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Comment l’Europe se tiendra-t-elle dans l’économie mondiale ?

12 septembre 2013

Economie Traduction Allemagne économie Europe France Grèce

Kostas Lapavitsas, professeur d'économie de l'université de Londres, livre sa vision de la position économique européenne par rapport à l'économie mondiale: "Une fois de plus, l’avenir de l’Europe semble se trouver entre les mains du peuple français."


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L’économie mondiale en est à nouveau à un point critique. L’intervention étatique gigantesque à la suite de la crise de 2008-20099 a évité un effet d’effondrement généralisé qui aurait été similaire à celui de l’entre-deux-guerres. Dans le capitalisme moderne, quoi qu’en disent les néolibéraux, l’état a fonctionné comme un agent stabilisateur. Mais, les fondements d’une solide reprise mondiale n’ont pas été posés et les nuages s’amoncèlent, menaçants. Traduction d'un article de Costas Lapavitsas, professeur d'économie de l'université de Londres.
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Les USA ont dû lutter contre l’immense dette des ménages et l’échec des banques privées. L’économie américaine a procédé à une restructuration facilitée par l’apport plus que généreux de liquidités par la banque centrale. Mais, il n’y a pas eu de changements structurels. La restructuration s’appuya sur la réduction des salaires et l’écrasement du coût de l’énergie par le biais du gaz de schiste bon marché. L’industrie américaine reprend progressivement du poil de la bête, mais le fait partant d’un point bas et sans hausse particulière de la productivité.

Costas Lapavitsas

Costas Lapavitsas

Le Japon fut moins affecté par la crise de 2008-9, mais est à nouveau passé à des taux de croissance faibles, ce qui est normal pour une économie qui stagne depuis deux décennies et s’appuie sur les exportations. Depuis quelques mois, il a lancé une expérience consistant à mettre l’argent directement à la disposition des opérateurs économiques, dans un effort de sortir de la stagnation. Il s’agit des célèbres Abenomics dont les résultats, jusqu’à présent, sont discutables et peu certains.

Les pays en développement ont évité le pire de la crise parce qu’ils n’étaient pas exposés à la bulle financière de la décennie passée. Depuis 2009 ils ont exploité les exportations de matières premières à la Chine, ainsi que les nouveaux flux de capitaux créés du fait que les banques centrales de l’Occident accordaient généreusement des crédits à leurs économies en baissant les taux d’intérêt pour les amener près de zéro. Mais les taux de croissance ont soudain baissé l’année dernière et, ce, de manière très violente au Brésil, où ils se trouvent à zéro et provoquant des remous sociaux.

Bien entendu, le changement le plus menaçant se produit en Chine. Le pays a lutté contre la crise de 2008-9 en augmentant les dépenses publiques et en accordant d’abondants crédits. Ainsi, les taux de croissance rapides fondés sur les énormes investissements domestiques et sur les exportations. Le modèle chinois, toutefois, atteint ses limites tandis que le rendement des investissements baisse de façon dramatique et que les exportations deviennent de plus en plus problématiques dans une économie qui chancèle. La Chine a besoin d’un changement radical de la structure de son économie qui inclurait une augmentation des salaires et un encouragement à la consommation, mais rien n’indique qu’elle y arrivera.

Dans ce contexte, la situation de l’Europe se dessine de manière particulièrement défavorable. L’euro s’est révélé être un mécanisme de récession profonde, de chômage et de tyrannie sur les pays de la périphérie. L’Allemagne domine parce que l’euro lui accorde un avantage compétitif qui lui permet d’absorber la demande du reste du monde. Son économie s’appuie sur les salaires bas, la restriction de la consommation domestique et les exportations, bien plus que ne le fait l’économie chinoise. En substance, elle opère comme un énorme entonnoir absorbant la force du reste de l’Europe et de l’économie mondiale.

Si la politique courante est poursuivie, l’Europe est condamnée. Les marges d’exportation diminuent même pour l’Allemagne, étant donné que l’économie mondiale chancèle. La politique allemande d’austérité et de pression en vue d’une réduction du coût du travail dans les autres pays de l’UEM est une véritable folie. Tous les pays ne peuvent pas présenter un excédent d’exportation et c’est encore moins possible lorsque l’Allemagne maintient ses propres salaires à un niveau bas. Le résultat en sera la récession, le chômage et la pauvreté qui, dans certains cas, comme celui de la Grèce, atteignent dorénavant des niveaux extrêmes.

Pour que l’Europe se tienne debout, elle devra se débarrasser de l’union monétaire qui a échoué, de façon à ce que les autres pays de la périphérie puissent respirer sans succomber à la désastreuse « dévaluation interne. » Il faudra également que l’Allemagne restructure son économie en augmentant les salaires et en renforçant la demande domestique et non pas les exportations.

La question sera tranchée en France qui se trouve progressivement confrontée à l’absurdité de la politique allemande d’austérité et de baisse des salaires dans l’UEM. Si la France accepte la recette allemande, l’Europe sera condamnée au déclin, avec des conséquences sociales indéterminées. Si elle la rejette, il lui faudra également changer, de manière dynamique, le cadre de l’euro. Une fois de plus, l’avenir de l’Europe semble se trouver entre les mains du peuple français.