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Grèce : le ministre de la santé protège les bénéfices des multinationales du médicament

9 décembre 2013

Hot Doc Santé Adonis Georgiadis EOPYY Grèce médicaments multinationales

Dès qu’il est arrivé au ministère, M. Adonis Georgiadis a, entre autres, augmenté le prix de 265 médicaments originaux. Un changement dont le coût est estimé entre 100 et 150 millions d’euros et qui augmenta la facture pour ... la sécu et les assurés.


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Se pourrait-il qu’un ministre de la santé défende les bénéfices des multinationales aux dépens de la santé publique et de l’industrie pharmaceutique de son propre pays ? On pourrait penser que non. Et pourtant, Adonis Georgiadis semble être devenu le meilleur dealer des intérêts des multinationales du médicament : dans un texte d’information diffusé par son ministère, il informe le lecteur que, si son amendement n’était pas voté au Parlement, les multinationales perdraient 2 milliards de dollars. Lu autrement, le texte nous apprend que le ministre les aide à préserver des bénéfices de l’ordre de 2 milliards de dollars.

La couverture du dernier magazine Hot Doc, sur les relations particulières du ministre de la santé avec les entreprises pharmaceutiques

La couverture du dernier magazine Hot Doc, sur les relations particulières du ministre de la santé avec les entreprises pharmaceutiques

Le magazine Hot Doc a révélé un document diffusé auprès des journalistes agréés par le ministère de la santé. Transmis par courriel venant de l’adresse e-mail du bureau de presse du ministère, le document est intitulé : «Dispositions du nouveau projet de loi relatif aux médicaments » et son existence a été révélé par M. Panagiotis Kourouplis, député et porte-parole de Syriza.

Le texte comporte 10 propositions et points concernant de nouvelles dispositions dans le domaine des médicaments. Et l’on y distingue clairement l’angoisse du ministre qui souhaite éviter que le Parlement n’adopte la proposition de Syriza dans le domaine.

En effet, le parti de l’opposition avait proposé que l’on procède à des réductions horizontales des prix des médicaments. Toutefois, selon le ministère de la santé, cela ne devrait se produire en aucun cas : il en résulterait des pertes de milliards d’euros pour les multinationales du médicament. En outre, le ministère prétend que la baisse des bénéfices des multinationales aurait automatiquement pour effet le manque de médicaments sur le marché grec : les sociétés retireraient les médicaments de Grèce pour protéger leurs ventes et les vendraient sur d’autres marchés, plus intéressants.

« La proposition de Syriza à propos d’une réduction du prix de tous les médicaments comporte un risque sérieux de voir des médicaments retirés du marché et, ce, pour deux raisons : les prix appliqués en Grèce servent de base pour fixer les prix dans 16 pays du monde. Chaque réduction de l’ordre de 10% en Grèce implique pour l’industrie pharmaceutique une perte de deux milliards de dollars. Pour protéger ses ventes, elle retirera les médicaments de Grèce. En outre, quand les médicaments deviennent trop bon marché, les grossistes les exportent vers d’autres pays, ce qui crée des manques en Grèce » explique le document venant du ministère.

Adonis Georgiadis en compagnie de Pfizer

Adonis Georgiadis en compagnie de Pfizer

Mais, le ministre fait plusieurs « cadeaux » aux multinationales. En effet, ainsi que M. Kourouplis avait révélé à koutipandoras.gr, « dès qu’il est arrivé au ministère, M. Adonis Georgiadis a augmenté le prix de 265 médicaments originaux, invoquant le droit. Il aurait toutefois pu soumettre une disposition maintenant le prix de ces médicaments à un niveau bas. Mais, ayant fait l’objet de pressions de la par des multinationales, il a procédé à ce changement. Un changement dont le coût est estimé à 100 - 150 millions d’euros. »

Comme si cela n’était pas suffisant, ce coût étant ajouté aux dépenses d’EOPYY (caisse de sécurité sociale et d’assurance santé), il a procédé à l’augmentation de la part payée par l’assuré. Ainsi, les multinationales ont vu leurs bénéfices augmenter -augmentation payée par les assurées- et, d’autre part, elles n’ont pas dû payer de « clawback », c'est-à-dire, el taux qu’elles sont tenues de verser concernant la consommation de médicaments.

Mais, d’autres « cadeaux » sont encore offerts : en ce moment, selon un rapport de l’OCDE, la Grèce compte 388 tomographes. Il s’agit du taux le plus élevé au monde. M. Georgiadis a aboli le critère lié à la population, qui restreignait le nombre de tomographes par nombre d’habitants. Ainsi, tout qui souhaite installer un tomographe (et cela concerne surtout les grands groupes actifs dans le domaine médical et paramédical) peut le faire, sans restrictions. En outre, le ministre a fixé le prix de 150 médicaments innovants qui n’ont pas fait l’objet de l’évaluation nécessaire. Selon M. Kourouplis, ceci favorise certains professeurs qui sont généreusement rémunérés pour évaluer certains de ces médicaments par le biais d’études cliniques.

En même temps, l’immunité dont jouissent les multinationales à cause de la part non imposable de leurs revenus soulève également de nombreuses questions. En effet, les multinationales du médicament bénéficient d’un taux non imposable qui atteint 16%. Au moment où les citoyens sont imposés dès le premier euro, même si leurs revenus sont inférieurs à celui de la pauvreté.

« J’ai posé la même question à quatre ministres successifs : qu’est-ce qui les empêche d’abolir ce taux non imposable du chiffre d’affaires que les multinationales consacreraient à la promotion du produit ? La publicité des médicaments est prise en charge par les sociétés-mères et non pas par les filiales. Mais, cet argent leur sert à organiser des colloques en Grèce pour tenter d’influencer les médecins », explique M. Kourouplis.