5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

La petite Maria, le racisme et l'Etat grec

21 octobre 2013

Droits de l'homme Médias Police enfants enlèvement Grèce maltraitance Maria roms scandale

Et si cet appel international pour trouver les parents de Maria n'était pas motivé par le souci de l’Etat grec du bien-être des enfants, mais par son désir de faire de la population rom un bouc émissaire ?


1397 mots   2386       Comments

L’image de la petite fille blonde aux yeux bleus enlevée à la famille Rom et prise en charge par une ONG a fait le tour du monde à la vitesse de la lumière, tandis que l’Etat grec cherche à retrouver ses parents biologiques. Des comparaisons ont été faites avec Madeleine McCann, une autre enfant qui serait tombée aux mains de trafiquants. Mais derrière le battage médiatique se cachent de terrifiants secrets.

Maria
Chaque journal international en parle, avec quelques petites variations, mais clairement basés sur le même relais de presse. L’histoire est celle d’une petite fille blonde aux yeux bleus, trouvée chez un couple de Rom et déclarée comme étant leur enfant. L’histoire est souvent accompagnée d’une image « avant et après », représentant d’abord la petite fille avec un regard effrayé et mal à l’aise, puis la version bien proprette, où elle est en pyjama rose.

Bien que les circonstances dans lesquelles elle s’est retrouvée avec le couple et même la façon dont sa naissance a été enregistrée soient encore en cours d’investigation, le procès des médias a déjà rendu son verdict : il est évident qu’elle a été volée par de méchants gitans qui viennent la nuit pour arracher les nouveaux nés à leurs parents.

La couverture internationale de cet événement est assez mauvaise, les perroquets répétant les mots du gouvernement comme un chœur de Gospel, mais c’est à la presse grecque que revient la palme.

Malgré ce déluge d’informations sur le sujet, il n’existe aucune preuve matérielle que l’enfant ait été maltraitée, abusée, ou victime d’un trafic. Le couple a indiqué qu’ils avaient eu un arrangement privé avec la mère de l’enfant, qui avait déjà 5 autres enfants, pour qu’ils adoptent l’enfant de manière officieuse et l’élèvent au sein de leur propre famille.

Étant donné que les Grecs rencontrent d’énormes difficultés à élever leurs enfants en raison des dures mesures d’austérité imposées par le gouvernement, une telle situation n’est certainement pas au-delà des limites du possible. Des parents ont été contraints d’abandonner leurs enfants à l’orphelinat parce qu’ils étaient incapables de subvenir à leurs besoins, tandis que la mortalité infantile et la malnutrition des enfants est en plein essor.

La première photo de la fillette montre clairement un niveau élevé de détresse et d’anxiété et il a été rapporté qu’elle se cachait sous les draps quand on l’a trouvée. Cela n’est guère surprenant. Lorsque 41 policiers armés font irruption dans votre petite communauté, se cacher sous les draps est une réaction naturelle pour un enfant.

Ce raid n’en était qu’un parmi tous ceux que la police grecque a menés pour terroriser la communauté rom en Grèce, mais lorsque les Roms sont ciblés par les attaques racistes des néo-nazis, la police ferme les yeux.

Greece Street MusicianRepérée à cause de ses yeux bleus et de ses cheveux blonds, l’enfant a immédiatement subi un test ADN et été retirée au couple. La préoccupation des autorités grecques pour cette petite est si grande qu’ils n’ont même pas pris la peine de trouver quelqu’un qui parle sa langue, au lieu de communiquer avec elle par gestes. Bien qu’un tel mépris pour les enfants de familles de Roms ne soit pas inhabituel : le mois dernier, une commerçante s’est approchée d’une petite fille rom, de seulement quelques années plus âgée que Maria et qui jouait de l’accordéon dans la rue, et lui a donné un coup de pied.

Le comportement et l’hypocrisie des autorités grecques n’a rien d’étonnant si on l’éclaire à lumière du scandale d’Agia Varvara qui date d’une décennie seulement. 502 enfants roms avaient « disparu » d’un orphelinat d’Athènes où ils avaient été placés. En dépit des demandes d’investigation sur le sort de ces enfants, rien n’a été fait. Ou très peu. Le gouvernement grec s’est contenté de publier récemment le rapport qu’il avait soumis à la commission européenne sur leur site web.

En page 3, paragraphe 2, il est noté que :

« Il semble que les enfants (la plupart d’entre eux sont Albanais) ont été livrés à des trafiquants, qui ont payé 500 euros pour les sortir de l’institution dans le but d’une exploitation économique – prostitution ou vente d’organes. »

C’est dit on ne peut plus clairement, les enfants roms qui étaient confiés à une institution grecque et donc sous la protection de l’Etat, ont été vendus à des trafiquants. Non pas un enfant ou deux, mais des centaines d’enfants. L’Etat grec n’a examiné ces disparitions que sur l’insistance de l’Union Européenne. Sur les 502 enfants qui ont « disparus », 4 seulement ont été retrouvés. Et l’affaire a été discrètement abandonnée.

Le récit de la disparition d’une jolie petite fille blonde ne manque pas de rappeler l’histoire d’une autre fillette « disparue ». Juste au bon moment, le porte-parole de Kate et Gerry Mc Cann, dont la fille Madeleine a été portée « disparue » en 2007, a surgi pour dire que l’affaire leur avait donné le « merveilleux espoir » qu’elle puisse un jour être retrouvée vivante.

Les jolies petites filles blondes font vendre des journaux, en particulier quand elles sont bien propres dans un joli pyjama rose. Maria est très chanceuse. Si elle avait eu une autre couleur de peau, un sort très différent l’aurait attendue. Si Maria avait été d’origine africaine ou asiatique, plutôt que du phénotype européen favorisé, il est grandement improbable qu’elle ait été choyée et qu’on l’ait vêtu d’un joli pyjama. Elle aurait plutôt été jetée dans un camp de détention comme ces autres enfants que l’État grec ne considère pas comme Grecs…

Comme ces bambins qui crient « liberté ! » depuis leur camp de détention ; il n’y a qu’à regarder dans la vidéo qui suit l’excitation des adultes et des enfants quand ils croient que les représentants de l’ONG sont venus pour les libérer et leur déception quand le représentant explique (4.33 min) que… « ils font de leur mieux » :

Cette vidéo a été prise en 2009, avant que les camps de rétention de grande envergure soient mis en service, du temps où les organisations des Droits de l’Homme étaient encore autorisées à accéder librement au camp et que les conditions de vie y étaient nettement meilleures qu’elles ne le sont aujourd’hui. A cette époque, le nombre d’enfants détenus se comptait par centaines, ils sont maintenant des milliers et ce nombre est susceptible de croître davantage.

Cet appel international pour trouver les parents de Maria, n’est pas motivé par le souci de l’Etat grec du bien-être des enfants, mais par son désir de faire de la population rom un bouc émissaire.

La peur des « gitans voleurs d’enfants » est suffisante pour détourner l’attention des vrais scandales impliquant des enfants roms et des problèmes actuels de maltraitance institutionnelle qui se produisent en Grèce en ce moment. Sauf en cas de preuve de maltraitance, l’enfant devrait être renvoyée immédiatement aux seuls parents qu’elle ait jamais connus, jusqu’à ce que ses parents biologiques puissent être retrouvés. L’Etat grec n’a pas à enlever des enfants. Les évènements de Agia Varvara doivent être soigneusement étudiés, ce qui implique aussi de rechercher la trace des centaines d’enfants qui ont été vendus à des trafiquants, et les enfants actuellement enfermés dans les camps de détentions doivent être immédiatement libérés.

Le récit de l’enlèvement d’une jolie petite fille blanche peut couvrir bien des péchés.

Il peut également être très rentable.

Source : 2ndcouncilhouse

Traduction : Okeanews