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Pavlos Fyssas : la police grecque a ordonné à ses agents de rester à distance au moment du meurtre

16 janvier 2014

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Des éléments troublants posent de nouvelles questions dans l'affaire du meurtre de l'artiste engagé dans la lutte antifasciste


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L’assassinat de Pavlos Fyssas à Keratsini, aurait-il pu être évité ? La réponse est très probablement affirmative, ainsi qu’il en ressort des dialogues entre les hommes de l’équipe DIAS qui se trouvaient sur place à ce moment-là et le centre d’ELAS (police grecque) qui leur a néanmoins donné l’ordre de « restez à distance ». Des dialogues enregistrés sont inclus dans le dossier de l'affaire. Mais certains fichiers cruciaux sont absents. De quoi poser beaucoup de nouvelles questions sur cette affaire.
Pavlos Fyssas

Dans les dialogues, qui sont inclus dans le dossier de l’affaire instruite par deux juges d’instruction de la Cour d’appel, les hommes de l’équipe DIAS informent que, cinq minute environ avant l’assassinat, vingt individus de l’Aube Dorée effectuent des manœuvres menaçantes contre des « individus du domaine connu » (sous-entendu : des anti-autorités) avec lesquels « ils ont un conflit ». En outre, ils disent clairement que "il y a des poings américains et des bâtons".

Une minute après, les agents demandent des renforts et obtiennent la réponse : «Restez à distance pour nous donner des renseignements sur la situation. D’autres équipes viendront».

Deux minutes plus tard, les agents de l’équipe DIAS font état d’ « engagement » et de vingt à vingt-cinq individus de l’Aube Dorée qui, à présent « ont cassé » (se sont séparés). La réponse du centre d’ELAS : « Les individus d’Aube Dorée et les étrangers se sont dispersés dans les ruelles ? Nous devons comprendre pour transmettre aux équipes qui arrivent».

Jusqu’au moment où, deux minutes plus tard, les agents DIAS rapportent : « Centre, un individu est….a…saigne, probablement à cause d’un couteau. Il nous indique un autre qui l'aurait agressé. Il y a également deux messieurs sur les lieux. Faites venir le SAMU et un poste».

Mais, il est déjà tard. L’ordre « restez à distance » donné par le centre d’ELAS s’est révélé fatal…

Néanmoins, on ne manque pas de s’étonner du fait qu’il « manque » du dossier certains dialogues qui ont eu lieu au moment de l’assassinat de Pavlos Fyssas. En effet, alors que la transcription des fichiers audio 456.wav et 457.wav, où les agents DIAS informent que les membres d’Aube Dorée se déplacent sur la rue Tsaldari, sont présentes, il manque les fichiers 458.wav et 459.wav, et l’on retrouve le fichier 460.wav, dans lequel les agents disent que « il y a un engagement".

Et, tandis que les fichiers 461.wav, 462.wav et 463.wav sont bien présents, et l’on y entend les agents DIAS rapporter que les individus d’Aube Dorée ont pris la fuite, il manque les fichiers cruciaux 464.wav et 465.wav, qui, de toute évidence, se réfèrent à l’assassinat puisque dans le fichier immédiatement suivant 466.wav, il est fait état d'un "individu qui est plein de sang".

Il s’agit d’omissions étranges, puisqu’elles concernent le moment le plus crucial de cette soirée-là, et leur absence du dossier est pour le moins surprenante.

Un autre élément frappant est le retard de l’ambulance que les agents avaient demandé dès le départ. Les dialogues montrent que, 25 minutes après l’incident, l’ambulance n’était toujours pas arrivée. Ainsi, les agents disent que la victime « sera emmenée par un taxi », avant que le centre informe, peu après que « elle (l'ambulance) sera là dans deux à trois minutes »...