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"Occupy Porta Pia" en Italie : la différence avec les autres mouvements de protestation

23 octobre 2013

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Simone Cosimi, blogueur italien, suit de près le mouvement de protestation qui gronde actuellement sur une place centrale de Rome : la place Porta Pia. Le mouvement qui s'est baptisé lui-même "Occupy Porta pia", en référence au mouvement "Occupy Wall Street" de New York, a planté ses tentes sur la grand place. Cependant, le blogueur fait une nette différence entre cette toute jeune contestation et celles qui l'ont précédée un peu partout dans le monde.
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« L’acampada » [mouvement de protestation à Madrid, en 2011 où les manifestant ont littéralement campé sur la place "Puerta del Sol"] romaine, déjà en phase finale, plutôt qu’au mouvement de Zucotti Park, semble maintenant se référer aux indignés espagnols et à la Turquie.

A Rome se poursuivra au moins jusqu’à demain [article publié le 21/10/2013], sous les hospices de « l’acampada », le mouvement aux revendications variées qui se donne le nom de « Occupy Porta Pia ».

Une lutte désormais un peu plus que symbolique pour une occupation qui n’a certainement pas eu la force perturbatrice de manifestations similaires dans le monde. Le simple fait que ce mouvement ait une date d’expiration montre son instabilité.

L’initiative s’est épanouie après l’évènement du week-end dernier en rassemblant les pièces d’un puzzle social plutôt complexe : Des militants à l’origine du mouvement dans la capitale et d’une bonne partie du monde universitaire, jusqu’aux groupes « no Muos, no TAV » et à la présence inédite de migrants et de réfugiés.

Mais il y a un élément qui distingue le jeune mouvement « Occupy Porta Pia » de celui du Zuccotti Park, à New York, en septembre 2011. Il s’agit de l’orientation concrète de revendications claires comme l’arrêt des expulsions et la construction de la ligne de TGV « Lyon-Turin ». Une approche qui est en train de modifier l’ADN du mouvement italien avec un étrange mix entre protestation à l’américaine, indignés espagnols, occupations turque et révolutions arabes. Mais ce mouvement risque de se trouver sans interlocuteurs : le gouvernement, en fait, ne peut pas donner de réponse.

Et surtout, sans résonnance dans le monde : les différentes contributions des différentes personnes, semblent laisser sur le bas-côté, sinon l’ignorer de manière flagrante, que l’élément social a été l’un des moteurs des autres vagues de protestation. Serait-ce le signe que, comme beaucoup le prétendent, le Web n’est pas fondamental pour stimuler la participation au mouvement « Occupy Porta Pia » ?

Occupy Wall Street

L’origine, comme toujours, est purement théorique. Le 17 septembre 2011 commence l’occupation du parc newyorkais avec une contestation pacifique (selon le rapport du « Potential Criminal Activity Alert » du FBI délégitimé par une vaste campagne de désinformation), contre l’abus du capitalisme financier. C’est l’une des conséquences de la crise planétaire : si l’économie a de réelles difficultés à produire des emplois et du bien-être, la responsabilité en revient à des individus qui spéculent, aux jeux de pouvoir d’un petit groupe d’organismes à sigles, aux fonds et aux personnes symboliques de la Bourse.

Mais au fond, quelque chose avait déjà changé. Une grande partie de l’inspiration, issue du planétaire 68 à la sauce sociale, venait du mouvement quasi contemporain des nord-africains et des résonnances de l’immense écho espagnol.

L’explosion se fonde, presque sans exception, sur une utilisation différente des plates-formes sociales. Une utilisation qui, autant en Amérique du Nord qu’en Egypte, produit un nouveau modèle de protestation, bien illustré par la studieuse Zynep Tufecki. Un modèle dont les traces sont rares à Rome. Le mouvement y est fait de groupes locaux, de clubs, d’autobus, d’organisations, de centres sociaux.

Mouvement 15-M

Si à New York, la jeunesse dissidente mondiale a trouvé, à l’automne 2011, une de ses théories, c’est en fait à Madrid que déjà avait fleuri le gène solide et pur de la vague mondiale. Le mouvement des indignés a en fait donné le sens des protestations et le moyen de la développer en Europe, phénomène effectif depuis le printemps précédent.

Depuis les élections locales et régionales en Espagne, une foule immense de citoyens de tous horizons, mais avec une forte proportion de chômeurs, de femmes au foyer et même dans certains cas, d’immigrés et d’étudiants, a monté la tente pendant des mois à la « Puerta del Sol », une des places centrales de la capitale ibérique.

« Democracia Real Ya ! » et d’autres centaines d’associations ont construit une véritable épine dorsale qui donne sa cohérence au mouvement, s’appuyant d’un côté sur la « poussée » provenant du Moyen Orient et de l’autre sur les revendications typiques des manifestations du Vieux Continent : « maison, travail, santé, éducation ». Il y a beaucoup de concret et de revendications similaires dans le mouvement « Occupy Porta Pia ».

Mais il n’y a plus la force de la résistance qui s’est opposée pendant des mois aux pressions, ni la dimension « éco-planétaire » liée au Web : ce n’est pas par hasard si ce type de modèle a eu une suite d’abord au Chili, notamment avec le leadership Camile Vallejo, puis à New York et ailleurs.
En Italie, la flamme semble déjà s’être atténuée, moins de 72 heures avant le début de « l’acampada ». Même sur Twitter. Peut-être parce qu’il n’y a pas eu un fort soutien parmi la population, ni de participation massive des non-militants dont parle Tufecki, qui était, au contraire, très forte en Espagne. Et ce soutien apparaissait de manière évidente, même sur les réseaux virtuels.

Le printemps arabe

Plus de mal que de bien, selon de nombreux observateurs, est ressorti des manifestations qui ont commencées à l’hiver 2010/2011 dans de nombreux pays nord-africains et moyen-orientaux , de l’Egypte à Bahreïn, en passant par la Lybie, la Syrie, et la Tunisie. Surtout en ce qui concerne la révolution du Jasmin en Tunisie.

Les manifestations romaines, plus que les manifestations libérales des Etats Unis, semblent radicalement différentes – plus liés à cette veine, et bien sûr à la veine espagnole, qu’à la théorie.

Les questions au centre des revendications des tunisiens étaient, sans surprise, le chômage, le coût de la vie, la corruption et les mauvaises conditions de vie. Parmi les revendications qui sont en tête du mouvement 15-M et Occupy Porta Pia, il y a : la maison, l’intégration, l’opposition aux grands projets jugés inutiles ou aux signes avant-coureurs de corruption.

Au fond, la ressemblance est évidente. Mais malgré cela il y a quand même un manque de coordination : un blog de référence qui informe le monde de ce qui se passe, comme au début du printemps arabe, et une presse italienne indépendante, qui dispose de la technologie et qui soit du côté des manifestants.

L’évolution en Italie

La particularité du mouvement de Occupy Porta Pia, qui en est pour l’instant au dernier acte d’un mouvement commencé il y a maintenant 2 ans, réside dans sa muabilité constante : il semble se nourrir par-ci, par-là de ce qui se présente depuis ces derniers mois dans le cadre international.

Sans décider où aller, ni quelle stratégie utiliser. Sans être en mesure de déclencher la vague Web. Le phénomène national reste donc local. Il suffit de regarder la presse internationale ce matin. Peu de choses.

Reconnaissons tout de même à ce mouvement, au vu de ce qu’il s’est passé le week-end dernier, qu’il a réussi à se débarrasser pour une grande partie des éléments perturbateurs et violents. Cet embryon pacifiste romain s’est formé suite au sit-in de la place Santa Croce à Jérusalem.

Il semble qu’il se fonde surtout sur ce qui s'est passé en Espagne et en Turquie, où les questions générales sont liées à des raisons spécifiques, par exemple sur le sort du parc de Gezi, à Istanbul.

Malheureusement, sa coordination, à en juger les 15 tentes sur la place ce matin, n’est visiblement pas très efficace.

Mais il manque toute la partie théorique, celle qui donne une cohérence à un mouvement dans lequel chacun à ses propres raisons spécifiques, et un bond dans le fossé numérique : il ne suffit pas de se rassembler dans la rue pour construire un autre futur.


"Occupy Porta Pia" au troisième jour  :

photo via twitter (@NosceTe__Ipsum)

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