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Les fraudeurs menteurs grecs de Jean @Quatremer

1 septembre 2013

Billet d'Humeur Médias Grèce Jean Quatremer journalisme

Jean Quatremer et les méchants Grecs : bientôt en images pour ARTE ?


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Jean Quatremer, correspondant auprès de l'UE de Libération, aime les Grecs à la folie. Cela se voit dans chaque papier qu'il publie sur son blog, ou sur chaque tweet "qui n'engage que [lui] tout seul" concernant la Grèce ou les Grecs. Le dernier en date : la reprise des propos d'un adjoint du ministre grec de l'intérieur qui a lancé une bombe en annonçant les chiffres supposés du nombre de fonctionnaires qui seraient rentrés dans la fonction publique en présentant de faux cv et diplômes. Du pain béni pour Jean Quatremer qui, ni une ni deux, prend sa casquette de journaliste avec le plus grand sérieux pour lancer son enquête tweet et taper -une fois de plus- sur les Grecs. Les chiffres seront pourtant démentis.

Les 85000 fonctionnaires grecs menteurs et tricheurs :

Nous voulions connaitre les sources de ce genre d'annonce et nous avons demandé à Jean qui nous a répondu :

Que dit l'article cité comme source par Jean Quatremer ? En substance ceci :

Selon les données présentées par Grigorakos[adjoint du  ministre de l'intérieur] tôt dans la journée sur Mega TV, 850.000 nouvelles embauches ont été effectuées dans la fonction publique pour la période 2004-09. "Parmi eux, plus de 10% étaient sur ​​la base de faux certificats de qualification, qui n'avaient pas été approuvés par le Conseil suprême pour la sélection du personnel (ASEP)", a déclaré Grigorakos, se référant à l'organisme responsable de la nomination des fonctionnaires.

Voila, l'enquête est terminée et Jean Quatremer peut donc balancer son tweet, sans vraiment prendre la peine de citer ni ses sources ni le rapporteur des propos en question. Et comme Jean Quatremer est un bon journaliste, tout le monde est censé le croire sur parole.

Sauf que cette affirmation sera démentie par Kyriakos Mitsotakis,  le ministre en charge de la réforme qui a indiqué :

Nous en sommes au début de l’évaluation donc impossible de sortir un tel chiffre . Nous trouverons effectivement des fraudes concernant les diplômes et les certificats de langues, mais pas à ce niveau. Ce chiffre ne repose sur rien.

Et le journaliste de libération de rajouter sur twitter le lendemain :

Une manière de se dédouaner de son tweet "malheureux" et d'en remettre une couche sur les grecs, comme lors de cette réponse a un utilisateur, qui, jugeant sans doute de la bonne foi du journaliste, lui demande si les fonctionnaires "sont moins compétents pour autant". Et Jean, fort de son expertise sur le sujet répond :

La réponse du correspondant de Libération laisse entendre que tous ces 85000 fonctionnaires grecs sont donc -au minimum- menteurs et tricheurs, comme le service public en général d'ailleurs.

Et au maximum Jean, ils sont quoi les fonctionnaires grecs ?

De l'utilisation de twitter

La logique -ou l'éthique ?- voudrait pourtant, comme tout journaliste, qu'il indique à minima la source, et éventuellement le contexte. Certes, la limitation à 140 caractères de twitter impliquerait de tweeter 2 fois : un tweet pour donner l'info, un deuxième pour indiquer la source et le contexte.

Si nous avions repris cette info, nous aurions procédé de la manière suivante :

Premier tweet ( première version - contextualisée):

"Selon l'adjoint du min. de l'intérieur, 85000 fonctionnaires grecs embauchés entre 2004 et 2009 ont présenté de faux CV et diplômes. Soit 10%. "

Premier tweet (deuxième version - notez l'utilisation du conditionnel) :

"85000 fonctionnaires grecs embauchés entre 2004 et 2009 auraient présenté de faux CV et diplômes. Soit 10% sur la période. "

Deuxième tweet :

"Tweet précédent via ekathimerini : [le lien vers l'article].

De cette manière, l'info est passée, mais on n'affirme pas quelque chose qui pourrait être démenti dans l'heure comme c'est souvent le cas en Grèce. Non que nous doutions du fait même que des fonctionnaires soient rentrés dans la fonction publique en donnant de fausses informations (nous sommes en Grèce, et sommes très au fait de la question), mais la force de l'habitude nous impose une retenue qui s'est avérée justifiée dans bien des cas.

Nous attendrons donc la fin de l'étude en cours.

Ce n'est pas la première fois

L'année dernière déjà, Jean Quatremer s'était notamment insurgé sur son blog sur ces grecs qui s'étaient déguisés en nazis pour la venue d'Angela Merkel à Athènes :

Cette démonstration, qui n’est pas une première depuis le début de la crise grecque (Merkel a souvent été caricaturée en Hitler), est intéressante par ce qu’elle révèle de la mentalité locale ou plutôt d’une certaine mentalité pour ne pas généraliser. Car on peut chercher dans les autres pays en difficulté financière, que ce soit au Portugal, en Irlande, en Espagne, en Italie ou à Chypre, on ne trouve nulle part de telles démonstrations de germanophobie délirantes. Ces pays souffrent, autant que la Grèce pour certains, mais aucun n’impute la responsabilité de sa situation à l’Allemagne ou à un autre pays ou à la main de l’étranger.

Une simple recherche sur google images avec les mots clefs "Portugal Merkel" permet de trouver très rapidement ce lien. Mieux, geopolis en a même fait un article qui montre qu'on retrouve la même chose en Espagne et à Chypre :

En Espagne aussi, Merkel est représentée en Hitler

Dans la banlieue de Lisbonne, des manifestants brûlent une effigie d'Angela Merkel aux couleurs du troisième Reich

Espagne : Merkel avec un casque à pointe

Et non, il n'y a pas qu'en Grèce qu'on trouve "de telles démonstrations de germanophobie délirantes".

Okeanews, un site "qui a fait de la victimisation de la Grèce une spécialité"

Tels sont les propos du journaliste de libération lors d'un échange par article interposé avec Daniel Schneidermann (@rret sur Image) concernant la fermeture de la radiotélévision publique ERT. A l'époque, nous avions partagé l'existence d'un document indiquant que l’Europe avait bien demandé, en 2011, la « fer­me­ture, la fusion ou la réduc­tion d’entités ». Dont ERT.

Okeanews tente depuis bientôt 2 ans maintenant de mettre en avant la réalité des faits au quotidien. Si Jean Quatremer aime à pointer du doigt certaines causes supposées de la crise grecque (ces grecs tricheurs, menteurs et fraudeurs), Okeanews s'attache à en partager les conséquences, avec en point de mire les résultats de l'austérité imposée par la troïka à un gouvernement qui dérive jour après jour vers l'extrême, pour ne pas dire le fascisme.

Un gouvernement dirigé par un premier ministre nationaliste qui a nommé comme ministre de la santé un ancien membre du LAOS (extrême droite) connu pour avoir fait la promotion de « Les Juifs, toute la vérité », un livre écrit par Konstantinos Plevris, sou­vent consi­déré comme le père du néo-nazisme grec, fondateur avec d’autres du Parti du 4 Août, un parti fas­ciste qui sou­tient ouver­te­ment la dic­ta­ture des colonels. Le fils de Plevris, Thanos a également rejoint la Nouvelle Démocratie lors de la dernière élection qui a vu la victoire d'Antonis Samaras. Et la liste n'est pas exhaustive.

La situation en Grèce n'a que faire désormais de ces tweets ravivant ce fantasme du grec qui boit son café frappé, ne paye pas d’impôts et adore jouer à ces supposés sports nationaux que sont la fraude fiscale ou la tricherie généralisée. Bild en a fait assez par le passé...

Non. Ici, cher Jean, chaque jour qui passe est une lutte contre les conséquences de l'austérité : explosion des taxes et impôts, très forte réduction des salaires (quand ceux ci sont versés), des droits de l'homme à la dérive, une liberté de la presse en chute libre, les violences policières, des cas de tortures dans les locaux de la police, la pauvreté, l'éducation et la santé en passe d'être réduits à peau de chagrin. Et là encore, la liste est incomplète.

Le danger réel, lui, est bien que des néonazis ont l'intention de poursuivre leur ascension. Et malheureusement, rien ne dit encore qu'ils vont échouer. Rien ne dit non plus que la Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras refusera une alliance avec l'Aube Dorée en temps voulu.

Heureusement, chez ces grecs menteurs et tricheurs, il y en a aussi un certain nombre qui luttent encore et proposent des mouvements de solidarité, de l'entraide, des projets dont vous n'avez sans doute pas la connaissance. Et c'est ce qui permet à un grand nombre d'avoir encore un petit espoir.

Alors, cher Jean, nous espérons que votre venue à Athènes pour le tournage de votre documentaire pour ARTE vous donnera l'opportunité de voir la crise d'une manière différente.


Mise à jour du 5/09/2013 :

Pour voir les réponses du journaliste de Libération, c'est par ici.