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La poésie de Kavafis sur les bus d'Athènes, une propagande?

21 octobre 2013

Culture Société Athènes Bus électique Grèce Kavafis propagande

Pourquoi les vers du poète sur les bus d'Athènes ne plaisent pas à tout le monde


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Depuis quelques jours, quand on se balade à Athènes, on peut croiser des vers du grand poète grec Kavafis sur les routes : les bus électriques ont été recouverts de ces inscriptions. A priori, on pourrait croire que c'est une belle initiative culturelle. Pourtant, un citoyen grec, militant actif d'une association caritative, est scandalisé par cette initiative. Sur un réseau social, il explique pourquoi.

bus Kavafis

"C'est une chose dangereuse la violence" - Kavafis

"Les bus électriques d'Athènes ont été couverts de vers de Kavafis, sur l’initiative de la Fondation Onassis… malheureusement, la propagande aussi a rempli nos esprits !

Sur la photo, le vers est extrait de l’un des meilleurs poèmes de Kavafis Dans une grande colonie grecque, 200 ans avant J.C.

Plus précisément, Kavafis écrit :

« Peut-être le temps n’est-il pas encore venu.
Qu’il ne se presse pas. C’est une chose dangereuse, la hâte. »

[Ce dernier vers, en grec, s'il est sorti du contexte, peut être compris comme: "C'est une chose dangereuse, la violence."

Dans ce poème, Kavafis fait référence à la violence en tant que HÂTE mais nous sur les bus, on comprend "violence" au lieu de "hâte".

C’est le charme et le piège de la soi disant « proximité »…
Je dédicace à ceux/celles qui ont eu l’idée et qui ont contribué à mettre en œuvre cette vile propagande, un vers de … oui, oui ! Kavafis :
«Et si tu ne peux mener ta vie comme tu le désires,
essaye au moins ceci, autant
qu’il te sera possible : ne l’avilis pas.»

KAVAFIS

Pour les plus curieux d'entre vous, voici l'intégralité des deux poèmes cités par notre internaute grec, traduits en français:

Dans une grande colonie grecque, 200 av. J.C.*

Certes, il serait exagéré de dire
que dans la Colonie les choses vont à souhait.
Ainsi, et malgré quelques progrès,
nous ne pouvons que prêter l'oreille
à ceux qui insistent qu'il est grand temps
de s'adresser à quelqu'un de compétant
en matière de Réformes.

Cependant, il y a l'inconvénient
qu'ils sont trop portés, - ces Réformateurs! -
à faire un drame en toute occasion.
(Ah! si l'on pouvait se passer d'eux!)
Au moindre détail, ils trouvent prétexte
pour questionner, fouiller, investiguer
et prescrire des réformes radicales,
insistant que, illico presto,
elles soient mises sur pied.

Ils préconisent aussi des sacrifices:
Renoncez à tel territoire,
cette possession paraît précaire
et ne peut qu'amener des ennuis.
Aussi, cette source de revenus
peut avoir des effets pervers
et donc cette autre qui en dépend,
et puis celle-là, par voie de conséquence,
substantielles peut-être, mais que faire,
tout risque prévisible doit être évité.

Puis, plus ils jaugent et ils contrôlent,
plus ils trouvent superflues
des choses dont on ne peut pourtant se séparer.

Lorsqu'enfin ils quittent la scène,
ayant tout défini, corrigé, amputé
et pris des honoraires bien mérités,
il ne nous reste qu'à constater ce qui subsiste
d'un tel acharnement chirurgical.

Peut-être la décision serait-elle prématurée,
toute hâte est dangereuse, on peut la regretter.
Il est certes malheureux, que, dans la Colonie,
il se pose tant de problèmes
- mais, n'est pas là le lot de toute entreprise humaine?
Puis, - ne faut-il pas le dire aussi? -
quoi qu'il en soit, nous allons de l'avant.

1928

Autant qu’il te sera possible

Et si tu ne peux mener ta vie comme tu le désires,
essaye au moins ceci, autant
qu’il te sera possible : ne l’avilis pas
dans un trop grand commerce avec le monde,
dans tout ce mouvement, tous ces discours.

Ne l’avilis pas, en l’exposant –
en la traînant ainsi et la compromettant –
à la sottise quotidienne
des relations et des fréquentations,
jusqu’à en faire une étrangère fastidieuse.

Constantin Cavafy, Poèmes, traduits par Georges Papoutsakis, Les Belles Lettres, 1977, p. 73.