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La Grèce en passe de criminaliser la résistance sociale à la mine d'or de Skouries

30 septembre 2013

Droits de l'homme Environnement Justice Police criminalisation Grèce Mine d'Or résistance Skouries

Quand les citoyens qui luttent contre la mine d'or de Skouries se voient accusés de "constitution d’organisation criminelle".


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Cela fait des mois qu'ils luttent contre le projet de mine d'or en Chalcidique, dans le nord de la Grèce. Après les arrestations justifiées -et attendues depuis des mois- des membres d'Aube Dorée de ce week-end, c'est au tour de ceux qui résistent contre le projet de mine d'or de se voir accusés d'appartenir à une "organisation criminelle". Une manière de "faire de la lutte de la société un crime" pour l'avocat des habitants de Ierissos qui avaient vu leur village envahit par les forces de l'ordre.  A l'époque, les forces de l'ordre avaient procédés à des tests ADN forcés sur des habitants, dont des mineurs, et avaient envoyé des gaz lacrymogènes dans l'école du village. Pour l'avocat "le timing n’est pas dû au hasard : le ministre s’efforce à ce que les habitants résistants de Chalcidique soient assimilés aux assassins nazis de Pavlos Fyssas. Souhaitant confirmer la ‘théorie des deux extrêmes’, il jette de la boue contre le peuple qui résiste".

SOSChalcidique

Les dangereuses terroristes de Ierissos

Les 27 « suspects » pour les incidents qui se sont déroulés en Chalcidique contre les mines d’or ont obtenu un délai avant de donner leurs dépositions, jeudi et vendredi prochains. Il s’agit de 23 habitants de la région et de 4 habitants de Thessalonique qui les soutiennent dans leur lutte.

Les… accusés potentiels, ont été représentés par leurs avocats qui ont demandé le délai légal afin de préparer leur défense.

Les assignations ont été remises dans le cadre de l’instruction préliminaire ordonnée par le Parquet de Polygyros (capitale du département), sur la base de renseignements réunis durant l’instruction préliminaire menée par la police. Selon nos informations, le dossier particulièrement volumineux (2.500 pages) inclut, cette fois-ci, des conversations entre les personnes impliquées, enregistrées après levée du secret des communications téléphoniques.

Les dossiers précédents comportaient « simplement » les résultats de la surveillance de téléphones mobiles (coordonnées).

L’élément inédit consiste en ce que, parmi les infractions faisant l’objet de l’instruction, figure également celui de la constitution d’organisation criminelle (crime) qui aurait été perpétrée depuis le début du mois de mai dernier jusqu’à la fin du mois d’août, dans la région « Lakkos Karatza » et dans la région élargie de Ierissos.

Parmi les incidents investigués : les prétendus coups et blessures portés à un officier de police par des ‘projectiles non identifiés’ (suite à la mobilisation dans la forêt de Kakavos), des dénonciations de la société Hellas Gold dont les véhicules auraient été incendiés, le lancement de pétards au domicile d’un mineur, la détérioration de camions d’Hellas Gold, et d’autres incidents. À cela, il faut ajouter les infractions portant sur l’explosion, la fabrication-fourniture et détention de matières explosives, de dégradation de propriété privée, de perturbation de la paix, du port et de l’utilisation d’armes sans permis.

En outre, comme on peut lire dans le ‘Journal des Rédacteurs’, Giorgos Kyritsis, un des avocats des habitants explique :

Le timing n’est pas dû au hasard : le ministre s’efforce à ce que les habitants résistants de Chalcidique soient assimilés aux assassins nazis de Pavlos Fyssas. Souhaitant confirmer la ‘théorie des deux extrêmes’, il jette de la boue contre le peuple qui résiste, et fait de la lutte de la société un crime. À chaque dossier, ils ajoutent l’accusation d’organisation criminelle, pour que l’industrie des poursuites puisse fonctionner encore plus efficacement.

Ainsi, depuis le début des mobilisations des habitants, 25 d’entre eux sont accusés de crimes, 25 sont accusés de délits et 56 sont accusés de crimes graves et de constitution d’organisation criminelle.

À Athènes, plusieurs juristes commentaient le timing de l’assignation ainsi que l’empressement de la police à répondre en un temps « dt » à l’ordonnance du Procureur.

Les comparaisons avec les reflexes du mécanisme étatique dans le cas d’Aube Dorée sont inévitables. Des journalistes chevronnés dans le domaine du reportage judiciaire, d’ailleurs, disaient hier que “on ne manque pas d’être frappé par le fait que, pour des actes aussi graves, c’est la police qui est chargée de l’instruction  et non pas un procureur." En effet, "ceux qui dénoncent les incidents sont des agents de la police et ce sont des confrères de ceux qui sont appelés à investiguer".

Tandis que la Justice considérait longuement la question de savoir dans quelle mesure…l’organisation nazie constituait aussi une organisation criminelle, le mouvement de Chalcidique est systématiquement considéré comme telle.

Mais, qu’implique pareille accusation ? Pourquoi les poursuites pénales ont-elles lieu en incluant ce chef d’accusation ? Selon l’analyse de la revue de juristes ‘Nomika Epilekta’, cette qualification assure une première peine variant entre cinq et dix ans.

Étant accusé d’être membre d’une organisation criminelle, l’on peut être arrêté à tout moment, puisque le crime est considéré comme étant continu et, par conséquent, l’auteur présumé est toujours pris en flagrant délit…

La police peut, à titre exceptionnel, surveiller ses communications téléphoniques et prendre en vidéo ses déplacements. Les autorités peuvent saisir, sans restriction aucune, le patrimoine des accusés, violer le secret bancaire et geler les comptes bancaires des accusés.

Sur les réseaux sociaux, on peut déjà lire de nombreux messages indiquant : "Je suis contre le projet de mine d'or en Grèce, donc, pour l'etat grec, je suis membre d'une organisation criminelle...".