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De l'esclavage des grecs ... en Crète

9 décembre 2013

Droits de l'homme Emploi conditions de travail Crète Emploi Grèce

«On nous moleste et on nous brûle pour trois euros ! »


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La réclamation anonyme d’une employée de l’entreprise de confiseries ‘Kouvaraki’, à Siteai, en Crète, jette la lumière sur des détails horribles concernant les conditions de travail médiévales qui prévalent dans les « Manolada » de la Grèce du mémorandum.

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«On nous insulte, on nous frappe, on nous brûle, on nous oblige à faire leur lessive» dénonce une employée. Elle est Crétoise de souche. Il ne s’agit pas de quelque immigrante ‘illégale’. Et, tout ça, pour le maigre salaire horaire de  3 euros.

Les dix travailleurs paieront sur leur salaire journalier l’amende que les inspecteurs du travail ont imposé à leur employeur parce qu’il employait deux femmes sans les avoir déclarées à la sécurité sociale.

Vous me direz « c’est toujours ça, par rapport au cauchemar du chômage ou du travail sans salaire et rémunéré par le gîte et le repas qu’offrait un hôtelier d’Égine, il y a quelques jours. »

Dans l’affaire de Siteia, on voit clairement la « jungle » créée par les lois du mémorandum qui, en fait, annulent la mission des inspecteurs du travail. Dans cette petite entreprise, l’employeur, Mme Catherine Kouvaraki, est arrivée à « couvrir » les infractions à l’horaire (elle déclare que les employés travaillent 4 heures alors qu’en réalité ils travaillent 12 heures) puisque, selon une loi du mémorandum qui vise à la flexibilité du marché du travail, l’employeur peut soumettre a posteriori -dans les 48 heures - une demande auprès de l’inspection du travail afin de modifier l’horaire ou les jours de repos de l’employé.

Cela veut dire que si l’inspecteur trouve dans l’après-midi un employé déclaré comme travaillant le matin, il n’a pas le droit d’imposer d’amende à l’entreprise.

Sous la pression de nombreuses réclamations, le ministre du travail, Yannis Vroutsis, a promis de modifier la disposition concernée dans le prochain projet de loi, pour faciliter la mission des inspecteurs.

«Aujourd’hui, deux messieurs sont venus pour effectuer un contrôle mais, malheureusement, tout ce qu’ils ont pu faire c’était de donner une amende à deux filles qui ne sont pas déclarées à la sécurité sociale » explique une des employées de Siteia dans sa lettre.

Et, poursuit-elle : « Ils nous ont posé des questions devant le patron et, tout naturellement, nous avons simplement réciter le ‘poème’ qu’on nous appris à réciter.. Dès qu’ils sont partis, on nous a réunies pour nous dire que, d’ici Noël, ils nous crèveront…écoutez…nous travaillons 12 à 15 heures par jour, avec une pause de 10 minutes, et encore… Ils nous obligent à leur préparer leurs repas pour la maison, à faire leur lessive…ils nous interdisent de parler entre nous…on ne peut pas nous téléphoner…ils nous insultent, nous frappent, nous brûlent… ils nous obligent de payer des dégâts, même si nous n’en sommes pas responsables… ils nous assurent comme si nous travaillions à mi-temps….la moitié de l’argent sur notre compte en banque et l’autre moitié en main…Ce n’est même pas la moitié de ce qui se passe… Vous comprenez, qu’ils aient une amende pour 2 filles non assurées, ça n’améliore pas la situation. Bien au contraire. Ils ont dit que, les 3 euros que nous recevions de l’heure deviendront 2, pour payer l’amende… nous vivons un grand drame, littéralement ! Nous, nous voulons des conditions HUMAINES ! ».

- «Qu’entendez-vous par…on vous brûle ?»

- "Voilà…la patronne goûte le caramel que ma collègue préparait et quelque chose ne lui plaisait pas. Elle s’énerve, attrape la casserole, la jette aux pieds de ma collègue qui en a eu partout…croyez-moi, c’est pire que de l’huile brûlante…"

- Et quand vous dites qu’on vous frappe ? Qu’entendez-vous par-là ?

- «Une fille leur a dit “même si j’étais une machine, je serais tombée en panne après tant d’heures debout”. Ils l’ont saisie au bras, la tiraient et l’ont jetée dehors. C’est tout juste s’ils ne l’ont pas tabassée… “Nous n’avons que faire d’impuissants” qu’ils lui ont dit. Nous avons le sentiment d’être des animaux…et si nous partons, qu’allons-nous faire ? Comment vivrons-nous ? C’est une petite ville, ici, les occasions ne sont pas nombreuses… et, même si je partais, il y en aurait d’autres qui souffriraient là…Pourquoi ?»

Qui répondra à ce « pourquoi » déchirant d’une travailleuse Grecque qui vit dans une des régions de Grèce dont le PIB figure parmi les plus élevés, qui dispose d’énormes hôtels et d’innombrables serres ? Et pourtant, elle subit des humiliations sans pouvoir dénoncer son employeur, de peur de perdre son emploi.