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Grèce : un nouveau livre d'école oublie d'appeler dictature le régime du 4 août

12 octobre 2013

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D'après des députés du SYRIZA, le livre présente Ioannis Metaxas comme assumant le pouvoir après des « troubles sociaux exprimés par le biais de démonstrations, de manifestations et de grèves » : une manière de faire passer le message que les manifestations et les grèves ne sont pas des moyens de lutte pour le peuple qui veut défendre ses droits, mais des problèmes qui perturbent le pays.


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Le nouveau livre d’histoire de la 6e année de l’école élémentaire (dernière classe) manque d’objectivité, présente des ankyloses idéologiques et est partial, selon les députés SYRIZA qui ont signé une question parlementaire sur le sujet. Les députés précisent que les références à la résistance nationale, dans le livre, ne tiennent que sur une demi page tandis que le régime du 4 août n'est jamais appelé dictature.

Le régime fasciste de Metaxas

Le régime fasciste de Metaxas : une photo oubliée dans le livre d'école ?

Les signataires de la question parlementaire adressée au ministre de l’éducation s’arrêtent surtout aux chapitres du livre qui portent sur la dictature de Metaxas et la Résistance nationale.

Ils relèvent que les références à la Résistance nationale ne tiennent qu’à une demi-page, tandis que le régime du 4 août n’est jamais appelé « dictature ». Au contraire, ils précisent que le livre présente Ioannis Metaxas comme assumant le pouvoir après des « troubles sociaux exprimés par le biais de démonstrations, de manifestations et de grèves » et prétendent que la narration laisse entendre aux élèves que Metaxas était quelque chose comme un père de la nation venu pour résoudre « l’instabilité politique » dont « souffrait la Grèce. » Les auteurs font ainsi passer, entre les lignes, le message selon lequel les manifestations et les grèves ne sont pas des moyens de lutte pour le peuple qui veut défendre ses droits, mais des problèmes qui perturbent le pays.

Les députés soulignent également que les exils, les prisons et les poursuites réservées aux opposants du régime du 4 août sont passé sous silence, tandis que les élèves apprennent que le dictateur « s’est efforcé, sans véritable résultat, de se rapprocher des agriculteurs et des ouvriers, par le biais de diverses mesures sociales ».

S’étant hissé au pouvoir en dépit du fait qu’il avait clairement exprimé ses idées anti-démocratiques et profascistes, Ioannis Metaxas a mis en place un régime dictatorial adhérant à cette idéologie et se sentant particulièrement proche de Mussolini et d’Hitler. Il a d’ailleurs eu du mal à comprendre comment l’Italie avait pu lancer un ultimatum à la Grèce, en octobre 1940, qui fut à l’origine de l’entrée de la Grèce dans la 2e guerre mondiale. Son régime avait organisé un équivalent des jeunesses hitlériennes où tous les élèves du secondaire étaient obligés de participer.

Des inexactitudes et des erreurs se retrouvent également dans les références à la Résistance nationale. Ainsi, la création d’EAM-ELAS (Front de libération nationale - Armée de libération grecque) est attribuée à une initiative des anglais, les britanniques ayant prétendument soutenu la création de trois organisations de résistance, EAM-ELAS, EDES et EKKA.

En outre, selon les députés, le parcours de l’édition est inhabituel. La tâche de la rédaction a été attribuée directement -par l’ancien ministre de l’éducation, Evripidis Sylianidis- à une équipe de professeurs d’histoire de l’Université Aristote de Thessalonique, dirigée par Ioannis Koliopoulos. L’ouvrage n’est jamais soumis à l’Institut pédagogique, bien que son coût ait été payé directement par le compte spécial de celui-ci. La nouvelle ministre de l’éducation, Anna Diamantopoulou, n’avait pas approuvé la distribution du livre aux écoles. Il a été approuvé par le vice-ministre de l’éducation (et actuel ministre) en février 2012.

Il est à noter également que ce livre est venu remplacer l’ancien livre d’histoire rédigé entre autres par Mme Repoussi et dont l’approche de la catastrophe de Smyrne avait soulevé de très vives réactions. En effet, au lieu de parler de massacre des Grecs de Smyrne en 1922, l’auteur avait préféré expliquer aux élèves que les Grecs « s’étaient bousculés au front de mer », laissant entendre que les milliers de victimes étaient dues à cette « bousculade ».