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"Le journaliste moderne"

22 novembre 2013

Ça tire Grèce journalisme modernité Pitsirikos

Le dernier billet de Pitsirikos


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Au prétexte d'un vieux souvenir à la terrasse d'un café, Pitsirikos revient sur la notion de "journaliste moderne". Il en a connu un exemple, une fois. Et ce n'est pas pour le rassurer...

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Il y a trois ans et demi, je buvais un café avec un écrivain grec. C’était quelques jours avant que la Grèce se soit réfugiée dans le mécanisme de stabilité et l’annonce de Papandréou depuis Kastelorizo. Pendant la discussion, il m’a dit quelque chose à quoi, à l’époque, je n’avais pas donné d’importance particulière : Il m’a dit : « Pour moi, le journaliste vraiment moderne c’est Un tel. »

« Et qui c’est « Un tel » ? », lui dis-je. « Tu ne connais pas Un tel ? » me dit-il, surpris. « Non, je ne le connais pas. »

Vraiment, je ne le savais pas. C’était la première fois que j’entendais ce nom. Sans être journaliste, je connais les noms des journalistes connus.

« Où travaille-t-il ? », lui dis-je. Il me donne le lieu où il travaille et je lui demande : « Puisqu’il est si bon, pourquoi travaille-t-il là-bas ? »

« Que veux-tu dire ? »

« Je veux dire que dans ce lieu que tu me dis, ils travaillent tous à l’emporte pièce. Et ce média, ce sont les citoyens qui le payent, alors que personne ne le suit. C’est un lieu de fraude qui devrait être fermé. »

Muet, l’écrivain.

Par curiosité, j’ai demandé à des amis journalistes (je connais beaucoup de journalistes) qui était ce journaliste.

Je n’ai pas entendu une seule parole positive à son sujet. Et des commentaires sans fin sur ses « finances ».

D’accord, les journalistes ne montrent pas une tendresse particulière pour leurs collègues, mais pour celui-ci, ils en parlaient tous avec dégoût. La vérité c’est que quand je l’ai vu, j’ai réalisé qu’il avait de quoi dégoûter. Non parce qu’il était moche, mais parce qu’il avait quelque chose de visqueux et de répugnant.

Et il n’était pas jeune, comme je le croyais parce que je ne connaissais pas son nom. Il avait eu le temps d’écrire sa petite histoire triste.

Quoiqu’il en soit, j’ai lu ses écrits. Il n’a pas le truc. Absolument sans talent. Peut-être, s’il prend ses pilules, écrira-t-il mieux.

Je me suis souvenu de cette histoire récemment.

Le « journaliste moderne » est dans les (derniers) papiers de la profession, pour tenter de survivre. Hystérique contre le SYRIZA, amoureux de Mouroutokafrilis. Il doit avoir ses raisons.

Mais si la profession en est à dépendre de tels sujets, c’est qu’elle est déjà morte.

Vivons pour nous en souvenir.