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Suicides en Grèce : des chiffres qui choquent

13 septembre 2013

Santé Société austérité Grèce suicide

L’ONG « Klimaka » a présenté des données particulièrement troublantes. Toutes les 45 minutes, un Grec souhaite mettre fin à sa vie et toutes les 18 heures, un de nos concitoyens passe à l’acte. 75% des appels concernant des suicides sont le fait de personnes pour qui le suicide est lié aux problèmes économiques.


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Homme, marié, en âge productif, non actif au niveau économique. Voilà le nouveau profil de celui qui commet un suicide ces dernières années en Grèce. Les années de la crise économique, les années de l’austérité impitoyable, de la profonde récession, de la hausse fulgurante du chômage, de l’écrasement du revenu familial. Les chiffres troublants montrent que la Grèce occupe la première place, au niveau mondial, pour ce qui est de la hausse du taux de suicides. Un article du Journal des Rédacteur.

Par Yannis Baskakis - le journal des rédacteurs

getFile34789Toutes les 45 minutes, un de nos concitoyens tente de mettre fin à sa vie en se suicidant. Toutes les 18 heures, une personne meurt en Grèce, par suicide. Les suicides, dans notre pays, sont 2 à 3 fois plus nombreux que les homicides. Ces données plus que troublantes furent présentées par l’ONG « Klimaka » dans le cadre d’une conférence de presse accordée hier, à l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide.

C’est ce même jour que l’homme d’affaires de La Canée, en Crète, à choisi de mettre fin à ses jours. Il s’est servi de son fusil de chasse, dans la province d’Apokoronou. Il avait 61 ans. Selon ce qu’un ami de la famille a expliqué à « Ef.Syn » « il avait de gros problèmes financiers. C’est très probable que ce soit là la cause de son suicide ».

Le profil a changé

L’effet de la crise économique sur le risque de suicide a commencé à être visible dès 2008. Le profil du suicidaire était totalement différent en 2007. À l’époque, les idées suicidaires étaient principalement observées chez des hommes célibataires, veufs ou divorcés, probablement sans enfants, ou bien chez des personnes présentant des problèmes liés à l’alcool.

Aujourd’hui, le suicide est l’issue des hommes mariés qui, à cause des difficultés économiques, ont le sentiment de ne pas pouvoir assumer leur rôle dans la famille. « Dans le temps, le mariage était un facteur de protection, par rapport au risque de suicide. De nos jours, plus de 40% des personnes qui développent des idées suicidaires sont mariées », explique à « Ef.Syn » le psychiatre de « Klimaka », Aris Violatzis. Parmi les appels reçus par « Klimaka » en 2007 au centre d’intervention contre le suicide, seulement 25% des appels avaient trait à des problèmes économiques.

De nos jours, 75% des appels sont le fait de personnes pour qui le suicide est lié aux problèmes économiques. Selon les données de « Klimaka », parmi ceux qui ont contacté le centre durant le premier semestre de 2013, 33,3% étaient sans emploi, suivis d’employés du secteur privé (13,6%) et des retraités (10,6%).

Pour ce qui est des âges, en 2007, le risque de suicide était accru surtout parmi les tranches d’âge de 25 à 29 ans et de 40 à 44 ans, sans présenter, toutefois, d’écart significatif par rapport aux autres groupes d’âge. De nos jours, le risque de suicide est accru parmi les 21–25 ans, groupe où le chômage atteint 60%, et les 51-55 ans, c'est-à-dire, des personnes en âge productif. « La hausse du chômage a joué un rôle significatif dans l’augmentation du nombre de suicides. La perte de son emploi, pour l’employé du privé, la perte du travail pour le travailleur indépendant, crée la suicidalité », relève M. Violatzis.

En 2007, il y avait 328 suicides, en 2008, ils sont passés à 373, en 2009, à 391, en 2010 ils ont atteint les 377 et en 2011, 477 personnes se sont suicidées. Ces chiffres représentent une augmentation de l’ordre de 43%. Depuis 2008, année des premiers remous de la crise, jusqu’à 2011, l’on dénombre 1.618 suicides. Selon le Ministère de l’ordre public, le nombre de suicides et de tentatives de suicides entre le 1er janvier 2009 et le 23 août 2012, s’élève à 3.124. Ainsi, la Grèce occupe la première place, au niveau mondial, pour ce qui est de la hausse du taux de suicides. «Le suicide est multifactoriel. Personne ne souhaite mourir pour mourir. C’est pourquoi l’on a vu des gens se suicider au couteau ou par pendaison et, en même temps, appeler à l’aide », souligne A. Violatzis.

Traduction : Okeanews