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Demandez tous pardon à Makis Psomiadis

11 octobre 2013

Hot Doc Justice corruption Grèce justice Kostas Vaxevanis procès témoignage

"pareille Justice ne se retrouve qu’en Colombie ou au Mexique. Pas même en Sicile. Il n’est pas possible que la Justice se serve de la fonction « objective » des lois et être en plein divorce par rapport à la réalité et à la conscience sociale."


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Kostas Vaxevanis revient sur le procès de Makis Psomiadis et notamment sur le cas d'un viol qui aurait été commis par un garde du corps du malfrat, dont un enregistrement audio aurait été réalisé par Psomiadis lui-même. Les juges n'ont pas souhaité entendre l'enregistrement, ce qui, pour le journaliste, démontre un des nombreux problèmes de la justice en Grèce. Vaxevanis a d'ailleurs diffusé l'enregistrement en direct aujourd'hui sur la radio.

Makis Psomiadis

Makis Psomiadis

Par Kostas Vaxevanis

Dans la grande salle de la Cour d’Appel d’Athènes, où se déroule le procès de Makis Psomiadis, très peu nombreux sont ceux qui suivent la procédure. Les témoins entrent, donnent rapidement leur déposition et partent. Et, bien entendu, ils ne disent que du bien de Makis. Alexis Kougias (avocat spécialisé en droit pénal) l’a qualifié « d’homme de l’Eglise », Pilavios (président de la Fédération grecque du football) a dépassé toute imagination et a osé dire ce que le Grec le plus naïf n’oserait jamais dire : il l’a appelé « honnête ».

J’étais également convoqué en tant que témoin, à cause des émissions que nous faisions dans la série « Boîte de Pandore », à propos des matches truqués. C’était la première fois que je voyais Makis Psomiadis de si près. Cette figure dont il faut admettre qu’elle est imposante et très confiante en elle-même et qui, d’après ce que j’ai pu comprendre, attend la fin d’une « aventure » de plus.

Ce qui est encore plus frappant que Makis c’est la conclusion sur la faiblesse de la Justice face à l’application des lois par celui dont tout le monde sait ce qu’il a commis. Le sens commun, le savoir social, ce dont les gens s’aperçoivent, ne peut pas être en vigueur dans le tribunal. Je ne sais pas s’il s’agit d’un mode de fonctionnement nécessaire et équitable de la Justice ou si les Juges, depuis longtemps opprimés par les manœuvres procédurières des gros avocats, ont fini par accepter qu’il s’agit-là d’un mode d’opérer et d’un jugement objectif.

La Cour m’a donc demandé de déposer tout ce que je savais à propos de Makis Psomiadis. La plupart de ce que sais concerne son passé, sa capacité à faire en sorte que ses propres intérêts soient entremêlés avec les autorités, et à s'échapper. Je connais également plusieurs cas horribles dont il était le protagoniste, comme celui où, à l’aide d’une bouteille, il avait violé une de ses victimes qui, bien entendu, était immobilisée par des gardes du corps.

Les avocats de la défense de Psomiafis ont demandé à la Cour de ne pas tenir compte de ce que je déposais, parce qu’il s’agissait d’affaires prescrites. Notez l’oxymore : depuis des années, Psomiadis réussit à ne pas être condamné et, même s’il l’est, à ne pas aller en prison. Dans bon nombre d’affaires où il a été acquitté, il a été prouvé que les juges appartenaient à un réseau parajudiciaire. Dans l’affaire du viol à la bouteille, l’enregistrement sonore de l’agression avait été réalisé par lui-même et découvert lors d’une perquisition à son domicile. Mais, aucun procureur ne touchait à cela. Personne n’a entamé de poursuites. Ainsi, l’affaire fut prescrite. [ndlr : le journaliste a diffusé aujourd'hui l'enregistrement et en direct audio du viol en question]

Le résultat en est donc que, comme le demandent ses avocats, Psomiadis soit aujourd’hui jugé à partir d’une « base zéro. » C'est-à-dire, en tant qu’homme de l’église et honnête, comme dit Pilavios. La Cour est tenue de faire semblant d’avoir devant elle un scout qui est jugé sur la base d’éléments qui viennent d’être produits.

Et pourtant, la présence même de ses avocats au procès, est la preuve du contraire. Psomiadis apparaît comme s’il n’avait aucun rapport avec des équipes de football, pas même avec le foot (alors qu’il fut président de la 3e équipe d’Athènes, AEK), parce qu’il n’a jamais eu de rapport avec eux en tant qu’actionnaire. Tout était au nom de parents à lui. Aucune déclaration d’impôts. Au même moment, il paie deux des plus grands avocats d’Athènes (Ireiotis et Mihalolias) pour le défendre au procès. Et la Cour doit omettre la vie aux gros cigares, aux bagues en or, les déclarations faites à la presse indiquant qu’il est président d’AEK ou de l’équipe de Kavala, et le traiter comme le pauvre et misérable qui ne peut pas être jugé.

Je ne sais pas comment tout cela peut être résolu, du point de vue juridique, mais pareille Justice ne se retrouve qu’en Colombie ou au Mexique. Pas même en Sicile. Il n’est pas possible que la Justice se serve de la fonction « objective » des lois et être en plein divorce par rapport à la réalité et à la conscience sociale. Selon une estimation libre et, peut-être, pas scientifique, tout cela montre qu’il y a un problème dans le fonctionnement de la Justice.

Il y a quelques jours, Akis Tsohatzopoulos (ancien ministre PASOK, accusé de corruption) a été condamné à 20 ans de prison ferme. Cette condamnation ne portait ni sur le manquement au devoir, ni sur le détournement de fonds, c'est-à-dire, sur sa fonction de ministre, mais sur l’argent illicite, puisque les deux crimes ont été prescrits grâce à la loi Venizélos. Néanmoins, la Cour n’a pas traité Tsohatzopoulos d’ « honnête », en dépit du manque de condamnation au titre des crimes prescrits. Elle est même arrivée à ne pas lui reconnaître la circonstance atténuante d’un passé honnête, car elle a estimé qu’il s’agissait d’une honnêteté trompeuse, d’un semblant d’honnêteté.

Le respect à la lettre de la loi constitue certes une garantie de Justice. Mais la Justice n’est véritable que si elle fonctionne dans la société. Sinon, nous devrons admettre que Makis est un honnête homme de l’église auquel nous devons tous demander pardon.