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La jeunesse terroriste du leader de l'Aube Dorée

6 septembre 2013

Hot Doc Justice bombe cinéma Grèce Nikos Michaloliakos terrorisme

"Tout le monde parle du contrôle de l’État sur la filière nationaliste. N’est-il pas légitime de le penser ?"


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L’entrée du chef d’Aube Dorée, Nikos Michaloliakos, au Parlement grec (suite à l’élection nationale de mai 2012), a forcément rappelé tout son passé « héroïque ». Deux de ses accomplissements de jeunesse présentent un intérêt cinématographique : des attaques à la bombe dans deux salles de cinéma (ELLI et REX), au cœur d’Athènes. Le 11 mars 1978, une puissante explosion secoue le cinéma ELLI, situé rue Akadimias, à l’heure de projection. Retour sur le passé du leader du parti néonazi et la peine dérisoire dont il a fait l'objet.

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C’est un samedi soir, il est 21h30, un jour et une heure où le cinéma est plein. Une bombe à retardement avait été placée dans la salle dans le but évident de faire de nombreuses victimes. La personne aux blessures les plus graves est le malheureux spectateur sous le siège duquel la bombe est placée. Il a perdu ses deux jambes. Il y a eu encore 18 blessés, parmi la centaine de spectateurs.

Ce soir-là, ELLI présentait le film soviétique “Arc-en-ciel” ce qui définissait automatiquement l’identité idéologique des auteurs de l’attaque.
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Trois mois plus tard, le 20 juin, à nouveau à une heure de pointe, 20h50, une autre bombe explose dans un des cinémas les plus centraux d’Athènes, le REX, rue Panepistimiou. La bombe était placée parmi les rangs du milieu. Une fois de plus, l’objectif était de faire autant de victimes que possible. Il y eut 15 blessés.

À nouveau, le film projeté était d’origine soviétique, intitulé « La guerre sur tous les fronts. »

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Les deux attaques à la bombe dans les salles de cinéma font partie d’une vague d’actes terroristes sans précédent qui secouèrent Athènes durant deux ans, en 1977 et 1978. Les bombes visaient toujours des objectifs « de gauche » : le magazine Anti, le journal Avgi, les bureaux du PC de l’intérieur, les Jeunesses Communistes, des magasins vendant des articles d’origine soviétique, etc. (la liste complète des attaques à la bombe est disponible ici  ).

Enfin, fin juillet 1978, un groupe d’extrême droite est arrêté en tant que responsable des actes assassins. Parmi les personnes arrêtées, Nikos Michaloliakos, officier de réserve à l’époque. Quelques jours plus tard, un dixième accusé vient s’ajouter à la liste. Il s’agit d’A. Kalentzis, déjà en prison depuis 1977 pour attaques à la bombe. Il est même considéré comme le chef du groupe.

Aristotélis Kalentzis, qui se considère comme détenu politique du régime de Karamanlis, écrit et publie deux ouvrages : “Démocratie 1980, La galère”, 1980, et “Le livre noir de Kostas Plevris” où il révèle des coulisses très intéressantes montrant l’existence de « vases communicants » entre organisations nazies et Service de sûreté de l’état grec.
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Kalentzis, qui nie obstinément avoir participé aux attaques à la bombe, accuse Plevris d’avoir organisé un complot contre lui (et les autres accusés) et révèle des documents. Il fournit une photocopie d’une déposition de Plevris au Juge d’instruction D. Gyftakis, en mars 1977, où le théoricien du fascisme en Grèce, « donne » Kalentzis, Mihaloliakos et quatre autres personnes, comme participant à des « actions illicites. ». En même temps, il utilise à son propos des qualificatifs du genre "idiot d’indic des services de sûreté", "indic de misère", "rufian réputé", "vipère, imbécile", etc. (les détails sont à trouver dans les ouvrages de Kalentzis qui circulent librement sur internet).

Bien que, au départ, les 10 accusés aient été déférés au Juge d’instruction pour violation de la loi « sur la répression du terrorisme », donc, pour crime, la chambre des juges décide que Michaloliakos et deux autres sont à déférer à la Cour d’appel à cinq membres pour violation de la loi « sur les armes et les matières explosives », c'est-à-dire, pour délit..

Dans son ouvrage « Démantelant la légende d’Aube Dorée », Haris Kousoumbris, ancien membre d’Aube Dorée, parle de la même période et de l’étrange attitude de l’État envers Mihaloliakos  :

A l’issue de l’instruction, 11 accusations de crime sont prononcées contre lui, dont la moitié, prétend-il, entraîne la peine de prison à vie. Au procès qui suivra, il se voit infliger une peine de 13 mois (muée en 11 mois, en appel) ! Comment ces peines sont-elles infligées ? On se le demande. Tout le monde parle du contrôle de l’État sur la filière nationaliste. N’est-il pas légitime de le penser ?

Haris Kousoumvris produit des photocopies de dépositions de Mihaloliakos où il apparaît que, lui aussi, tout comme Plevris, donne des noms de ses « camarades » à la Sûreté.

Après avoir purgé sa courte peine, Nikos Michaloliakos, sort de prison « nettoyé » de l’affaire des bombes, en 1980. Il crée l’organisation « Lien populaire » qui publie le petit magazine « Aube Dorée. » C’est le début d’un nouveau parcours qui le conduira aux bancs du Parlement.

Pour ce qui est des cinémas, ELLI fonctionne toujours, tandis que REX a fermé ses portes depuis longtemps.

Article : koutipandoras.gr

Traduction : Okeanews.fr