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5 décembre 2013

Opinion Corée du nord Grèce immobilier impots logement taxes

Le billet d'humeur de Kostas Vaxevanis


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kim_il_sung«La Grèce présente un taux trop élevé de propriétaires occupants » (c'est-à-dire, de gens qui vivent dans un logement qui leur appartient). Ce fait est abordé comme un quasi-délit par la troïka, Merkel et, tout doucement, par les partenaires gouvernementaux. Il s’agit d’un oxymore : les adeptes du libre marché en abordent la pierre angulaire, la propriété, du point de vue des adeptes de Kim il Sung et du bureau politique nord-coréen.

Mais, que Merkel accuse les Grecs du taux élevé de propriétaires occupants, ce serait comme si Samaras accusait les Allemands de leur habitude de consommer de grosses quantités de choucroute. Je ne prétends pas qu’un premier ministre Grec oserait jamais critiquer les habitudes alimentaires des Allemands. Nous parlons simplement de deux habitudes qui ont leur explication.

La maison dont on est propriétaire, en Grèce, ne représente pas uniquement un actif, un patrimoine mais aussi une valeur et de la sécurité. L’expression « avoir une tuile pour se couvrir sa tête » exprime le rapport historique entre le Grec et sa maison mais aussi son angoisse. En Grèce, la propriété s’est développée aux antipodes de l’insécurité et du manque d’état social. Elle fut l’unique constante.

Depuis sa création, l’État grec n’a ni assuré ni garantit la prévoyance sociale, les prestations sociales ni, surtout, la stabilité. Voyez deux simples exemples de « stabilité » : le système d’entrée à l’Université et le système fiscal. Qui sait ce qui est valable et jusque quand il le sera ? Pire, s’il sera valable de manière justifiée ? Face à l’instabilité de l’État, l’on a préservé le noyau familial et la stabilité de la maison-refuge.

Le nombre de propriétaires occupants a fortement augmenté lors des dernières années, quand les banques offraient, souvent sans garanties, des prêts à l’habitation, parmi tous les autres prêts pour n’importe quoi qu’elles proposaient de la même manière. Cette témérité et ce risque pris par les banques, qui ne sont pas inconnus dans le libre marché, est aujourd’hui unilatéralement « baptisé » comme «les resquilleurs qui ne paient pas». L’ancien gouverneur de la Banque de Grèce et, plus tard, premier-ministre-parenthèse, Loukas Papadémos, dans des entretiens accordés à la presse, invitait le gouvernement à accorder des prêts à tout le monde…

Deux hypothèses permettraient d’expliquer cela : soit il n’avait pas la moindre idée de ce qu’est l’Économie, libre de surcroît, ou bien était-il le pion de quelque plan.

Aujourd’hui, le gouvernement veut saisir les maisons des « resquilleurs », des maisons pour lesquels les banques ont été payées soit par le paiement du capital et d’intérêts multiples de la valeur du prêt soit par la recapitalisation des banques.

Tout comme les gouvernements précédents, celui-ci se sert constamment de l’argument de l’instabilité et de l’écroulement des banques. Il préfère tuer l’Économie réelle et ses citoyens, en les baptisant resquilleurs, plutôt que de toucher aux banques.

Depuis trois ans, plus de 15 dispositions ont été adoptées concernant la propriété. Taxes, impôts, à nouveau des impôts sous d’autres appellations. Toutes les dispositions font de la propriété un poids difficile à supporter et peu intéressant, tandis que le gouvernement devient de plus en plus cynique. Voridis a récemment proposé à un citoyen de louer son appartement à un locataire, pour être en mesure de payer les impôts. Des impôts qui, en pratique, vous obligent de racheter la maison que vous avez déjà achetée. Mais, pour quelque raison, les Voridis et les Adonis qui se baladent d’un « évènement » de l’initiative privée à l’autre, ne reconnaissent aucune initiative privée ou salaire journalier ou sueur qui vous a permis d’acheter un logement.

L’exigence de la troïka qui demande que les logements des Grecs soient vendus aux enchères crée, au-delà des problèmes politiques, des problèmes d’ordre juridique et économique. Les banques n’auront que faire de milliers de logements saisis. Ainsi, elles vendent les prêts à des fonds étrangers. Mais, cela crée des problèmes d’ordre juridique, puisque l’emprunteur n’a pas donné son consentement. Avec tout cet écheveau, le gouvernement espère arriver à tricoter un pull suivant les goûts de Merkel qui exige que les Grecs ne soient pas propriétaires, comme les Allemands ne le sont pas.

Les saisies de logements deviendront probablement le chant du cygne du gouvernement. C’est la raison pour laquelle il s’efforce de reporter la question à après les élections du mois de mai. Les victimes ne sont pas, comme le prétend le gouvernement, les pauvres et les resquilleurs mais bien tous ceux qui ont une propriété qu’ils ne sont pas en mesure de maintenir à cause de l’étatisme débridé des impôts. Bon nombre d’entre eux ont traditionnellement voté pour la Nouvelle Démocratie. Peut-être que l’histoire se souviendra de Samaras comme du premier ministre qui a transformé la Grèce en Corée. Quoique, le qualificatif de ‘Kim il Sung’ conviendrait mieux à Venizélos…