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"Nous rêvions d'Europe, nous nous sommes réveillés comme esclaves à Megara"

6 septembre 2013

Immigration Justice Traduction enquête Grèce

Un procureur grec se penche sur la douloureuse question des conditions de vie et du traitement inhumain infligés aux immigrés pakistanais qui travaillent dans les fermes et les élevages de Megara.


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Ils travaillent comme des esclaves plus de 15 heures par jour dans les élevages de poulets ou dans les champs de légumes pour des salaires qui ne sont jamais payés. D’autres ont perdu tout ce qu’ils ont gagné dans une escroquerie qui leur promettait des VISA pour leurs proches. Aujourd'hui, un procureur se penche sur les conditions épouvantables que subit un groupe de travailleurs immigrés pakistanais à Megara, en dehors d’Athènes. Traduction d'un article de Eleftherotypia English.

(Photo: Orestis Seferoglou, Eleftherotypia)

(Photo: Orestis Seferoglou, Eleftherotypia)

Les conditions de vie choquantes d’un grand groupe de ressortissants pakistanais dans une ville à l’Ouest d’Athènes et les allégations d'escroquerie et de trafic massif dont ce groupe a été victime font l’objet d’une enquête préliminaire menée par le procureur après que leur sort a été mis en évidence dans un article paru dans le journal Eleftherotypia de samedi.

Le rapport stipule que 110 hommes vivant dans des conditions précaires dans des poulaillers désaffectés hors de Megara affirment travailler 15 heures par jour pour peu ou pas de salaire, dans des fermes locales de poulet ou des champs de légumes.

Les « résidents » de l’ancienne ferme de volailles ont dit qu’ils étaient tenus de payer 40 euro par jour pour louer leur « chambre » (en réalité des abris pour poulets) et qu’ils dorment maintenant à 3 ou 4 travailleurs sur des litières en mousse. Pendant l’été, les températures ont beaucoup grimpé à l’intérieur des hangars.

Avec seulement 2 toilettes et douches disponibles « au village » pour ces hommes, les conditions sont comparables à celles de Manolada, où en avril les contremaîtres ont ouvert le feu sur les travailleurs migrants qui exigeaient leur salaire.

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(Photo: Orestis Seferoglou, Eleftherotypia)

Écrit par la journaliste Alexandra Tzavella, le rapport a été publié dans Eleftherotypia le 31 août sous le titre de : « Nous rêvions d'Europe et nous nous sommes réveillés comme esclaves à Megara ». L’article était illustré par les photos prises par Orestis Seferoglou.

Le chef de la communauté pakistanaise locale, un homme appelé Sabir, a parlé à A. Tzavella : « A Megara, il y a près de 1000 pakistanais dans la légalité et 700 sans-papiers, qui travaillent 12 à 15 heures par jour et sur 10 patrons, 8 ne paient pas. »

Sabir a également dit qu’à un moment il y avait 3500 ressortissants pakistanais, mais que beaucoup sont maintenant rentrés chez eux.

« Ils ont travaillé pendant de nombreuses années ici, mais leurs poches sont restées vides. Ceux qui sont restés sont restés parce qu’ils devaient beaucoup d’argent. »

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(Photo: Orestis Seferoglou, Eleftherotypia)

« Nous sommes des imbéciles, ce que nous faisons n’a pas de sens. Écoutez bien ce que je vous dis. Nous sommes des imbéciles. Ils disent : « Viens et travaille, je te paierai demain » et nous y allons. Il y a un type qui a travaillé pendant 3 ans et qui n’a pas été payé. « N’arrête pas maintenant, je te paierai. » Et savez-vous ce qu’il voulait me donner ? 50 euro par mois. Si j’étais un mendiant, j’aurais gagné 50 euro par mois. Je ne suis pas un mendiant. » a dit Sabir au journal.

Un autre travailleur, Mohammed Nasim a dit qu’il était venu travailler en Grèce dans l'espoir d'une vie meilleure.
« Mais maintenant votre patron vous dit : « Reste tranquille. Qui veux-tu qu’on appelle ? L’Aube Dorée ou la police ? On ne sait pas où on va. »

En plus d’examiner les allégations selon lesquelles les travailleurs ne sont pas payés par les propriétaires des fermes locales, le procureur enquêtera également sur la plainte la plus grave émise par les pakistanais, à savoir qu’ils ont été victimes d’une escroquerie en lien avec un trafic massif mise en place par un homme de la région.

Un certain nombre de Pakistanais ont dit qu’ils se sont fait soutirer des quantités considérables d’argent par un homme de la région qui a promis de délivrer des VISAS pour leurs parents et amis.

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(Photo: Orestis Seferoglou, Eleftherotypia)

Bien qu’ils aient payé, leurs parents ne sont jamais arrivés, disent les pakistanais. Sabir, chef de la communauté soutient que la somme en question s’élève à des centaines de milliers d’euro ».

Les victimes n’ont pas d’argent pour engager un avocat pour défendre leur cas, et disent qu’ils ont les preuves que l’argent a été remis à cet individu.

Un des plus anciens travailleurs de la région, Mohammad Yunus, 63 ans, explique comment il a été dupé par cette escroquerie, et comment son argent a été toujours plus dévoré pour finalement le laisser sans le sou:

"Il m’a dit il y a 3 ans qu’il voulait que les gens travaillent pour lui. Il a dit « amène-moi tes fils et tes neveux ». Et maintenant il me doit 16000€ au total, 4000€ pour chacun de mes enfants. Au début je lui ai donné un dépôt de 2800€. J’ai emprunté le reste de l’argent", dit Yunus, à un immigrant légal qui a travaillé dans le domaine depuis 40 ans. "Et puis, au fur et à mesure, il m’en demandait toujours plus : « Donne moi un peu d’argent pour l’ambassade », « la paperasse est arrivée, donne m’en plus », jusqu’à ce que je lui donne tout ce que j’avais. Maintenant je suis en détresse. J’ai travaillé pour rien. Maintenant je dois travailler pour payer ce que je dois."

Traduction : okeanews.fr