5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

La municipalité de Barcelone sanctionne 3 sans-abris par jour

4 novembre 2013

GIIPS Société Barcelone contravention Espagne médiatrice sans-abri

La médiatrice de la ville dénonce le temps perdu en contraventions qui ne peuvent être honorées.


860 mots   621       Comments

Carlos, John et Miquel font partie du groupe de sans-abris qui occupe la place Folch i Torres de Barcelone. Avec une autre demie-douzaine de compagnons, ils forment un cercle avec des cartons de vin, une boite de céréales et une radio délabrée qui leur offre un accompagnement musical. La routine du groupe a été perturbée mardi par la présence des médias. La médiatrice fiduciaire de Barcelone a dirigé les objectifs des caméras sur cette petite communauté pour critiquer la municipalité de Barcelone qui verbalise les sans-abris parce qu’ils dorment dans la rue. « Ça n’a aucun sens. C’est surprenant que la Municipalité perde son temps à distribuer des contraventions à des personnes sans ressources qui ne payeront jamais. », dénonce la médiatrice Maria Assumpcio Vila.
sans-abris Barcelone
Selon les statistiques de la mairie de Barcelone, la municipalité a distribué en 2011 (il n’y a pas les données du mois de Décembre) 1.169 contraventions à des personnes qui dormaient dans la rue, soit en moyenne, 3 contraventions par jour. La municipalité a précisé que le plus souvent, ce sont des routards et de jeunes touristes qui campent dans la rue, et que la plus grande partie des contraventions est distribuée en été. En juillet-août, on compte respectivement 176 et 263 amendes, alors qu’en hiver, le chiffre descend en dessous de la barre des 30.

L’ordonnance de civisme de Barcelone, qui est entrée en vigueur en 2006, prévoit des contraventions qui vont jusqu’à 500 euro pour camper et dormir sur la voie publique. Mais la loi stipule aussi que « en aucun cas ne peuvent être verbalisées » les personnes qui risquent l’exclusion sociale. La municipalité s’efforce de nier que des sans-abris sont verbalisés, mais les statistiques mettent en évidence le contraire. Ce type de verbalisations finissent par pourrir au fond du tiroir, parce qu’elles ne sont jamais payées. Parfois, dans un acte de défi, les petits papiers jaunes sont déchirés devant les agents : « Vous croyez que je vais payer 180 euro d’amende alors que je dors dans la rue ? » s’indigne Carlos.

John a 40 ans, et les quatre mois où il a passé ses nuits sur l’asphalte lui ont valu 7 contraventions. Carlos, en deux ans passés à la rue, totalise 20 contraventions, tandis que Miquel ne compte plus les contraventions que la police municipale lui a imposées en 22 ans passés dans la rue. Toutes les contraventions ne sont pas motivées par le fait de dormir dans la rue, une grande partie sanctionne le fait de boire ou d’uriner sur la voie publique. « Nous savons que c’est mal de pisser dans la rue, mais on ne nous laisse pas rentrer dans les bars et il n’y a pas de toilettes publiques, comment pouvons-nous faire ? » se plaint John.

Les occupants de la place Folch i Torres ont choisi d’ignorer les contraventions de la mairie. Mais certains ont préféré ne pas en rester là et ont porté l’affaire devant la médiatrice de Barcelone. Un sans-abri d’origine italienne qui habite aussi le quartier de Poble Sec a déposé une plainte auprès de la médiatrice et lui a présenté sa contravention d’un montant de 473 euro pour avoir campé et dormi sur la voie publique. Quand la médiatrice a demandé des explications à la mairie, on l’a informée que cette personne cumulait plus d’une centaine de contraventions pour différents motifs.

La médiatrice fiduciaire de Barcelone, Maria Assumpcio Vila, considère que les « campagnes de verbalisation » menées contre les sans-abris « sont négatives et dans de nombreux cas, elles n’ont pour seul but que d’intimider ». La défenseur des citoyens s’engage à renforcer les actions sociales qui protègent les sans-abris, comme la promotion des logements sociaux, parce que les refuges n’ont pas une capacité d’accueil suffisante pour prendre en charge tous les sans-abris de Barcelone.

Les dénonciations de la médiatrice ont suscité des critiques de la part des partis politiques. Assumpta Escarp, ex-conseillère à la Sécurité de Barcelone (PSC) soutient que l’ordonnance de civisme « n’a pas été conçue dans le but de sanctionner les sans-abris et la pauvreté. (…) Il est clair que le système n’a pas fonctionné », se plaint-elle.

De son côté, Ricard Goma, conseiller municipal de Verds-Esquerra Unida qualifie de « scandaleuses et inhumaines » les contraventions dont ce groupe de sans-abris a fait l’objet.

Depuis la fondation Arrels, qui aide les personnes sans-abris, son porte-parole Ramon Noro a critiqué l’attitude de la police locale, mais demande une autre approche du problème, qui a des répercussions sur la réalité collective. « Qu’il y ait des gens qui vivent dans la rue, c’est un signal d’alarme, et c’est ce qui doit être abordé », dit Noro.

Les occupants de Folch i Torres ont aussi appelé à la compréhension de leurs voisins. « Cette situation n’est pas recherchée, d’un coup, tu te retrouves à la rue. » lance Carlos.

Traduction : Okeanews