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"les maladies comme le cancer ne sont urgentes qu'en phase avancée" déclare le ministre de la santé

27 février 2014

Santé Adonis Georgiadis cancer Grèce

Pendant ce temps, le système de santé est en passe d'être détruit.


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Le cynisme du ministre de la santé Adonis Georgiadis ne semple plus avoir de limites. Dans un entretien avec le Washington Post, il a déclaré que "les maladies comme le cancer ne sont pas urgentes, sauf en phase avancée". Pendant ce temps, le système de santé se meurt en Grèce.

Le ministre de la santé Adonis Georgiadis

Le ministre de la santé Adonis Georgiadis

Lors de sa nomination en juin 2013, Adonis Georgiadis avait déclaré "ceux qui ne s'adaptent pas meurent", ce qui pouvait déjà laisser un doute sur son rôle en tant que ministre de la santé.

Après avoir remis en service une loi stigmatisant les séropositifs dont on peut voir avec frayeur les résultats dans le documentaire Ruines, après avoir ré-écrit l'histoire en déclarant qu'"il n'y a jamais eu de morts à polytechnique" lors du soulèvement des étudiants, Adonis Georgiadis, passé de la vente de livres controversés, pour ne pas dire antisémites, et ancien député du parti d'extrême droite LAOS semble être passé expert médical.

Alors que l'article du Washington Post montre que les patients grecs atteints d'un cancer sont livrés à eux même et souvent contraints de payer leurs propres traitements suite à la perte de leur couverture de santé (28% de la population) et qu'un récent rapport du Lancet, une des principales revues médicale du monde, accuse le gouvernement grec et la troïka d'être dans le déni concernant la gravité de la situation pour la population grecque qui subit des coupes sans précédent dans le budget de la santé,  le ministre de la santé a donc expliqué comment le ministère gère avec la situation des patients non assurés :

Georgiadis a déclaré que les cas d'urgence sont encore traités dans les hôpitaux publics, indépendamment du statut de l'assurance. "Mais", dit-il, "les maladies comme le cancer ne sont pas considérées comme urgentes, sauf si vous êtes dans la phase avancée."

Ces propos ne sont bien sûr pas confirmés par les spécialistes du secteur :

Pour la Ligue contre le cancer, "Détecter tôt certains cancers permet de les traiter mieux, c'est-à-dire de proposer des traitements moins lourds, et avec plus de chance de guérison."

Même constat pour l'Organisation Mondiale de la Santé : "Une détection précoce du cancer augmente considérablement les chances de réussite du traitement. Elle repose sur deux éléments principaux : l’éducation en faveur du diagnostic précoce et le dépistage."

L'OMS ajoute :

Les programmes de traitement les plus efficaces et les plus efficients sont ceux qui:
- sont prodigués de manière durable et équitable;
- sont liés à une détection précoce;
- et respectent des normes de soins reposant sur des bases factuelles et adoptent une approche multidisciplinaire.

L'article du Wahington Post  cite le cas d'un patient non assuré atteint de cancer, Nikos Solomos, 60 ans, qui n'a pas d'argent pour payer l'opération et qui a été obligé de vendre du matériel et des biens agricoles pour couvrir les frais médicaux qui dépassent maintenant 50.000 €.

Solomos, qui a récemment appris que le cancer avait créé des métastases au foie, a maintenant besoin de 12 000€ pour l'opération.

"Nous ne les avons tout simplement pas" a-t-il dit au Washington Post.

Mais Georgiadis a affirmé que les cas d'urgence sont encore traités dans les hôpitaux publics, indépendamment du statut de l'assurance, après la création d'un fonds de 13 millions d'euros pour les cas les plus graves. Ce fond est issu de l'argent saisi dans la répression de la fraude fiscale.

Mardi, la Clinique communautaire métropolitaine , une initiative de santé bénévole basée à Athènes qui a fourni des soins gratuits à des milliers de personnes non assurées car exclues de la gratuité des soins de l'Etat, a déclaré que l'article du Washington Post et d'autres rapports ont  "bouleversé la tranquillité du gouvernement et des grands médias grecs, qui ont simplement «enterrés» la situation réelle du service public de santé".

En Juillet, le centre avait averti que les "politiques inhumaines" du ministère de la Santé laissent des "personnes non assurées mourir, impuissantes parce qu'elles n'ont pas l'argent pour payer le traitement ni / ou le coût de leurs médicaments".

En novembre dernier, 10 patients atteints de cancer étaient morts car ils ne pouvaient pas payer les traitements. En octobre dernier, le président de l'Union des médecins hospitaliers de Grèce avait qualifié de "bombe sani­taire" la situa­tion de pénu­rie de per­son­nel dans le Système National de Santé (ESY) et dans l’Organisation Nationale des Services de Santé (EOPYY). En septembre dernier, les médecins dénonçaient l'abolition des soins de santé en Grèce.

Cette semaine, un médecin placé en disponibilité disait : "ils ont fermé les centres de sécurité sociale comme ils ont fermé l'Ert, en une nuit".

Ce gouvernement se fout royalement des services publics de santé et est en passe de les détruire, ce qui ne manquera pas ne pas faire la une des médias, car alors que la troïka est en passe d'imposer de nouvelles mesures, la Grèce a un excédent budgétaire.

Au prix de tout le reste.


A lire également :

Grèce: "Une décomposition pure et simple du système de santé"

par Angélique Kourounis dans la libre belgique.

Extrait :

Selon le ministre de la Santé Adonis Georgiadis, les quelque cinq cents centres de soins du pays resteront fermés un mois, "le temps de réorganiser le réseau national de santé du pays".

Les médecins ont occupé toute la semaine plusieurs centres de santé, en signe de protestation. Celui d’Aghios Dimitrios est le dernier à résister. "Vous pouvez vous imaginer cela en Belgique ? Pas moins de 5500 médecins mis en disponibilité en une nuit et, du jour au lendemain, tous les centres de sécurité sociale fermés ? Cela serait possible chez vous ?", demande Georgos Georginis.

Andonis Georgiadis n’a rien prévu pour pallier ce vide de soins, si ce n’est en envoyant les malades vers les hôpitaux déjà surchargés, en manque d’effectifs et souvent en panne de matériel le plus basique. Georgos Georginis s’emporte : "S’ils voulaient juste réformer un système qui n’était pas rentable, pourquoi ne pas l’avoir fait en le maintenant ouvert ? Le procédé montre que la santé publique est le cadet de leurs soucis, ils s’en foutent ! Le temps d’attente pour n’importe quelle consultation, je ne parle pas des urgences, est de 8 à 10 heures", dit-il. "Pour les personnes âgées ou les salariés, il est impossible d’attendre aussi longtemps. Soit ils vont dans le privé et ils payent, soit ils ne se soignent pas ou demandent au pharmacien ce qui pourrait les soulager. Ou, dans le meilleur des cas, ils vont dans l’un des dispensaires de solidarité. Quelle régression !"

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