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ERT : coup de gueule d'un employé dans une lettre adressée au ministre

14 octobre 2013

Médias Opinion Politique ERT Grèce NERIT Pantelis Kapsis projet de loi

"Moi personnellement je vous ai cru quand vous avez soutenu qu’il n’y aurait aucun lien entre les deux. Pour la NERIT, vous avez dit qu’on reprendrait tout depuis le début avec des standards européens transparents, de manière transparente et non pas avec des méthodes de charlatans. Apparemment je me suis trompé."


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Christos Giannoulis, un employé de ET3, une des TV chaînes de ERT,  écrit une lettre ouverte au ministre de la radio-télévision publique, Pantelis Kapsis, dans laquelle il revient sur les propos tenus à l'époque de la fermeture de l'ERT et sur les promesses de "transparence" pour la nouvelle chaine publique NERIT, pour finalement constater que rien n'a été appliqué...

Pantelis Kapsis

Le ministre de la radio-télévision publique Pantelis Kapsis

Je commence par vous Monsieur le ministre parce que, en ce qui concerne votre chef politique, il n’y a pas beaucoup d’espoir. On lui a donné tant de chances de prouver qu’il pense ce qu’il dit, mais il les a toutes perdues. De Zappeio jusqu’à Maximos. Peut-être est-ce la faute du karma des bienfaiteurs que ces bâtiments accueillent.

Mais vous, même si vous ne voulez pas le dire clairement, vous avez montré que vous n’étiez pas d’accord avec la manière violente dont a été fermée l’ERT.

Je dois dire que dans une démarche peu orthodoxe, vous avez dit que puisque nous n’attendions pas une si grande réaction populaire et sociale, il fallait être à l’écoute des citoyens et créer immédiatement une radio-télévision publique.

Vous avez-même essayé de vous convaincre vous-même que les deux partis qui appartiennent au gouvernement qui vous a nommé, veulent une telle chose. Mais les évènements vous remettent en cause, et surtout confortent tous ceux qui ont parlé presque en votre nom, sans que vous ne leur confirmiez rien. Mais sans non plus que vous ne les détrompiez.

Un amendement opportuniste est introduit dans un projet de loi sans aucun rapport et ouvre officiellement la voie à l’argument selon lequel « rien de plus permanent que le provisoire. » Étant passé des deux à quatre mois pour la création et l’opération de la DT (formation intermédiaire devant remplacer l’ERT), nous en sommes au délai de dix mois, et on verra pour la suite… en entraînant et en reportant à encore plus tard l’opération de NERIT autour de laquelle tant de publicité a été faite. Bien que vous vous arrachiez les vêtements en prétendant que, fin 2013, elle serait sur les ondes.

Vous avez également dit dans vos innombrables monologues télévisuels que la NERIT serait régie par les règles de la méritocratie et de la transparence.

L’amendement en question, qui relie quasi-ouvertement DT et NERIT (nous ne tomberons pas des nues, sur ce point), introduit la possibilité de recrutements individuels selon des critères qui seront décidés sur le tas. En très peu de mots, l’on accorde un fondement aux arguments des « grosses têtes » qui disaient, en votre nom et en celui de vos supérieurs politiques, « entrez à DT parce qu’elle vous mène directement à NERIT, par procédures sommaires»

Moi personnellement je vous ai cru quand vous avez soutenu qu’il n’y aurait aucun lien entre les deux. Pour la NERIT, vous avez dit qu’on reprendrait tout depuis le début avec des standards européens transparents, de manière transparente et non pas avec des méthodes de charlatans. Apparemment je me suis trompé.

Mais je ne tombe pas non plus des nues parce que, dans le fond, ce que je croyais c’était une question de temps pour prouver encore une fois que la conséquence des paroles et des actes politiques de ce gouvernement s’apparentent à une mauvaise blague.

C’est donc ainsi que nous en sommes arrivés à la méthode commune d’amendements de projet de loi qui en plus de l’éthique parlementaire, viole aussi l’éthique politique.

Éthique qui, en dépit du fait que vous nous assurez le contraire, implique que quand on a le pouvoir, on peut faire ce qui est en train de se passer, à condition de ne pas le dire publiquement.

On n’en parle que de manière souterraine, dans les coulisses, par des murmures étranglés. Mais finalement, en pariant sur la vitesse, le « vite, vite » et l’empressement, le but est atteint. Et les autres peuvent toujours parler.

La capacité d'habituer et la tolérance face au fait que tout peut passer et que personne ne s’en souviendra, sont dorénavant devenus un outil entre les mains des gestionnaires cyniques du pouvoir. Un autre bon exemple : la ratification par non-ratification de l’acte à contenu législatif, suite aux prières du PASOK adressées au premier ministre, pour éviter d’être politiquement compromis.

Même vos critiques les plus sévères rendent optimiste à partir du désespoir qu’un jour on pourra dans ce lieu penser ce qu’on dit et agir en conformité avec nos paroles.

Mais j’allais oublier… Quand on sauve un pays en tuant ses habitants, la honte est dégradée par le luxe qui ne rentre pas dans la concupiscence des chiffres et des statistiques.

A quel point finalement, Giorgos Boulgarakis avait-il raison ? Finalement, ce qui est encore marginalement légal est aussi moral. Il suffit seulement que cette morale corresponde à notre éthique.