5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Le Tzivaeri ouvre ses portes ! Ne ratez pas LE rendez-vous du rébètiko!

11 octobre 2013

Culture Athènes Grèce

Samedi 12 octobre - Tzivaeri - Formionos 131, Pangrati, Athènes - à partir de 23h00 soirée d’ouverture - Rébètiko-Smyrnaïko-Paradosiako- Réservation table : 210 7 60 17 32


1431 mots   1585       Comments

C’est une grande nouvelle pour tous les amateurs et les puristes en matière de Rébètiko, cette musique si extraordinairement grecque, qui a le don de vous soulever l’âme : la saison démarre, et ce samedi 12 Octobre, tous les amoureux de la culture grecque pourront se presser dans cet établissement traditionnel, entièrement repensé par son propriétaire, le talentueux bouzoukiste et peut-être dernier rébète, Kostas Koutroumanos. Okeanews est allé à sa rencontre.
enseigne Tzivaeri
Le propriétaire du Tzivaeri, Kostas Koutroumanos, musicien et rébète dans l’âme, en a fait un espace ouvert, sans fioritures, où les photographies en noir et blanc des plus grands noms du rébètiko font face aux musiciens : « Les vivants avec les vivants, les morts avec les morts. En jouant face à eux, c’est comme si nous dialoguions par-dessus le temps. Je veux un endroit clair, où rien ne distraira l’attention du public. Le rébètiko est une musique exigeante. », nous explique-t-il en réajustant le vieux gramophone qui trône sur le bar.

Kostas Koutroumanos

Kostas Koutroumanos

Kosta, toi qui es musicien avant tout, pourquoi avoir ouvert ton propre établissement ?

Pendant toutes ces années où j’ai joué avec des musiciens connus ou pas, nous avons toujours été contraints, et dans nos interprétations, et dans notre répertoire, de respecter un programme imposé par les gérants des établissements qui ont très vite compris que le moyen le plus sûr de faire de l’argent était de toujours servir la même soupe, les chansons que le public connait, dans la version qu’il connait (électrique, modernisée). Sans surprise, donc ! Chacun peut reprendre en chœur, montrer qu’il connait, et se sentir relié aux autres par son identité grecque. Or, le vrai rébètiko (c’est-à-dire les rébètika originaux de l’entre-deux guerres) a une esthétique exigeante, aussi bien vis-à-vis de ses interprètes que de ses auditeurs. Bien sûr il est indissociable de notre identité grecque, et c’est pour lui rendre hommage que nous ne jouerons au Tzivaeri que les « perles » du rébètiko, malheureusement trop méconnues des grecs, alors qu’elles sont l’essence même de notre culture, bien plus que les rébètika qu’on entend partout et qui, d’après moi, ont perdu beaucoup de leur valeur originale.

C’est pour ça que je voulais mon propre établissement, pour pouvoir décider comment je jouerai cette musique et constituer un orchestre de musiciens qui aiment vraiment le rébètiko et qui soient capables de l’interpréter avec toute leur âme, tout en ayant la dextérité et la rigueur technique exigée.

Au fait, pourquoi le « Tzivaeri » ?

En réalité, le nom complet de l’établissement est «Τζιβαέρι,o θησαυρός της μουσικής », en français : « Tzivaeri, le trésor de la musique ». Le Tzivaeri, ce n’est pas seulement le nom d’un rébètiko connu, ça se rapporte à quelque chose de précieux. J’ai beau avoir une certaine obsession pour le rébètiko, je suis avant tout mélomane, et mon rêve était de pouvoir permettre à d’autres groupes (jazz manouche, flamenco, blues etc…) de pouvoir se produire quelques jours par semaine au Tzivaeri, hors des soirées consacrées au rébètiko. Mais bien sûr, je reste fidèle à mes rébètika de l’entre-deux-guerres…

Qu’est-ce que ces rébètika de l’entre-deux-guerres ont de si particulier, pour que tu en fasses le fil rouge des soirées rébètika du Tzivaeri?

Je vois dans les compositions de l’entre-deux-guerres un rapport direct avec la musique de la Grèce ancienne et la musique byzantine, ce qui, en tant que Grecs, réunit nos identités multiples sous une seule, et, le temps d’une chanson, nous permet de vivre l’instant présent comme le point de rencontre de tous les temps. Mais ce qui m’intéresse encore plus, c’est que les paroles sont directement extraites de ce qui se passe dans la vie. Chaque fois que je joue cette musique, même après trente ans passés dans la profession, je me sens soulagé de quelque chose de lourd qui me bouffe de l’intérieur. Alors que quand je joue la musique populaire des années 60 et plus, je reste avec ma douleur sur le coeur. Rien ne se passe.

Et puis, j’aime l’idée que les rébètika originaux ont vu le jour sans les facilités de la modernité, c’est à dire sans studio ni technologie, c’est une autre approche, plus authentique, qui n’implique que des humains.

interieur tzivaeri

Le Tzivaeri

Les paroles sont d’une grande richesse : problèmes sociaux, problèmes de drogue, de solitude, amitié, amour, …) on y trouve encore une large variété de sujets, ce qui n’est plus le cas après 1960 où on ne parle presque plus que d’amour, parce que c’est plus vendeur).

Qu’est-ce que les Grecs peuvent trouver au Tzivaeri qu’ils ne trouveraient pas ailleurs ?

Ils peuvent trouver leur trésor culturel, lequel est maltraité et par le commerce qui ne l’utilise qu’à des fins lucratives et de ce fait le dénature complètement, et par la politique qui n’aime pas ça parce qu’il pousse à réfléchir, à voir les choses autrement. Le rébètiko contient en lui une sorte de révolution. On imagine bien l’influence sociale du blues, du fado, du flamenco, du tango etc… dans leur pays respectifs et même au-delà de leurs frontières ; le rébètiko a pour moi la même portée. En fonction de la catégorie sociale, le rébètiko peut encore être vu comme quelque chose de marginal avec une mauvaise connotation. Le rébètiko, c’est la musique populaire des villes, c’est la continuation des musiques folkloriques des campagnes, c’est la musique de nos racines : un pied en orient, un pied en occident, comme notre culture d’ailleurs.

Que peuvent trouver les Français au Tzivaeri ?

La réponse la plus évidente serait de dire que, tous les Français qui s’intéressent à la culture grecque et dont la curiosité ne se limite pas à l’antiquité, trouveront au Tzivaeri de quoi faire connaissance avec cette « Grèce de l’ombre » dont parlait Lacarrière. Le rébètiko a ceci de particulier qu’il est autant occidental qu’oriental, comme notre culture grecque en somme, et que par conséquent, il peut servir de médiateur entre les deux mondes. Pour les français, il sera un passeur vers la compréhension du monde oriental. Pourtant, je ne crois pas que cette rencontre avec le rébètiko se limite à une découverte exotique. Même sans comprendre les paroles, ils comprendront la musique, de la même manière que quand ils écoutent du blues ou du Fado, ils oublient l’Amérique ou le Portugal. Quelque chose leur parle. Ce « quelque chose » indéfinissable, ils le trouveront aussi dans le rébètiko tel qu’il est joué au Tzivaeri. Mélange de joie et de peine, ou plutôt peine sublimée en joie qui parle à tous les Hommes.

Si néanmoins ils devaient s’interroger sur le sens des paroles ou le nom des instruments, il faut qu’ils sachent que je ne suis pas le seul francophone du Tzivaeri, et qu’ils pourront poser toutes les questions qu’ils voudront.

Pour conclure, qu’est-ce qu’apporte le rébètiko qu’on joue au Tzivaeri dans le contexte de la crise ?

On oublie souvent que le rébètiko a été créé dans la grande crise mondiale de 1930. La crise, ce n’est pas quelque chose de nouveau, ça se reproduit dans le système. Il y a donc à l’origine une parenté avec l’époque que nous vivons.

Or, dans le rébètiko ce qui est important, ce sont les valeurs, pas l’argent. D’un côté il apporte ce soulagement dont nous avons tous besoin en ces temps difficiles, et de l’autre il fait réfléchir, il nous rappelle à l’essentiel, aux valeurs humaines. Tout y est dit avec sincérité dans la langue musicale, dans la langue de l’âme.