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Quand les sociétés de recouvrement étrangères s'engraissent sur le dos des Grecs

14 octobre 2013

Economie Grèce

Entretien avec une employée d’une société de gestion de portefeuille de prêts : "Ces sociétés exploitent l’ignorance et la peur des gens sur ces questions, pour tirer du profit." - "1 employé sur 3 se balade en donnant des instructions, en insultant et en demandant constamment « combien as-tu rapporté jusqu’à présent ? »"


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Même le personnage de Dickens le plus grippe-sous, Ebenezer Scrooge, n'en aurait pas eu l'idée... Il faut dire que cette "ingéniosité" des sociétés étrangères dépasse la fiction ! Le bénéfice est maximal et ces sociétés (y compris françaises) s'engraissent à vue d'oeil...sur le dos des Grecs, et bien sûr, pas des riches. Il s'agit pour ces entreprises étrangères de racheter aux banques grecques les dettes des particuliers pour une bouchée de pain, même quand il y a prescription pour celles-ci, et de jouer sur la peur et l'ignorance des gens -et des employés- en usant de diverses intimidations...
5561277-old-piege-a-souris-avec-un-billet-euro-100Entretien avec une employée d’une société de gestion de portefeuille de prêts "rouges"

Le site xekinima s'est entretenu avec Μαρία, employée d’une société qui gère des créances échues, c'est-à-dire, de créances rachetées auprès de banques. Elle nous a révélé beaucoup de choses sur la façon dont opère ce système. La lecture en vaut la peine. Le vrai nom de Maria est dissimulé, par crainte de licenciement

Q : Dis-nous, que font exactement ces sociétés ? Comment ces portefeuilles se sont-ils trouvés entre leurs mains ?

R : Il s’agit de société de la finance de pays étrangers, tels que l’Allemagne, la France, l’Angleterre, qui achètent des créances à long terme échues (c'est-à-dire, des dettes impayées) auprès des banques, dans le but de recouvrer elle-même ces dettes. Il y a un voile de licéité, puisque le parlement grec a adopté une loi qui assure la validité de la cession des contrats, des biens immobiliers hypothéqués et des biens mobiliers et des données personnelles. Ces sociétés, à leur tour, donnent mandat aux sociétés de recouvrement et à des cabinets d’avocats, pour qu’ils procèdent à la « récolte ».

Ce qui est révoltant, c’est que les banques grecques ont été financées par notre argent pour être « recapitalisées » et pour que ces créances soient radiées. Mais, ces banques vendent ces créances et en font des bénéfices supplémentaires !

Q: Comment arrivent-elles à convaincre les gens à payer des créances pareilles ? Combien est-il logique et légal de réclamer ces créances ?

R : Les sociétés de recouvrement appliquent des méthodes d’interrogatoire et des méthodes fondées sur l’offense verbale. Elles arrivent rarement aux significations d’actes extrajudiciaires et d’ordres de paiement. Elles s’appuient sur l’effet de surprise et sur le sentiment d’insécurité des gens. D’autre part, les cabinets d’avocats font exactement la même chose, mais ils le font au nom de la loi et sont plus à l’aise pour ce qui est de la signification d’actes extrajudiciaires et d’ordres de paiement, puisqu’ils disposent d’avocats salariés et que les frais sont à la charge du créancier. Dans les deux cas, on propose des réductions importantes, jusqu’ à 90%, et des tranches mensuelles qui tentent les gens d’accepter pour se débarrasser.

Évidemment, quand dix ans sont passés et que la dette est inférieure à 20.000 €, elle est prescrite ! En outre, pour que la réclamation d’une créance soit licite, il faut qu’il y ait un contrat, ce qui n’est pas le cas dans la majorité des cas, alors, il n’y a pas de dette !

Ces sociétés exploitent l’ignorance et la peur des gens sur ces questions, pour tirer du profit.

Q : Quels sont leurs bénéfices, d’après ce que tu vois ?

R : Si, par exemple, la créance s’élève à 10.000€, la société de finances peut l’acheter auprès de la banque pour la somme de 50€! La proportion est d’environ 1000 contre 5.

Mais, si la somme recouvrée, même avec la réduction maximale proposée par la société de recouvrement, est de l’ordre de 1000€ dans cet exemple, le bénéfice de la société est de 950 euros !

Pensez un peu à l’importance de l’escroquerie et du profit démesuré et comment l’argent des Grecs est envoyé à l’étranger, voire, encore pire, comment nos patrimoines passent aux mains d’établissements étrangers.

Q: Quelles sont les conditions de travail ?

R : Nous sommes plusieurs dizaines dans une salle. 1 employé sur 3 se balade en donnant des instructions, en insultant et en demandant constamment « combien as-tu rapporté jusqu’à présent ? »

Les autres, nous essayons de survivre et de coexister dans un milieu qui rappelle Vavel avec tout le bruit et les conflits, parce qu’il y a beaucoup de concurrence.

Nous avons une demi-heure de pause sur les huit heures et, vers la fin du mois, où nous devons « atteindre » l’objectif, nous travaillons des heures supplémentaires, impayées. Ceux dont le parcours de recouvrement n’est pas satisfaisant sont immédiatement licenciés et remplacés. Nous sommes parfaitement consommables.

Q : Comment finit-on par travailler là ?

R : Si vous ouvrez le journal, vous verrez que 8 petites annonces sur 10 proviennent de sociétés de recouvrement et de cabinets d’avocats. Le chômage est tellement grand qu’on est forcé de travailler n’importe où.

Pour ma part, par exemple, j’ai presque 40 ans et je cherchais du travail depuis 1 an. Parmi les centaines de CV que j’ai envoyés à diverses entreprises, seulement deux ont répondu. Elles sont dans le même secteur et, à présent, je travaille dans l’une de ces deux. Je dois faire quelque chose pour vivre !