord de Charlie Hebdo.