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La seule réponse à la violence en Grèce, c'est la justice

19 septembre 2013

Ça tire Justice Aube Dorée Grèce justice Pitsirikos violence

"Il est ridicule de découvrir la violence parce qu’elle éclate sur un plateau télé, alors qu’on se tamponne du fait que chaque soir, dans les rues d’Athènes, des dizaines de nos concitoyens tombent sous les coups de cette violence qu’a subie Liana Kanelli de la part du député de l’Aube Dorée, mais de manière encore plus sauvage."


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Dans un article du 8 Juin 2012 et suite à l'agression perpétrée par le député de l'Aube Dorée Elias Kassidiaris sur Liana Kanelli et Renas Dourou en plein plateau télévisé, Pitsirikos aborde un sujet épineux : celui de l'inutilité du débat sur la violence tant qu'il n'y aura pas de Justice en Grèce. Cet article est hélas plus que jamais d'actualité.Pitsirikos Suite à l’agression du député de l’Aube Dorée, Elias Kasidiaris, sur Liana Kanelli et Renas Dourou dans un studio de télévision, le débat sur la violence a été relancé. Le débat sur la violence est hypocrite, superficiel, et stupide. Quand des gens qui ont une garde personnelle débattent de la violence, ce débat n’a pas de sens. Il serait préférable qu’ils discutent des raisons pour lesquelles ils ont des gardes du corps. Et fatalement (s’ils pouvaient être honnêtes), la discussion aboutirait à la culpabilité. Leur propre culpabilité. Parce qu’ils cachent beaucoup de violence au détriment de la société.

Il est ridicule de découvrir la violence parce qu’elle éclate sur un plateau télé, alors qu’on se tamponne du fait que chaque soir, dans les rues d’Athènes, des dizaines de nos concitoyens tombent sous les coups de cette violence qu’a subie Liana Kanelli de la part du député de l’Aube Dorée, mais de manière encore plus sauvage.

En outre, on n’a pas le droit de parler de violence quand on applaudit la violence policière sur Syntagma, dans les manifestations et les mouvements de protestation. Et après les élections du 6 mai (2012), nous avons été informés officiellement de ce que nous soupçonnions : les policiers votent Aube Dorée. Ils sont des aubedoriens en uniforme. Et ces aubedoriens sont les gardiens du régime. Comme les autres.

Aux élections du 6 mai, nous avons été informés d’autre chose (bien que nous, nous le savions déjà) : depuis deux ans et demi, les décisions gouvernementales étaient à l’extrême opposé de la volonté de la majorité des citoyens. La Démocratie n’était plus. Celui qui veut un débat franc sur la violence doit commencer par la violence de l’État. Physique, politique et économique. Cette violence engendre la violence dans la société.

Je comprends que le système tient à vous bousiller la vie, à vous rendre misérable, et vous, vous restez assis là, passivement, pour bien en profiter. Certains resteront assis, d’autres non. Tant que ceux qui ont plongé le pays dans la faillite et l’ont déchiré resteront sur leurs positions, la violence éclatera. Pas besoin d’être un génie pour le comprendre.

La violence qui dérange le gouvernement, c’est celle qui est tournée contre lui. La violence contre les citoyens grecs et les immigrés ne le dérange pas du tout. D’ailleurs, le gouvernement se cache derrière elle. C’est lui qui la provoque.

Le débat sur la violence n’a pas lieu d’être. Le seul débat qui ait du sens en ce moment c’est celui sur la justice. Mais qui va en débattre ? Ceux qui ont détourné la justice pour leurs propres intérêts et au détriment du pays et des citoyens ? Mais cette élite politique et économique devrait se trouver sur le banc des accusés.

Je l’ai déjà écrit, le réécrirai, et l’écrit encore : le problème du pays ce n’est pas la dette, le memorandum, l’euro ou la drachme. Le problème du pays c’est l’absence totale de justice. Nous pouvons vivre avec moins d’argent. Sans justice nous sommes finis. Condamnés. Nous sommes emportés dans le tourbillon de l’interminable analyse du mémorandum et de l’euro et nous avons oublié la démocratie. Mais la démocratie ne nous a pas oubliés.

Ils nous frappent dans la rue, ils appauvrissent nos vies. Mais toute cette répression, ils la retrouveront dans l’urne. Cognez-les sans pitié. (Ceux qui condamnent la violence, comme ça, en général de façon vague, qu’ils étudient d’abord un peu l’Histoire mondiale. Alors ils se rendront compte que leur « Je condamne la violence d’où qu’elle provienne » va contre l’Histoire et qu’il est stupide, et peut-être arrêteront-ils de dire n’importe quoi).

(Nous ne vivons rien de nouveau ou d’inhabituel. Si on veut apprendre ce qui se passe quand un peuple prend le destin de son pays en main, il n’y a qu’à lire le livre de Giannis Katri, La naissance du néonazisme en Grèce 1960-1970. Je l'ai lu quand j’avais 13 ans, parce que le père d’une amie d’enfance insistait pour que nous le lisions. Monsieur Giannis, où que vous soyez, je vous aime).