5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Je condamne Mandela, quelle qu’en soit l’origine…

7 décembre 2013

Opinion Consitution Etat Grèce Nelson Mandela racisme violence

L'hommage de Kostas Vaxevanis à Nelson Mandela


807 mots   1013       Comments

mandela_nelson

Nelson Mandela

Par Kostas Vaxevanis

Nelson Mandela n’est pas de ceux auxquels il est rendu justice après la mort. Il lui a été fait justice de son vivant, avec l’abolition du plus grand système raciste institué en Afrique du Sud qui été toléré par les « démocrates » de l’Occident. Contrairement à ce que voudraient montrer ceux qui font aujourd’hui l’éloge de Mandela et qui condamnent la violence quelle qu’en soit l’origine, Mandela a vécu la violence raciste et a choisi la violence qu’apporte forcément la lutte pour la libération.

Une chose est certaine, l’Apartheid n’est pas tombé parce que d’aucuns auraient fait preuve de politesse politique, en décollant des chewing-gums des bancs, en allumant des réchauds ou en portant des chemises blanches comme étendards de l’antiviolence (NdT : il est ici fait référence au mouvement des Atenistas qui veulent changer la ville d’Athènes en embellissant certains sites, ainsi qu’au maire actuel qui avait exprimé son choix de l’antiracisme en se faisant photographier en chemise blanche et tenant une pancarte « non au racisme »…)

Mandela était le cofondateur de l’organisation « fer de lance de la nation », la partie armée du Congrès national africain qui, dans les années 60, commença les sabotages et les attaques contre l’État de l’Afrique du Sud. Dans les années 80, les attaques des rebelles contre les racistes de l’Apartheid, qui firent des centaines de victimes parmi les blancs, marquèrent la défaite du régime politique du racisme et la remise historique du pouvoir entre les mains des habitants noirs et du Congrès africain de Mandela.

En 1987, Thatcher la néolibérale, avait qualifié Mandela de terroriste et assurait que le « régime d’Afrique du Sud ne tombera jamais. » Quelques années plus tard, le « terroriste » prenait le thé avec la reine Elizabeth à Buckingham et continuait, malgré son âge avancé, à inciter à la lutte sociale, dont la campagne contre le SIDA faisait partie. C’est ainsi que fut écrite l’histoire qui fit de Mandela un symbole d’œcuménisme, de lutte et de paix.

Je suis certain que plusieurs hommes d’affaires Grecs qui, à l’époque où l’Apartheid torturait Mandela, brisaient l’embargo pour alimenter les racistes en pétrole, même eux pleureront la mort de Mandela qui, dorénavant, est un symbole contre la violence.

Je n’écris pas tout cela parce que je suis pour la violence mais parce que je comprends que la vie et l’évolution historique ont souvent été forcées d’être violentes, pour résister à la violence qui faisait des hommes des esclaves abrutis. L’argument idiot selon lequel « je suis contre la violence, quelle qu’en soit l’origine » est une invention qui, en pratique, met sur un pied d’égalité la résistance légitime et la violence du pouvoir ; la défense de la légalité et la répression illégale ; la Justice et la légalité qu’on invente en créant des lois et en produisant des légalités injustes. Ce « non à la violence, d’où qu’elle provienne » est le chauvinisme moderne qui sanctionne la différence en jouant avec les lois et en se servant de la paix sociale en tant que vassal.

La Constitution même du pays, dans son dernier article, le n°120, dispose que «Le respect de la Constitution dépend du patriotisme des Grecs qui ont le droit et le devoir de résister par tout moyen contre quiconque entreprend de l’abolir par la violence

Il me semble que la Constitution n’entend pas que nous allumions des réchauds si la violence gouvernementale réprime la constitutionnalité et la vie des gens.

Cela relèverait, en outre, de l’imbécilité et du manque de connaissance de l’histoire que de condamner Mandela le violent et, une fois qu’il sort vainqueur grâce à sa lutte et à sa douleur, de le traiter de gourou du yoga rayonnant de paix et de sérénité. Si l’on voit les choses ainsi, il vaut mieux ne pas dire préférer que la justice sociale soit réalisée par le biais de solutions politiques. Il vaut mieux investir dans la paix intérieure en portant des bracelets d’équilibre et les « nanogilets » de Makis (NdT : référence aux bracelets prétendument chargés d’énergie équilibrante, que portait l’ancien premier ministre Papandréou, et aux gilets en tissu « nanocéramique » qui feraient des miracles et seraient la panacée, que vend un grand journaliste grec par le biais de son site Web…)

Traduction et notes : Christine pour Okeanews