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L’Aube Dorée tue parce que Samaras et Venizélos abhorrent le sang

23 septembre 2013

Hot Doc Antonis Samaras Aube Dorée Evangelos Venizelos Grèce Kostas Vaxevanis

Kostas Vaxevanis revient sur un phénomène dont on a tendance à négliger les causes : si l'Aube Dorée tue, c'est qu'elle sert de faire-valoir au gouvernement Samaras, qui lui, ne veut pas se salir les mains...


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Pavlos Fyssas, militant du mouvement antifa, a été assassiné par une horde de fascistes. Il s’agit d’un assassinat politique qui a eu lieu dans la Grèce de la ‘success story’. Ça devait arriver. Parce que, sous le fascisme, après les immigrés, les Roms, les homosexuels, c’est votre tour qui vient. On frappe à la porte et ce sont ceux à qui vous ne plaisez pas. L’assassinat politique allait arriver parce que le fascisme n’est pas renversement : il est un engrenage bien huilé du mécanisme de soumission. Il n’est pas résistance : il est violence aveugle pour détruire toute résistance et, surtout, dans une direction bien précise.
Maxairi

La théorie des « deux extrêmes » avait besoin d’un mort pour acquérir consistance et force de persuasion. Les ‘cultivateurs’ cultivent avec persévérance cette conception qui met sur un même pied d’égalité le fascisme et les partis politiques démocratiques, qui luttent pour une Démocratie qui perd de plus en plus de terrain à cause de leurs politiques. Ils veulent ainsi semer la peur, dénigrer et, bien entendu, se justifier. De cette manière ils mènent tacitement à la conclusion « nous avons beau être fraudeurs, voleurs, menteurs, avec nous, vous êtes en sécurité. »

Mais, leur tactique recèle une contradiction. D’une part, la théorie des deux extrêmes semble reconnaître qu’il y a des causes politiques à ce qui se produit (le conflit entre les extrêmes) et, d’autre part, elle demande un engagement apolitique, "universel". La montée du fascisme en Grèce a des racines politiques. Samaras a inclus les immigrés dans l’agenda politique comme étant LE problème fondamental.

Qui plus est, il a créé des camps de concentration. Samaras a transformé en ligne officielle les idées d’extrême droite qui circulaient en catimini dans son parti. Samaras identifie le patriote à l’adepte de l’extrême droite et au pieu. Samaras a placé à des postes de haut rang des adeptes de la dictature des colonels, des négateurs de l’Holocauste et des révisionnistes nazis. Venizélos a donné son accord et s’est servi de l’épouvantail d’Aube Dorée pour cacher combien lui-même et sa propre politique sont monstrueux.

Le fascisme ne pousse pas tel un champignon dans la forêt. Certains l’arrosent avec méthode. Dans les années 1960, les restes des fascistes nationalistes ont créé le para-état pour endiguer la Gauche. Aujourd’hui, ils travaillent avec Aube Dorée. C’est aussi simple que cela.

Ceux chez qui le phénomène cause une véritable préoccupation sont tenus de le sortir du cadre de la peur et de le regarder dans les yeux. Peut-on craindre Aube Dorée mais ne pas être préoccupé par la destruction du pays -destruction qui donne à Aube Dorée la possibilité de spéculer ? Peut-on craindre que la Démocratie soit abolie par Aube Dorée, sans se rendre compte qu’il ne lui restera pas grand-chose à abolir ? Peut-on craindre les animaux du fascisme mais ne pas avoir peur de la jungle en laquelle se transforme le pays privé d’écoles, d’hôpitaux, de salaires, de son souffle même et de la possibilité de rêver ? Peut-on craindre le fascisme et, pourtant, ne pas se rendre compte que, dans cette Grèce de Samaras et de Venizélos, le fascisme n’existerait pas si leur néolibéralisme n’avait pas existé ? S’ils ne prenaient pas de ceux qui n’ont plus rien pour donner aux riches et les rendre encore plus riches ? S’ils n’avaient pas exaspéré les gens pour que les fascistes récupèrent la rage et la désespoir ?

Depuis 3 ans, l’on crée de manière méthodique l’impression que l’on doit adopter une attitude responsable qui n’est autre que mansuétude et acceptation. Faux intellectuels subventionnés, Professeurs universitaires qui sont le fruit de relations publiques et de partis, « people » déchus qui ont remplacé les recettes du je-m’en-foutisme et de la vie grassouillette par un pèlerinage au néolibéralisme de la responsabilité collective, mettent en avant la nécessité de se tenir loin de la tension « d’où qu’elle vienne. » Pourvu que l’on ne considère pas la politique d’où elle émane.

C’est précisément dans cette ambiance que l’ennemi c’est l’Aube Dorée qui assassine, et non pas les politiques qui tuent. Ce sont les fascistes qui créeront les ghettos et non pas les gouvernements qui en ont déjà créés. Ils ne sont peut-être pas ouvertement adeptes de l’eugénisme d’Hitler, mais ils acceptent que la sélection naturelle et l’eugénisme économique dominent dans la société. Celui qui ne tient pas le coup, ne le tient pas parce qu’il ne méritait pas de vivre et non pas parce qu’Adonis l’a tué. Ils ne distinguent peut-être pas les personnes en noirs et blancs, mais ils les distinguent en ceux qui ont droit à l’éducation, à la santé, à la vie et en ceux qui n’y ont pas droit.

Dans une démocratie qui fonctionne, dans un pays où il existe une justice sociale, dans une Grèce où tout le monde peut vivre, il ne peut exister d’Aube Dorée et, celle-ci, ne peut pas tuer. Dans un pays qui s’écroule, Aube Dorée est un outil. L’outil de Samaras et de Venizélos. Et il arrive que cet outil soit le couteau qui tue effrontément un homme (non plus un immigré) devant le regard de dizaines d’autres. Je suis certain qu’ils abhorrent le sang. Comme l’abhorrent tous les instigateurs.