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La prison pour ceux qui ne sont pas d’accord avec les règlements de l'UE en Grèce ?

29 octobre 2013

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"La prison pour toute personne qui résiste, s’oppose ou, simplement, exprime son désaccord concernant la politique étrangère de ... l’Union Européenne "


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Le gouvernement grec aurait passé un amendement en vertu duquel toute personne résistant, s’opposant ou exprimant son désaccord par rapport à la politique étrangère de l’Union Européenne serait passible d’une peine de prison allant jusqu'à deux ans. L'amendement a été discuté en session parlementaire le 24 octobre dernier.

Georgos Delastik, journaliste chez Ethnos

Giorgos Delastik est journaliste, spécialiste en politique étrangère et internationale. Depuis 1981, il suit de près les processus d’intégration européenne et les développements au Moyen-Orient et dans les Balkans. Il maîtrise 12 langues et a écrit plusieurs ouvrages au sujet de questions internationales. Il est directeur du journal hebdomadaire Prin et publie des articles dans les journaux Ethnos et Imerisia.

Par Giorgos Delastik.

Révélateur d’une mentalité totalitaire incroyable, la thèse du gouvernement Samaras-Venizélos qu’il tente de passer sous forme d’amendement dans un projet de loi qui n’a rien à voir, pour être ajoutée au Code pénal de notre pays, pour mettre en prison toute personne qui résiste, s’oppose ou, simplement, exprime son désaccord concernant la politique étrangère de ... l’Union Européenne !

Six mois de prison, au moins ! Il en irait de même pour toute personne n’étant pas d’accord avec les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU portant sur l’embargo ou l’attaque contre un pays ! Ça donne des frissons, c’est fou, mais pas marrant du tout.

Le texte de l’amendement déposé par le gouvernement est très clair : «Toute personne violant intentionnellement les sanctions ou les mesures restrictives imposées à des états ou des entités ou des organisme ou des personnes physiques ou morales sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU ou par règlement de l’UE, est passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins six mois, à moins qu’une sanction plus grave soit prévue par quelque autre disposition. Les dispositions de l’alinéa précédent sont également appliquées si les actes qui y sont prévus ne sont pas passibles d’une peine conformément au droit du pays où ils sont perpétrés» est-il dit, mot pour mot.

C’est ainsi que le gouvernement Nouvelle Démocratie - PASOK veut que soit le nouvel article 458Α du Code pénal grec intitulé « Violations des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et de règlements de l’UE» !. Ainsi, par exemple, l’Union considère que le PKK kurde est une « organisation terroriste », donc, tout citoyen grec marque son soutien au PKK sera dorénavant mis en prison !

Si, par exemple, l’Union européenne décide de se ranger en faveur d’une intervention en Syrie, tout Grec opposé à cette décision et exprimant cette opposition en participant à des manifestations contre les envahisseurs ou le proclament par écrit, le gouvernement Samaras - Venizélos le jettera en prison ! Inutile de parler de la guerre de Yougoslavie qui était approuvée par l’Union et qui, couverte par 4 décisions de l’UE en matière de sanctions, tous les Grecs sans exception auraient été jetés en prison puisque, selon les sondages de l’époque, 97% du peuple grec était en faveur de la Yougoslavie et montrait en actes sa solidarité par le biais manifestations, d’envoi d’aide humanitaire, etc.

Si ce nouvel article était en vigueur au début des années 1990, lors de la première opération contre l’Irak, avec la couverture du Conseil de sécurité de l’ONU, à nouveau la moitié des Grecs auraient été mis en prison pour être fortement en faveur des Irakiens et contre les envahisseurs.

Tout à son honneur, le parti communiste de Grèce - ΚΚΕ a été le premier à protester contre cet amendement et à rendre la question connue du peuple grec. SYRIZA et les Grecs Indépendants se sont également exprimés contre cet article. Jusqu’au moment où ces lignes étaient écrites, nous ne connaissions pas le résultat du vote au Parlement.

Toutefois, la volonté politique des partis gouvernementaux est plus que claire : ils souhaitent pénaliser l’activité politique qui s’oppose aux choix de l’UE en matière de politique étrangère. Ce qui est parfaitement inconcevable. D’ailleurs, c’est ce que le représentant parlementaire de Nouvelle Démocratie, Makis Voridis, a clairement déclaré en soulignant, entre autres, que : « l’ordre juridique à tolérance zéro est tenu d’appliquer les dispositions d’imposition du droit. Nous avons posé un choix. Nous appartenons et croyons en cet ordre juridique international et à l’UE».

Traduction : Okeanews

Selon Delastik, l'amendement aurait été adopté le 24 octobre, sous la forme du nouvel article 458A intitulé "infractions aux règlements de l'UE" et en vertu duquel sont passibles de peine d'emprisonnement allant jusqu'à deux ans les personnes violant les sanctions imposées par l'UE contre des Etats, des organisations ou des personnes". On notera que l'amendement adopté n'inclurait pas le désaccord avec les résolutions de l'ONU.