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"Le sauvetage grec n’était pas un plan pour la Grèce mais pour la zone euro"

9 octobre 2013

Economie Politique Allemagne Europe FMI Grèce

Un tiers des membres du conseil d’administration du FMI opposaient de sérieuses objections au plan de sauvetage


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Le FMI a procédé au sauvetage-record de la Grèce en 2010, en dépit des profondes divisions intestines quant à la question de savoir si l’opération porterait les fruits attendus. C’est ce que révèlent des documents confidentiels internes dont le contenu contredit les déclarations officielles du Fond.

europeAinsi, comme le révèle le Wall Street Journal, les nouveaux détails sur le conflit émergent alors que le FMI fait pression sur les gouvernements européens afin qu’ils « allègent » une partie de la dette du pays, lors d’un difficile nouveau tour de pourparlers.

L’idée n’est pas particulièrement populaire en Allemagne ni dans d’autres pays européens, étant donné que ce sont leurs contribuables qui en subiront les contre-coups. Néanmoins, le moment s’y prête, car le FMI conditionne le soutien futur à une forte diminution de la dette de la Grèce.

Ce point est première place sur l’ordre du jour de la réunion des ministres des finances qui aura lieu à Washington cette semaine, à l’occasion de la conférence annuelle du FMI.

Dans des documents internes, marqués « secret » ou « strictly confidential », auxquels WSJ a eu accès, il ressort qu’un tiers des membres du conseil d’administration du FMI opposaient de sérieuses objections au plan de sauvetage parce que tout le poids du plan tombait sur les Grecs tandis que rien n’était demandé aux créanciers.

« L’alternative d’une restructuration volontaire aurait dû être mise sur la table », avait déclaré en 2010 le directeur exécutif du FMI, l’Argentin Andres Pereira. Le Fond, a-t-il déclaré, risque simplement « un report et, peut-être, une aggravation de l’inévitable » - d’une faillite grecque. Le directeur exécutif du Brésil, quant à lui, avait parlé de plan qui pouvait, en fin de compte, se révéler « mal élaboré et, enfin, non viable » ou « simplement, un sauvetage des détenteurs d’obligations grecques du secteur privé, c'est-à-dire, surtout des banques européennes. »

L’ancien directeur Indien, Arvind Virmani, quant à lui, expliquait que la taille des ajustements budgétaires exigés par la Grèce serait une « charge-mammouth que l’économie pouvait à peine supporter » et se demandait si l’importance des restrictions proposées par le FMI ne serait pas plutôt à l’origine de l’échec du plan et de la faillite du pays.

Depuis, le FMI a admis quelques échecs. « En mai 2010, nous savions que la Grèce avait besoin d’un sauvetage mais pas qu’il serait nécessaire de procéder à une restructuration de la dette. Nous n’avions pas idée que la situation économique dans son ensemble se détériorerait aussi rapidement », avait déclaré Christine Lagarde  dans une interview, en juin.

Les documents révèlent que les directeurs de pays du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique Latine demandaient, en mai 2010, pourquoi l’option de la radiation d’une partie de la dette grecque n’avait pas été donnée dès le départ. Les directeurs européens furent surpris lorsque la Suisse se rangea du côté de la minorité par le biais de son directeur, René Weber.

Le FMI dit aujourd’hui que la restructuration de la dette n’était simplement pas faisable en 2010 car le risque de voir la crise économique s’étendre vers d’autres pays était élevé. En effet, une grande partie de la dette était détenue par les banques françaises et allemandes déjà vulnérables. Les USA, quant à eux, avaient peur du fait de leur exposition de mille milliards de dollars aux banques européennes.

A posteriori, le rapport indiquait que le « plan a fonctionné de manière à permettre aux créanciers de réduire leur exposition, laissant le poids aux contribuables et au secteur public ».

Les contestataires avaient finalement raison. La Grèce ne pouvait pas réaliser les objectifs et a demandé un nouveau sauvetage en 2012 qui fut assorti d’un haircut dans le cadre de la plus grande restructuration de dette jamais réalisée.

Néanmoins, la dette grecque ne fait que grandir parce que l’économie s’est écroulée, obligeant les gouvernements de la zone euro d’envisager un troisième sauvetage…