5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Libéralisme : demandons la "flexibilité" pour la classe politique !

29 août 2013

Billet d'Humeur Opinion Politique France Grèce

Le coup de gueule de Nicolas Caudeville


1616 mots   1099       Comments

Par Nicolas Caudeville.

Dans un monde mondialisé où la finance fait la loi, et où on nous répète qu'il n'y a qu'une seule manière d'agir, à quoi peut bien servir un politicien surtout au prix qu'il coûte ? Surtout lorsque celui-ci nous affirme en permanence qu'il ne peut rien ? On en arrive à la phrase d'un ennemi de Voltaire : « S'il y a bien quelqu'un qui le génie de Voltaire, c'est tout le monde ! » Ainsi, s'il y a bien quelqu'un qui a le génie des politiciens, c'est tout le monde.

4005297387

 

D'autant qu'ils le sont par la grâce de leurs réseaux et l'intermédiaire des citoyens. Ils ne sont pas, au passage, spécialistes. Alors aussi bien, pourquoi ne pas les désigner par le hasard? Ils auraient alors tout intérêt à améliorer la situation puisque à la fin de leur mandat, ils rentreraient dans la foule des anonymes, ayant les mêmes problèmes quotidiens que tous. Pourquoi aussi les payer ? S'ils n'ont pas de mandat impératifs, ils peuvent promettre à l'infini que se sont les situations qui ont déterminé leurs décisions, et pas leurs promesses... Disant ensuite « vous vous attendiez bien à ce que nous ne puissions tenir nos promesses, compte tenu de la difficulté de la crise, sans quoi vous avez été naïfs ».

Au-de-là, ils sont d'une arrogance crasse, inversement proportionnelle à leur capacité, non pas à faire changer les choses, mais a minima de les faire évoluer dans le bon sens. Où les trouve-t-on ? En général, ils sont issus de partis politiques, qui ne sont pas, loin s'en faut, des lieux de réflexions et d'évaluations prospectives de la société, mais plutôt, des endroits où grouillent des gens dont l'ambition n'a pas pu se réaliser ailleurs (sans quoi, la frustration ne serait pas là) , des gens qui s'ennuient et se sentent un besoin d'exister sur la scène publique et qui sont là en sommes pour prendre une revanche sur la vie (ça commence mal pour la Res Publica, la chose publique).

« Les partis politiques sont des « Trusts électoraux » disait l'écrivain Bernanos. On y trouve des courtisans, des chefs qui cherchent à s'imposer à l'intérieur de ceux-ci. On s'impose rarement par son intelligence. Mais plutôt grâce à sa brutalité, à la capacité à jouer sur l'avidité des partisans et des places que l'on pourra leur redistribuer. Suivant le moment historique, les individus sont plus ou moins denses. Le corollaire de la paix qui dure, c'est qu'il faut compter sur un destin personnel plus âpre pour que se construisent des individualités plus conséquentes.

Lorsque le publicitaire et conseiller en communication Jacques Séguéla, au prétexte de défendre le « bling bling » du président Nicolas Sarkozy, affirme que « si à 50 ans passé, on ne porte pas une "Rolex" à son poignée, c'est qu'on a raté sa vie ! », ça résume à la fois le cap et le problème de cette société. La société, l'économie et les individus qui la composent se doivent d'être en croissance permanente. Grossir, toujours grossir, jusqu'à être obèse et crever d'infarctus.

Les caïds de banlieue (au passage le mot signifie "lieu de bannissement") ne font que reproduire le modèle que leur tend en permanence la société. Est-ce celui qui travaille qui gagne bien sa vie ? Non, c'est le trader, qui en une nano-seconde peut faire basculer des milliers d'existences en spéculant à la hausse ou à la baisse, pour pouvoir prendre son bénéfice. Il peut même spéculer sur des denrées de première nécessité, affamant des territoires entiers. Au concours du masque d'hypocrisie, il sera moralement condamné. Mais, sera-t-il mis en état d'illégalité et poursuivi ? Non, on vous expliquera que cela n'est pas possible puisque le monde est vaste et les paradis fiscaux nombreux. Le ver est dans le fruit européen, il n'y a qu'a regarder le Luxembourg. Donc, pourquoi demander plus et mieux à un caïd de banlieue, que ce qu'on demande à des banquiers ?

« La vulgarité, c'est la manière dont se comportent les autres ! » écrivait Oscar Wilde. Une société ne peut pas prospérer en se propulsant à l'aide d'injonctions contradictoires. Une société doit avoir une cohérence pour avoir la stabilité. Pendant la campagne de l'élection présidentielle, il y avait une discussion autour d'un vocable inquiétant, tant à gauche qu'à droite, on usait avec saveur des termes : « Il faut un état stratège! » Diable, s'ils en étaient tous là, cela sous-tendait que nous étions (et depuis quand ?) à ce moment précis dans l'époque d'un État « baltringue » ? C'est une évidence que l’État se doive d'être stratège ! Sans quoi, il met peu de temps avant que de péricliter.

Donc, des gens qui veulent, ont eu, ou ont le pouvoir, nous disent que la matrice essentielle du pays : l’État est gouverné sans intelligence, au profit de ce que le stratège chinois Sun Tzu appelait dans l'art de la guerre : « Les gesticulations du sabre », en français moderne, le « story telling ». Les politiciens au pouvoir n'ont pas tant de marge de manœuvre parce que la situation est si restrictive , mais plutôt parce que, inspirés par le dogme que la terre est plate, ils n'en feront jamais le tour par peur du grand vide ! Ils ont pour toute vision politique un GPS dont ils ne renouvellent jamais les cartes (société de marché et libéralisme) qui leur indiquent une route, là où il n'y a qu'un ravin.

Tant pis pour les peuples, qui ne veulent pas comprendre qu'il fallait sauver les banques ("Too big to fail", trop grandes pour échouer) , et qu'augmentant au passage leurs dettes pour se faire, elle devrait imputer la restriction budgétaire aux peuples, à l'instant même où, ces mêmes banques qui se sont refaites « la cerise » sur le dos des contribuables, refont de substantiels bénéfices.

Au cas où vous vous inquié­te­riez de la mon­tée de l’extrême droite, sachez qu’il y a de quoi. La peste brune s’étend : celle qui, comme en France et depuis les tribunes, se voudrait édulcorée et prétend se contenter d’œuvrer pour le bien de la patrie, et celle qui, comme en Grèce, pousse la logique patriotique jusqu’au néonazisme. Là-bas, « l’Aube Dorée »  sou­tient et par­ti­cipe à la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale, qui approuve des res­tric­tions bud­gé­taires telles, qui pousse le peuple grec en son entier dans la misère ( exemple clas­sieux, la dif­fi­culté tou­jours crois­sante de se pro­cu­rer des médi­ca­ments, la fer­me­ture d’hôpitaux, les salaires misé­rables, l’augmentation des sui­cides, une loi gou­ver­ne­men­tale qui per­met de vendre des den­rées péri­mées afin qu’elles soient acces­sibles aux plus pauvres …).

Mais déjà avec la Chine, les capitalistes avaient compris que leur système n'était pas tributaire de la démocratie. La preuve, et retournons en Grèce, puisqu'ils ont une dette on peut bien priver les Grecs de démocratie. Voir le moment où Papandréou a proposé un référendum pour voir si le peuple était d'accord pour se faire tondre, comment la commission Européenne, le FMI et les médias ont hurlé que la possibilité était « nulle et non avenue ». Si l'Union Européenne était un corps, elle laisserait trancher sa main parce qu'elle n'aurait pas payé le montant de la dette. Et elle expliquerait ensuite au reste du corps qu'on n'a pas besoin d'une main. Puis, au fur-et-à-mesure que les États tombent (ou regardent les "PIGS" tomber), on affirme que l'on pas plus besoin de mains, qu'on a besoin de jambes, de bras...Ainsi donc des gens qui soutiennent cette vision à droite et à g...(non les socialistes ne sont plus de gauche depuis 1983), donc à droite, mais qui trustent les places électives au moyen du scrutin majoritaire à deux tours, et vous redemandent en permanence la confiance, des voix...

"Le lavement c'est maintenant".

Oh, je les entend déjà, ceux qui vont brandir les mots « démagogue », « démagogie », « démagogique », « populisme ». En général, ce sont ceux qui sont nourris au sein de ce système, ou qui pensent qu'ils pourront s'y nourrir un jour, qui vous diront cela ! Mais l'objectif pour ces « démocrates » qui comme les racistes commencent leurs phrase par « je ne suis pas raciste, mais... », l'objectif est de tuer le débat. Je parle bien de débat. Et comme pour « le mariage pour tous » (notez qu'on n'emploie pas le terme de « Mariage Homosexuel »), on entendra hurler les uns que c'est un quasi droit naturel et qu'il y a urgence, et les autres que c'est Satan et le retour de Sodome et Gomorrhe !

Mais de manière générale, pas d'argumentation et de prospective pour voir l'impact sur la société et ses citoyens. Les « Je suis démocrate mais » laissent penser que brandir un autre mot et ceux de sa famille , « Pragmatique », « pragmatisme », tient lieu de l'être.

Ainsi si vous voulez changer, vous ne pouvez que vous organisez entre citoyens. Ainsi, si vous invoquez tous les prétextes pour ne pas faire, vous n'aurez pas à vous plaindre, parce qu'il n'y a que les batailles qu'on ne livre pas qui sont définitivement perdues ! En n'oubliant pas que : le libéralisme, c'est faire croire aux moutons qu'ils peuvent hurler avec les loups !