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Une employée espagnole licenciée pour ne pas être venue au travail le jour de son expulsion

29 octobre 2013

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La réforme du travail adoptée l’année dernière en Espagne permet de procéder à ce genre de licenciement abusif.


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Une employée de 31 ans, Amaya, qui travaillait dans la société de télémarketing Konecta Spanish à Madrid a été virée pour ne pas être venue au travail le jour ... de son expulsion. Une histoire qui donne la chair de poule.
Amaya
Le site « Prenez les quartiers » raconte l’histoire de l’expulsion d’Amaya qui s’est déroulée le 11 septembre et à laquelle étaient présents une centaine de policiers antiémeute. Une semaine auparavant, Amaya avait demandé à son entreprise un changement d’emploi du temps pour pouvoir assister à son expulsion, mais la réponse a été la suivante : « Je ne pense pas que ce soit possible. Mais tu es une grande fille maintenant et tu connais tes responsabilités. Ce jour-là tu ne peux pas manquer. »

Amaya n’a pas pu aller travailler et, à cause du stress extraordinaire de la situation, elle a fini psychologiquement brisée, et son médecin de famille lui a donné quelques jours d’arrêt pour qu’elle puisse récupérer.

Cependant, Amaya a été congédiée pour accumulation de fautes. La lettre de licenciement considère que le fait de ne pas être allée au travail le jour de son expulsion ni les jours suivants constitue un motif plus que suffisant pour rompre le contrat.

Bien que l’entreprise reconnaisse que ses absences étaient justifiées, elle rétorque que la Réforme du Travail adoptée l’année dernière permet de le faire.

Le site souligne que la précarisation des conditions de travail suite à la dernière Réforme du Travail laisse des milliers de travailleurs absolument sans défense.

En réponse au licenciement d’Amaya, l’Assemblée du logement de Madrid a appelé à un rassemblement pour le mardi 29 Octobre à 17h00 devant le siège de l’entreprise Konecta. Le but de l’initiative est d’obtenir la réintégration d’Amaya.

L’expulsion d’Amaya a été filmée. Dans la vidéo qui suit, on peut voir ses amis, des citoyens solidaires et des militants flécher l’itinéraire jusqu’au domicile d’Amaya pour pouvoir être rejoints par d’autres. Certains sont déjà installés dans son appartement. On fait entrer les retardataires.

Derrière la porte fermée, la tension est à son comble. On arrive. Un jeune homme demande à travers la porte fermée : « Il y a la police ? Il y a la police ? ». Oui la police est déjà là. Ils refusent d’ouvrir et s’organisent pour bloquer portes et fenêtres avec des meubles.

Sur le message du téléphone accompagné d’une photographie où figurent bon nombre de policiers on peut lire « voilà le carrefour de la rue d’Amaya ». Plusieurs personnes bloquent le canapé contre la fenêtre. Son amie regarde dans le judas. De l’autre côté de la porte on entend l’avocat d’Amaya : « Amaya, il y a un très gros déploiement de policiers ». Une militante : « Ils sont déjà préparés avec les casques et en file pour recevoir les ordres et entrer. » Son avocat : « Ils ont même le maillet en acier pour défoncer la porte. Ce que je vous demande, c’est de vous tenir loin de la porte, d’accord ? »

Un militant : « Une minute !» L’avocat d’Amaya : « voyez ça entre vous, parlez en entre vous et décidez. » En quelques secondes de discussion, le comité décide de crier « résistance ! ». Un jeune homme coiffé d’une casquette noire explique à travers la porte fermée qu’ils ne pensent pas quitter le domicile et comptent rester derrière la porte. L’avocat d’Amaya « Donc, le commandant de police dit qu’il doit accomplir la loi. Si la commission judiciaire dit d’y aller, ils doivent lui obéir, et qu’ils procéderont à l’ouverture de la porte pour entrer, à un contrôle d’identité puis aux arrestations. »

Amaya : « Et mes affaires ? » Son amie : « Et les affaires d’Amaya ? » Les discussions s’animent et Amaya craque. En larmes, elle répète : « Qu’ils s’en aillent, pitié, qu’ils s’en aillent » Tous en chœur, les militants et ses amis scandent : « Tu n’es pas seule, nous sommes avec toi ! »

Amaya est maintenant au téléphone. Quand elle raccroche, elle fait le bilan de la conversation : « ils disent qu’il faut que nous sortions, que vous m’aidiez à sortir mes affaires si vous pouvez et que si vous sortez tous pacifiquement, il ne se passera rien. » La mort dans l’âme, le comité s’exécute.

Dehors, de nombreux manifestants, entourés de CRS encore bien plus nombreux, scandent une fois de plus : « Tu n’es pas seule, nous sommes avec toi ! » Le dispositif policier est impressionnant, il encercle tout le quartier. Certains expriment leur colère, pendant qu’une ambulance repart à vide, sa présence étant le signe qu’on s’attendait à ce que ça tourne mal.

Amaya pleure dans les bras d’une amie, pendant qu’un policier leur tourne le dos avec indifférence.

Alors que des militants prennent à partie un policier, celui-ci met immédiatement fin à la discussion : « D’accord, d’accord, c’est bien, tu peux continuer » lâche-t-il à une militante qui refuse de se taire.

Les affaires d’Amaya sont désormais réunies sur le trottoir. On les a recouvertes d’un film plastique, la pluie commence à tomber.

Les militants véhiculés tentent d’embarquer un maximum d’affaire dans leur voiture, pour les mettre en sécurité.

La profonde crise économique que vit l’Espagne a fait grimper le chômage à 26 % de la population active, un niveau record, ce qui a multiplié les cas d’expulsions pour loyers ou prêts hypothécaires impayés. Depuis que la crise a éclaté en 2008 on a enregistré en Espagne plus de 400 000 saisies et une grande partie d’entre elles s’est terminée par la perte du logement. Selon les données de l’organisation Stop Desahucios, 34% des suicides en Espagne sont motivés précisément par les expulsions, qui sont au nombre d’environ 500 par jour.